Les amateurs de son œuvre le savent bien : Jacques Tardi est un boulimique de travail qui dessine matin, midi et soir. Or, « Dessins matin, midi et soir », c’est le titre d’un beau petit recueil édité par Oblique Art (structure dirigée par Pierre-Marie Jamet) qui nous propose pas moins de 160 pages rassemblant des illustrations réalisées par le créateur d’« Adèle Blanc-Sec », sélectionnées dans les nombreux carnets qu’il a noircis (voire mis en couleurs) tout au long de sa remarquable carrière d’auteur du 9e art : croquis, études de personnages… et même courtes bandes dessinées iconoclastes inédites.
Lire la suite...« Le Ventre de la hyène » par Alliel et Baloup et « Rencontre sur la Transsaharienne » par Sébastien Verdier et Christin
En commençant par un règlement de comptes dans une boite de nuit marseillaise, on ne s’attend pas à ce que, de flash-back en flash-back, se reconstitue une drôle de vie, de double vie, celles de deux frères, Talino et Anouar, deux Africains aux caractères que tout oppose…
Talino est naïf, gentil et peureux alors qu’Anouar est du genre fonceur. Le sorcier l’appelle « Mâchoire » avec raison, car Anouar est effectivement du genre mordant, agressif, destructeur, ce que sa vie va révéler peu à peu. Dans un rituel magique, le sorcier associe cependant les deux frères : ils deviendront des bêtes féroces, des hyènes affamées… s’ils restent ensemble ! Mais Anouar sous l’emprise d’un oncle quitte le village (l’oncle le vend en fait à des mercenaires) et devient loin de Talino un rebelle sans scrupules, un guérillero armé jusqu’aux dents. Adolescents, les deux frères n’ont plus grand-chose en commun, si ce n’est le sort qui les unit ! Or, on ne devient pas « combattant pour la liberté », encore moins un  « soldat-sorcier » si facilement !
Dans une Afrique incertaine et uchronique, ces deux êtres représentent finalement les luttes et les enjeux de l’Afrique d’aujourd’hui. Dans la postface, les auteurs s’en expliquent : ils voulaient une histoire qui prenne aux tripes, entre quartiers marseillais et paysages africains, une histoire nourrie de faits réels et de situations très contemporaines (Mali, Rwanda, Lybie, Syrie, Egypte…). C’est chose réussie. Le voyage est ainsi d’actualité, mais également initiatique, cru et violent, aux planches dynamiques et choquantes (au sens propre).On est très loin, en somme, de « Rencontre sur la Transsaharienne » de Sébastien Verdier et Christin qui signent une chronique aux thématiques quelquefois proches du titre précédent, mais traitées tout en retenue (ce que les couleurs tout en douceur d’Evelyne Tranlé confortent). Voyage et migration sont au cœur du récit. D’un côté, des jeunes appartenant à une association humanitaire ; de l’autre, des candidats à la migration transitant via le Sahara vers la côte méditerranéenne pour rejoindre si possible l’Europe ; sans oublier de jeunes nantis d’Arabie Saoudite en route pour une chasse… La piste les réunira, tous, pour le meilleur et pour le pire !
Dans les deux cas, l’Afrique, ses contradictions, ses dérives, ses violences… et ses espoirs !
Alors, bons voyages.
Didier QUELLA-GUYOTÂ ([L@BD->http://www.labd.cndp.fr/] et sur Facebook)Â : http://bdzoom.com/author/didierqg/
 « Le Ventre de la hyène » par Alliel et Baloup
Éditions Le Lombard (19,99 €) – ISBN : 978-2-8036-3411-8
« Rencontre sur la Transsaharienne » par Sébastien Verdier et Christin
Éditions Aire Libre (19 €) – ISBN : 978-2-8001-5295-0