Les vacances sont à l’origine d’œuvres passées à la postérité en littérature : celles de Marcel Pagnol en Provence ou de Harper Lee, cette fois-ci en Alabama, mais aussi au cinéma dans la colonie de « Nos jours heureux » ou encore en « Juillet-août » et dans « Un petit truc en plus ». La bande dessinée a, elle aussi, puisé dans cette thématique et nous nous retrouvions, entre autres, pour « Les Beaux Étés » ou avec « Du sable dans le maillot ». Un nouvel album édité par Fluide glacial nous invite cette fois pour « Les Vacances chez Pépé-Mémé », en compagnie de Guillaume Bouzard.
Lire la suite...Cauchemars canadiens…

Au Canada, l’État n’a pas été tendre avec les enfants autochtones séparés de leur famille, scolarisés dans des institutions destinées à les évangéliser, les assimiler, et quelquefois adoptés dans les familles blanches ! C’était l’affaire du Département des affaires indiennes et ces pensionnats ont existé des années 1820 aux années 1990. La mauvaise conscience est telle depuis que les Canadiens en sont à vouloir réécrire l’histoire des livres en retirant des bibliothèques ceux qui donnent des Amérindiens une mauvaise image. Ainsi, 5 000 BD, romans et biographies, jugés racistes envers les autochtones, ont été retirés et détruits. Reste que l’Histoire est ce qu’elle est et que l’assimilation forcée a fait des dégâts irréparables ; dans la tête de René, notamment…
Quand il était enfant, René ne se sentait nulle part à sa place, surtout pas avec cette mère très froide envers lui, étrangement distante. À l’école, même chose : René est rejeté car différent ! Alors le petit René s’échappez en rêvant, se protège en imaginant des histoires souvent nourries de ce qu’on lui a raconté, des mondes fantasmagoriques peuplés de créatures de toutes sortes (ogre, sorcière, monstres…). Il y devient alors Renée, revisitant les mythes fondateurs des peuples autochtones canadiens.
Album étonnant et presque hallucinant que ces « voyages » de René inspirés de rêves d’enfant et d’un vrai cauchemar, celui de l’enlèvement de milliers d’enfants autochtones par l’État canadien. L’auteure déploie une inventivité graphique hors-normes pour exprimer ce que ressent cet enfant à la recherche de son lapin en peluche, puis l’adulte qu’il est devenu à la recherche de sa véritable identité.
Le lecteur est vite contraint de se laisser porter, emporter, par ces pages éblouissantes de couleurs et, en même temps, terrifiantes. Chaque double page ouvre sur des univers nouveaux, ou presque. De nombreuses cases sont de véritables tableaux jouant sur tous les styles : réalistes, impressionnistes, surréalistes, psychédéliques… Le spectacle est omniprésent mais l’auteure a eu soin de ne pas toujours nous séduire en nous ramenant dans des planches grisées et hivernales à la réalité du héros, tout en introspection.
Elene Usdin réalise là un premier album solo qui est en soi une véritable performance graphique : plus de 260 pages éblouissantes de talent. C’est du très grand art dont témoignent facilement les pages qui illustrent cette chronique.
Didier QUELLA-GUYOT ; http://bdzoom.com/author/DidierQG/
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« René.e aux bois dormants » par Elene Usdin
Éditions Sarbacane (29,50 €) – EAN : 9782377316984