« Julio Popper, le dernier roi de Terre de Feu » par Léonard Chemineau et Matz

On avait déjà rencontré Julius Popper dans le tome 1 de « Cap Horn » (de Riboldi et Perrissin, aux Humanoïdes associés, en 2005). À la fin du XIXe siècle, les vastes territoires désolés de la Terre de Feu sont alors habités par les Ona, les Alakaluf et les Yahgan. Ils sont aussi fréquentés par des chercheurs d’or, des missionnaires anglais, des pêcheurs de phoque, des militaires chiliens et argentins… et les miliciens de Julius Popper !

Matz et Chemineau ont décidé, eux, de raconter plus précisément la vie de cet homme né en 1857 en Roumanie. Le dossier final qui lui est consacré résume d’ailleurs très bien l’individu grand voyageur qui parcourt l’Europe, l’Asie, l’Amérique pour finalement s’installer en Argentine où il fera fortune avec l’or de Patagonie. Polyglotte, scientifique, inventeur, intelligent, spirituel, il a toutes les qualités, mais aussi de sacrés défauts. Son ambition semble sans limites et sans état d’âme, mais sa réputation dépasse probablement ce que fut réellement l’homme. Massacreur d’Indiens ? Pas aussi sûr qu’on le prétend ! Certes, la confrontation entre les peuplades nues et primaires et des aventuriers armés de carabines n’était pas toujours aisée, mais Potter en rajoutait pour obtenir des moyens du gouvernement argentin.

Alors que ses voyages aux quatre coins du monde, d’Istanbul à Cuba, de l’Alaska aux Indes, sont évoqués en seulement quelques pages – peut-être par manque d’archives et de témoignages -, c’est à son séjour argentin que s’attachent les auteurs. Il s’installe dans ce Far-West inhospitalier en 1886 et découvre une région aurifère dont il va s’ingénier à tirer profit. Il en vante les qualités lors de conférences et finit par y fonder un état dans l’État avec sa monnaie propre, appliquant sa loi, chassant sans pitié ceux qui viennent jouer les orpailleurs sur ses terres. Il mourra cependant dans des circonstances encore inexpliquées, en 1893, à Buenos Aires.

Cette biographie aventurière vaut aussi d’être lue pour découvrir le travail de Léonard Chemineau. Son trait assez classique est rehaussé d’une mise en couleurs originale. Il a le sens de la matière et n’est jamais aussi bon que dans les paysages sauvages et les vues à forte profondeur de champ, qu’elles soient terrestres ou maritimes.

Rappelons qu’on doit notamment à Léonard Chemineau, « Les Amis de Pancho Villa » (Casterman, 2012), une adaptation du roman de James Carlos Blake relatant l’étonnante épopée des révolutionnaires mexicains du début du XXe siècle du point de vue du bras droit de Pancho Villa, un aventurier brutal et sans idéal mais lucide sur ses compagnons et sur la portée de leurs actions. La BD n’éludait pas la violence gratuite, les massacres et les pillages, d’une troupe composée davantage de bandits de grands chemins que d’idéalistes marxisants et plongeait le lecteur au cœur de l’histoire chaotique du Mexique du XXe siècle.

Alors, bons voyages !

Didier QUELLA-GUYOT : L@BD->http://9990045v.esidoc.fr/ et sur Facebook.

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« Julio Popper, le dernier roi de Terre de Feu » par Léonard Chemineau et Matz

Éditions Rue de Sèvres (18 €) – ISBN : 978-2-36981-069-8

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