« Churubusco » par Andrea Ferraris

Churubusco est le nom d’un village mexicain que cherchent désespérément à dénicher les soldats américains sur un territoire qui ne leur appartient pas encore, au sud de l’actuel Texas. On est en 1847 et c’est entre le rio Nueces et le futur frontalier Rio Grande que l’action se situe, au moment d’une guerre qui va permettre aux États-Unis de s’agrandir et de s’ouvrir sur le Pacifique, au détriment du Mexique qui perd alors 50% de son territoire, le tout au prix de dizaines de milliers de morts…

On ne comprend l’épisode raconté dans cet album très original que si l’on sait qu’un bataillon entier de soldats américains a fait session. Il s’agit des hommes du Saint-Patrick, des immigrés irlandais, espagnols, polonais qui ne supportent plus les violences et les discriminations des yankees. Ils rallient les Mexicains et vont se battre à leur côté sous le nom des San Patricios, tout simplement. À leur tête, un jeune sicilien, Rizzo. Comprenant qu’il n’obtiendra probablement pas le lopin de terre et la nationalité promis, il va devoir choisir son camp. Un court dossier final rappelle les étapes de cette guerre, les chiffres de l’actuelle émigration mexicaine contenue par des frontières hautement sécurisée et les risques que courent les candidats à l’exil.

Au-delà de cet épisode historique, ce qui intéresse Andrea Ferraris, c’est la quête, la poursuite incessante, coûte que coûte, au prix d’une recherche peut-être vaine. Le village de Chrubusco où se cacheraient les rebelles existe-t-il vraiment ? Un peu comme pour l’ennemi imaginaire du Désert des Tartares, tout n’est qu’attente, doutes, hypothèses, et on se demande effectivement si tout cela n’est pas peine perdue. Pourtant, on suit ces hommes comme on découvre ceux qui se terrent effectivement jusqu’à cette histoire d’amour qui s’ébauche sans espoir…

Le plus impressionnant vient d’une part de la narration, décomposée par chapitres et qui prend son temps (la durée est au cœur du récit); d’autre part, du graphisme au crayon de papier. Le trait est assez caricatural et décors et trognes – celles des hommes et celles des animaux – accrochent l’œil, indéniablement. Ferraris compose un univers sombre alors que ces déserts sont baignées par un soleil implacable, un univers angoissant, morbide finalement puisqu’on sait que la mort est au bout des fusils et des cordes de pendaison.

Alors, bon voyage !

Didier QUELLA-GUYOT  ([L@BD-> http://9990045v.esidoc.fr/] et sur Facebook).

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« Churubusco » par Andrea Ferraris

Éditions Rackham (20 €) – ISBN : 978-2-87827-194-2

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Une réponse à « Churubusco » par Andrea Ferraris

  1. sichère dit :

    Très intéressante critique mais ne pas confondre : le mot morbide est en relation avec la maladie, pas la mort…