BD de la semaine

« Le Roman de Jésus » : une évocation de la vie du Nazaréen par Jean-Charles Kraehn dans un imposant ouvrage passionnant et documenté !

La vie de Jésus a inspiré les auteurs et les éditeurs d’histoires en images, puis de bandes dessinées depuis les origines du média. Surtout réservés à la presse et à l’édition catholique, ces récits proposaient aux jeunes lecteurs une image lisse de la vie terrestre de Jésus, propre à ne pas heurter les arcanes de l’Église chrétienne. Loin de ces contraintes d’un autre temps — que l’on peut comprendre —, Jean-Charles Kraehn présente un pavé de 360 pages somptueuses qui devrait réjouir les croyants, mais aussi de simples amateurs de bandes dessinées réalistes et classiques. Une réussite !

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« Lenny » par Relom : bienvenue chez les frappadingues !

Lenny est un garçon de dix ans tout à fait normal… Il va très bien, mais ce n’est pourtant pas ce que pensent sa mère et son père, lesquels sont presque aussi déjantés que leur autre progéniture qui, elle, nécessite toute leur attention : l’hyperactive et franchement violente Zaza ! Comme les résultats scolaires de Lenny sont en chute libre, notamment à cause de ce que lui fait subir le petit monstre qu’est sa sœur, ses parents insistent pour l’emmener voir une psy. Heureusement, l’analyste découvre rapidement que le « patient » n’est peut-être pas celui qu’on croit… Le premier tome — aussi déjanté qu’attachant — de cette nouvelle série trash de Relom, racontant de façon hilarante et décalée les chroniques d’une famille dysfonctionnelle, est une formidable machine à gags !

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« L’Enfance des ruines » : l’insouciance avant que le monde s’écroule !

Dans son nouveau roman graphique, Pascal Rabaté nous transporte dans le Berlin de 1931, à quelques années du désastre, mettant en scène des artistes, des danseuses, des histoires d’amour, des soirées alcoolisées, des copains qui profitent de la vie… Bref : la grande fête. Hélas, cela ne va pas durer : nous, lecteurs, nous savons comment cela va se terminer… En narrateur accompli — tant en bandes dessinées qu’au cinéma —, l’adaptateur d’« Ibicus » et auteur des « Petits Ruisseaux » ou de « La Déconfiture » (1) va justement jouer avec cette longueur d’avance, tout en utilisant un graphisme coloré où il change légèrement son trait habituel, pour installer un malaise qui ne cesse de monter à la lecture de cette « Enfance des ruines » qui n’a pas fini de vous hanter…

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« Nestor Burma dans l’île » : une adaptation fidèle, mais suffisamment personnelle pour donner un nouveau souffle à la série !

Cette récente bande dessinée — reprenant une enquête du Nestor Burma de Léo Malet — est non seulement réussie, elle sort vraiment de l’ordinaire ! Déjà, il s’agit du dernier roman original avec le célèbre détective de choc (le titre suivant le mettant en scène n’étant que la réécriture d’un texte du romancier, déjà paru en 1948) et du premier entièrement réalisé par François Ravard (après qu’il ait dessiné, également d’après l’univers graphique de Jacques Tardi, « Les Rats de Montsouris », dont Emmanuel Moynot avait assuré l’appropriation scénaristique), mais c’est aussi l’une des rares fois où Burma quitte la capitale (1) : d’ailleurs, lors de sa parution en 1970, aux éditions Fleuve noir, le récit ne faisait pas partie du cycle « Les Nouveaux Mystères de Paris ».

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Le mouvement artistique « UNderGround » japonais vu par Suehiro Maruo…

Né en 1956, Suehiro Maruo ne pouvait pas encore être un adolescent engagé dans les années 1960. Pourtant, quand on lit « UNderGround » (avec cette graphie propre à la contre-culture alternative japonaise), on pourrait considérer ce manga comme une autobiographie. Il n’en est rien : c’est une allégorie de l’époque, un à travers ce mouvement artistique que la jeunesse s’est rapidement approprié pour son côté subversif et dérangeant, à l’image de l’œuvre de Maruo qui n’hésite pas à bousculer les conventions visuelles.

