En 2009, déjà chez Futuropolis, David Prudhomme s’intéressait aux musiciens grecs avec « Rébétiko : la mauvaise herbe » : un album où l’on suivait une journée de la vie d’un artiste des années 1930. Des cafés enfumés de haschich aux terrasses où l’on se laisse assommer par l’alcool, les musiciens, les « rébètes », attendent la nuit où ils jouent le rébétiko, cette musique populaire contestataire évoquant la déchirure de l’exil, la dureté sociale et les amours amères…
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Un écrivain en mal d’inspiration arrive par une nuit de tempête dans une auberge perdue de la côte bretonne, en un lieu où des événements tragiques se sont produits soixante ans auparavant.
L’aubergiste commence alors à lui narrer l’étrange histoire d’Iréna. Cette nouvelle série, à classer dans la catégorie des récits historique matinée de merveilleux, trouve visiblement son inspiration dans les romans fantastiques du début du XIXe siècle. Tout nous ramène à cette grande tradition des Nodier et autres Barbey D’Aurevilly, héritée des récits de veillée : depuis les procédés narratifs, notamment la mise en ambiance dans une région mystérieusement vidée de ses habitants, jusqu’à la trame romanesque emboîtée, propre aux contes, en passant par le cadre âpre et désolé d’une auberge battue par le vent du large. Mais le parti pris fantastique penche assez rapidement vers l’intrusion avérée d’un surnaturel qui puise ses références dans le bestiaire celte et le folklore d’une Bretagne superstitieuse. Le dessin semi réaliste, qui joue ici le rôle dévolu dans les romans aux détails sociologiques destinés à fonder la véracité du récit, manifeste toute sa force grâce à sa précision ethnologique et à son univers chromatique de couleurs en lavis à dominante de gris bleu, particulièrement adaptée aux représentations des nuits de tempête. Une oeuvre prenante qui sonne juste.
Joël DUBOS
L’auberge du bout du monde, t.1, La fille sur la falaise, Prugne, Oger, Casterman, 9,50 euros