« L’Étrange Vie de Nobody Owens » T2 par P. Craig Russell et Neil Gaiman

Le second tome de cette adaptation très réussie d’un roman de Neil Gaiman (« The Graveyard ») sous l’égide de P. Craig Russell vient de paraître, nous menant donc au dénouement de cette fable gaimanienne en diable. À noter que les éditions Delcourt sortent aussi un coffret regroupant les deux tomes de cette œuvre étrange, poétique et sensible… comme ses auteurs.

Je ne vais pas réitérer ici et maintenant tout le bien que je pense de cette œuvre, ni la présenter, puisque je l’ai déjà fait lors de ma critique du tome 1 (que vous pouvez lire en cliquant sur ce lien : http://bdzoom.com/?p=88101)… Mais je ne pouvais pas non plus ne pas vous annoncer la sortie de la suite et fin de ce fameux « Nobody Owens » en bande dessinée tant ce second volume parachève avec beauté ce récit inspiré et très touchant. Nobody (qui aime maintenant se faire appeler Bod) n’est désormais plus ce tout petit garçon que nous avions connu dans les premiers épisodes. Il a grandi, et c’est à un petit homme de 11 ans à qui nous avons affaire. Alors, évidemment, beaucoup d’éléments de son univers infantile se sont évaporés, et les illusions et autres discours sur le monde extérieur de la part des habitants du cimetière n’ont plus autant d’impact qu’avant sur l’esprit du jeune Owens. Du haut de sa préadolescence, il sent des choses changer en lui, et des envies de vivre différentes, plus adultes même s’il sait qu’il ne l’est pas encore. Sa soif de vivre dans le monde des vivants se fait plus forte que tout, et il finit par demander à son tuteur Silas ce que ce dernier redoutait le plus au monde : se faire scolariser avec les enfants de la ville. Une expérience qui sera à double tranchant… comme la vie. Puis, aux côtés de sa jolie Scarlett, Bod va devoir faire des choix et combattre, entre la réalité dangereuse des vivants – sous les traits de Mr Frost – et le socle de la famille des morts, entre rationnel et surnaturel…

Pour ces derniers épisodes, P. Craig Russell s’est entouré des dessinateurs David Lafuente, Scott Hampton, Kevin Nowlan et Galen Showman. À part Lafuente qui flirte parfois avec le peps graphique d’un J. Scott Campbell, les autres artistes tendent plus vers le réalisme poétique amorcé dans le tome 1. On notera tout particulièrement la collaboration de Scott Hampton qui nous offre ici des planches de toute beauté, atmosphériques et subtiles, durant le long chapitre intitulé « Chaque Jack ici présent ». Une séquence à l’ambiance à la fois feutrée et intense, entre grisé et noir pour le trait, qui participe à notre perception de l’évolution du personnage, souhaitant de plus en plus devenir ce qu’il doit être à travers ce rite de passage à l’âge adulte plutôt compliqué. Les couleurs de Lovern Kindzierski raccordent les différents épisodes avec un beau sens des contrastes et des lumières, symbolisant la grande cohérence de l’ensemble de cette œuvre. Intellectuellement et esthétiquement, cette adaptation de « The Graveyard » reflète à merveille l’univers mental et artistique de Gaiman que nous connaissons et que nous apprécions. Ce n’est pas une surprise, puisque Russell – on le sait – est l’un des artistes de comics qui connaît et comprend le mieux cet univers et cet auteur à travers déjà plusieurs collaborations et adaptations mémorables… Intelligent, sensible et beau !

Cecil McKINLEY

« L’Étrange Vie de Nobody Owens » T2 par P. Craig Russell et Neil Gaiman

Éditions Delcourt (16,50€) – ISBN : 978-2-7560-6944-9

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