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« Le Clan de Walden » : les prémices de la pensée écologiste vues par Catherine Meurisse…

Une bande décidée sort de l’orée d’un bois près d’une étendue d’eau. Le groupe est mené par un écureuil portant un bâton de dynamite. Derrière l’intrigant rongeur se tient, sur sa droite, un jeune homme remontant sa manche et, sur sa gauche, un loup debout sur ses pattes arrière tenant un livre. À droite de l’homme, il y a un ours imposant. Nous voyons encore, sur une troisième ligne, une fière jeune femme dans une robe rouge, une intrigante Indienne et un solide gaillard en chemise à carreaux. Un cervidé caché dans la forêt regarde cette hétéroclite coterie. Il s’agit du clan Walden, créé par Catherine Meurisse pour les éditions Dargaud…

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Les ultimes « Invitations » de Jirô Taniguchi…

Casterman vient de publier les dernières œuvres du maître du manga qu’était Jirô Taniguchi. Il a fallu un tout petit peu moins d’une dizaine d’années pour que ces récits nous parviennent dans une édition française. À la fois très personnelles et toujours intimistes, ces deux histoires concluent une vie où se sont côtoyés des genres aussi divers que le polar, l’aventure, la science-fiction, les récits historiques, la gastronomie et d’autres déambulations intimistes. Bref, une vie bien chargée et qui s’achève de la plus belle manière qui soit, en nous laissant un magnifique héritage.

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René Goscinny : « un Gaulois immortel » qui fête ses 100 ans !

Né le 14 août 1926, le légendaire René Goscinny — disparu trop tôt à l’âge de 51 ans, en 1977 — aurait eu 100 ans cette année ! Une salve de livres célèbre aujourd’hui le centenaire du génial scénariste d’« Astérix », de « Lucky Luke » ou d’« Iznogoud » et créateur du « Petit Nicolas » (1), dont l’un est attendu depuis longtemps, puisque la première partie a paru en 2019. (2) Il s’agit du second volume du « Roman des Goscinny » par Catel (spécialiste du roman graphique biographique avec ses sensibles ouvrages sur Kiki de Montparnasse, Olympe de Gouges, Joséphine Baker…), qui a bénéficié une nouvelle fois, pour cet instructif et touchant portrait, de la complicité d’Anne Goscinny : la fille de cet homme guidé par le plaisir de divertir, dont l’héritage universel continue de faire vibrer toutes les générations…

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« Hysteria » : un étonnant roman graphique d’horreur psychologique…

Une trentenaire parisienne, un brin oppressée et angoissée, sent renaître une inquiétante mémoire familiale dans le manoir décrépi de ses grands-parents maternels. Elle va se retrouver confrontée à des secrets d’ascendance enfouis et à des rituels obscurs, presque surnaturels… Dans ce glaçant récit aux frontières du fantastique et de l’épouvante — un peu à la Stephen King —, la jeune et talentueuse Elizabeth Holleville nous parle du choix des femmes de ne pas avoir d’enfant, évoque l’emprise psychologique intergénérationnelle, et fait référence au cinéma de genre des années 1970/80, le tout dans une curieuse esthétique : mélange de style art déco et de ceux d’auteurs dits « alternatifs », comme les Américains Charles Burns et Daniel Clowes ou le Suisse Frederik Peeters.

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Un Intermezzo de Jordi Lafebre, avec une héroïne « dans les nuages » !

Après deux enquêtes contemporaines d’Eva Rojas, sa psychiatre tourmentée, Jordi Lafebre a voulu s’autoriser une petite récréation : un récit plus court et plus contemplatif. Or, son éditeur souhaite justement lancer une nouvelle collection appelée Intermezzo, avec peu de pages (32) et un format moins grand (dit comics), donc moins coûteuse et plus accessible que celles proposant des romans graphiques de plus en plus chers. D’où la réalisation de ce truculent voyage en montgolfière de deux adolescents britanniques du XIXe siècle en marge de la société : une rêveuse souffrant de narcolepsie (elle s’endort à tout moment) et son ami d’enfance, éternel indécis. Une amusante aventure aussi poétique que rafraîchissante : ce qui tombe bien en cette période caniculaire !

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