Vivant depuis 25 ans avec Tanie — qui est aveugle d’un œil et qui, en conséquence, doit se démener tous les jours pour s’adapter de son mieux aux charges du quotidien —, le dessinateur et scénariste Marc Cuadrado a repris ses crayons pour nous expliquer comment sa courageuse femme fait face à sa déficience visuelle. Pour l’occasion, cet adepte du style gros nez — « Norma » chez Casterman et « Parker & Badger » chez Dupuis ou « Je veux une Harley » pour Frank Margerin chez Fluide glacial et Dargaud (1) — renoue avec la discipline graphique qu’il avait abandonnée depuis une dizaine d’années : passant à autre trait, plus semi-réaliste, où sa plume se fait alors tendre et émouvante… même s’il insuffle toujours sa lumineuse touche d’humour personnelle !
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Après plusieurs albums beaucoup plus classiques en matière de bande dessinée, l’inclassable François Boucq livre ici un OVNI. Cet album contient tous les genres, dans un mélange hétéroclite de gags, de récits BD plus ou moins longs, de dessins de presse, d’illustrations et de parodies. Le tout se présente sous l’angle d’un comique ironique, voire féroce, tirant à vue sur les bizarreries et l’absurde de notre époque, dictateurs compris !
D’abord présenté en temps de Covid dans un livre numérique (« Comic-Boucq » n° 1, 2020) chez le même éditeur, l’ensemble demeure inédit et augmenté en papier, à l’exception de quelques extraits parus dans Le Monde.
On y croise bien sûr Jérôme Moucherot, le personnage fétiche de Boucq, des clins d’œil (y compris à la BD), de fausses annonces et publicités, pour des charges parfois féroces, dans le style caricatural et vif qu’on lui connaît.
Un album vraiment à part.
Le ton sans concession, critique et loufoque, le rapproche de « Portrait de la France » (toujours aux Éditions i, 2017), dont il est une sorte de prolongement, mais avec plus de dessins libres, parodiques et « gratuits »… et donc moins de BD.
Ces dernières sont, elles aussi, très diverses, variables en longueur d’une à quelques pages : nous pourrons y voir le reflet d’une inspiration immédiate, d’une confection spontanée, autant que des exercices personnels.
Parfois constituées d’une seule planche, les BD présentées utilisent souvent Moucherot, comme cette histoire qui le trouve aux prises avec un animal étrange et malfaisant, incarnant une force du mal, dans une atmosphère déjantée et baignée de dialogues complètement fous.
Cette histoire-ci, qui est la plus longue avec sa trentaine de pages, n’est composée que de deux cases par page.
Une autre BD, plus courte, mais de forme plus classique avec ses planches en couleurs, vient illustrer le thème des forces du mal dans un quotidien absurde, nourri de dialogues virant à l’abscons…
Des textes hilarants, grinçants, ironiques, émaillent ce livre, sous la forme de fausses affiches, annonces, publicités, slogans, signés François Boucq, Vanessa Duhamel et l’éditeur Jean Annestay.
Tout cela constitue, avec les dessins humoristiques et les planches, un ensemble de 120 pages volontairement foutraque, sans hiérarchie et provocateur.
Un album atypique, réservé d’abord aux fans et aux amateurs mordus du dessinateur.
Patrick BOUSTER
« Forces du mal à (re)vendre » par François Boucq
Éditions I (24,90 €) – EAN : 978-27650-08-9