Les vacances sont à l’origine d’œuvres passées à la postérité en littérature : celles de Marcel Pagnol en Provence ou de Harper Lee, cette fois-ci en Alabama, mais aussi au cinéma dans la colonie de « Nos jours heureux » ou encore en « Juillet-août » et dans « Un petit truc en plus ». La bande dessinée a, elle aussi, puisé dans cette thématique et nous nous retrouvions, entre autres, pour « Les Beaux Étés » ou avec « Du sable dans le maillot ». Un nouvel album édité par Fluide glacial nous invite cette fois pour « Les Vacances chez Pépé-Mémé », en compagnie de Guillaume Bouzard.
Lire la suite...Dilemme existentiel à résoudre dans « L’Émouvantail » !

Un épouvantail qui n’épouvante pas est-il encore un épouvantail ? Peut-il changer pour devenir ce qu’il n’est pas ? Vous le saurez en lisant la tendre fable, poétique et profonde de Renaud Dillies.
Comme tous les contes, « L’Émouvantail » - quelle belle trouvaille que ce mot valise – commence par la formule rituelle, il était une fois : « Il était une fois, dans une campagne lointaine, un fermier qui, pour éviter que des oiseaux ne viennent picorer toutes ses semailles, installa dans son champ un épouvantail. Mais pas n’importe quel épouvantail, car pour des raisons encore bien étranges celui-ci était vivant. » Un épouvantail vivant donc doué d’émotions pour son plus grand malheur car sensible aux arguments des oiseaux, il les laisse picorer dans les champs, ce qui peut le condamner à très court terme par le fermier. Il est donc désespéré car il lui est impossible d’assumer sa fonction d’épouvantail.

Un oiseau affamé
Un chat chasseur et fûté le prend en pitié. Le félin lui apprend les rudiments des techniques des prédateurs : « Comment veux-tu que des oiseaux aient peur de toi, si tu n’as pas envie de les dévorer ? » puis part l’observer du haut d’un arbre.
Le pauvre émouvantail fait alors preuve de son incompétence complète pour sa fonction initiale. Il se retrouve seul, désespéré, inutile au milieu des champs.
Un soir venteux, son chapeau s’envole, il doit monter sur un arbre pour le récupérer et là face à un oisillon, son destin va changer.

L'Emouvantail page 6

L'émouvantail
Le format à l’italienne de ce bel album pour la jeunesse facilite la lecture pour les tous petits qui peuvent facilement s’immerger dans une fable aux ressorts dramatiques classiques mais traités de manière innovante.
La lecture, comme pour ton bon livre pour la jeunesse, peut se faire sur deux niveaux, celui des primo-lecteurs qui se passionneront pour les tourments métaphysiques du personnage central, les plus grands eux verront dans ce dialogue intérieur un écho à des questionnements philosophiques et sociaux plus profonds ; de l’injonction nietzschéenne « Deviens qui tu es » à une illustration du difficile dialogue entre des partenaires sociaux, – oiseaux et épouvantail -, impuissants face à un patronat omnipotent (le fermier).
Renaud Dillies excelle encore une fois à faire partager toute une gamme d’émotions à ses lecteurs. Son trait fin et dynamique se fait sensible pour détailler les variations de sentiments de ses personnages au diapason d’un décor naturel mis en valeur par les couleurs pastel de Christophe Bouchard.

L'Emouvantail page 13
« L’Émouvantail » est une fable moderne, un peu mélancolique, qui sans jamais être mièvre met en avant de bons sentiments comme la bienveillance et l’empathie jusqu’à une morale finale inattendue.
Laurent LESSOUS (l@bd)
« L’Émouvantail » par Renaud Dillies
Éditions de la Gouttière (10,70 €) – ISBN : 979-10-92111-90-3