Vivant depuis 25 ans avec Tanie — qui est aveugle d’un œil et qui, en conséquence, doit se démener tous les jours pour s’adapter de son mieux aux charges du quotidien —, le dessinateur et scénariste Marc Cuadrado a repris ses crayons pour nous expliquer comment sa courageuse femme fait face à sa déficience visuelle. Pour l’occasion, cet adepte du style gros nez — « Norma » chez Casterman et « Parker & Badger » chez Dupuis ou « Je veux une Harley » pour Frank Margerin chez Fluide glacial et Dargaud (1) — renoue avec la discipline graphique qu’il avait abandonnée depuis une dizaine d’années : passant à autre trait, plus semi-réaliste, où sa plume se fait alors tendre et émouvante… même s’il insuffle toujours sa lumineuse touche d’humour personnelle !
Lire la suite...« La Famille Passiflore » T2 (« La Chorale ») par Loïc Jouannigot

Il était une fois, dans les années quatre-vingt, un jeune dessinateur breton qui se mit à dessiner des lapins. Pourquoi des lapins plutôt que des korrigans ? Même si ces deux espèces vivent dans les landes, bien à l’abri des regards humains, l’affaire demeure un mystère.
Et ce dessinateur en créa beaucoup, les installa dans une maison douillette, leur fit vivre toutes sortes d’aventures et leur donna de jolis noms, Onésime, Mistouflet ou Agaric. Les Passiflore étaient nés et, comme une infusion que l’on boit le soir pour bien dormir et rêver, ces personnages ont accompagné et enchanté des générations d’enfants en leur faisant des nuits douces.
Combien cet illustrateur a-t-il dessiné de lapins, que ce soit dans ses albums illustrés ou ses bandes dessinées, en sachant aussi que les dits lapins sont non seulement des personnages mais constituent aussi des éléments de décors ? Aucun biographe ne l’indique. Le chantier serait sans doute pharaonique …
Voici donc la Famille Passiflore de retour et en grande forme pour une deuxième aventure en bande dessinée. « La Chorale » est un album de 32 pages véritablement en – chanteur.
Où l’on retrouve donc nos Passiflore dans une scène d’ouverture très cosy : tante Zinia tricote tandis qu’Onésime lit le journal. Tout serait paisible si, dans la pièce voisine, mademoiselle Pirouette n’était pas en train de diriger une chorale composée de ses frères, Romaric, Agaric, Mistouflet et Dentdelion, chantant à tue-tête … mais un peu faux tout de même. Pirouette est au désespoir. Une annonce dans le journal lui redonne le moral : « La chorale de Louna cherche des nouveaux choristes pour accompagner sur scène Roméo, le chat chanteur. » Le lendemain matin, Pirouette et ses frères gardes du corps se mettent en route à travers la forêt pour se rendre à l’arbre de Louna, où se déroulent les répétitions. La belle aventure commence, où l’on croise un blaireau herboriste, quelques écureuils farceurs et des volatiles de toutes plumes qui vocalisent à qui mieux mieux, menés par une poulette pas facile. Pirouette ne sera pas toujours à la fête mais vivra tout de même l’une des plus belles soirées de sa vie.
Lire un album de Loïc Jouannigot, c’est plonger aussitôt dans une bulle de bien-être, à la fois poétique et délicate, gaie et douce. L’univers des Passiflore possède un charme indéniable, délicieusement désuet, très loin de la mondialisation, du cours de la bourse et des fureurs du monde. Il y est question de solidarité familiale, d’espiègleries, de temps partagés, mais aussi de différence et de chagrin parfois. Avec en prime une bande son tonique, où l’on retrouve les inusables chansons de marche, « Dans la forêt lointaine », « Un kilomètre à pied » ou bien encore « Dans la troupe y a pas d’jambe de bois » ; et puis un solo de batterie d’anthologie, magistralement exécuté par l’ami Mistouflet. Que du bonheur, quoi !
Catherine GENTILE
« La Famille Passiflore » T2 (« La chorale ») par Loïc Jouannigot
Éditions Dargaud (12,99 €) – ISBN 978 2 205 06995 2