Quel beau récit en bande dessinée que ces bouleversantes « Mémoires d’un garçon agité » : l’histoire d’un gamin émotionnable d’une dizaine d’années qui a décidé d’arrêter de grandir et de se raconter, à l’aide de la vieille machine à écrire familiale. Ce refuge dans l’écriture est le seul moyen qu’il a trouvé pour essayer de stopper le temps : pour oublier le fait de se sentir responsable, ainsi que la douleur subie devant l’anéantissement de ce qui était jusque-là sa vie. Le sensible dessin à la Sempé de Valérie Vernay et cet attachant personnage qui retrace des anecdotes de sa courte existence pourraient nous faire penser au Petit Nicolas, mais le propos du scénariste Vincent Zabus — par ailleurs poète et dramaturge — est tout autre : l’humour n’est là que pour dissimuler la gravité du sujet.
Lire la suite...Retour aux « Sargasses »…
Albania, structure éditoriale corse, réalise une belle entrée dans le monde de la bande dessinée avec le diptyque « Sargasses » réalisé par Alexandre Coutelis et Rodolphe.

Au début des années 1980, Charlie mensuel, racheté par Georges Dargaud aux éditions du Square du professeur Choron, se transforme en un mensuel d’aventure et de charme, sous la direction de Nikita Mandryka avec le concours actif de Philippe Mellot.
Rayon aventure, « Le Cimetière des fous » — c’est son titre d’origine — est une belle et bonne surprise.
Hélas, Mandryka se lasse, abandonne le journal, et la deuxième partie du récit (« La Plage des sans retour ») demeure inédite.
Les 46 planches publiées par Charlie mensuel du numéro 6 au numéro 14 (septembre 1982 à mai 1983) sont réunies dans un album édité par Dargaud en 1984, sous le titre générique « Une Aventure de Dampierre et Morrison ».
Une légende veut que la mer des Sargasses dissimule un cimetière géant où reposent les navires bloqués par les varechs monstrueux qui y flottent. C’est dans cet univers de fin du monde qu’échouent, à l’été 1956, le jeune aristocrate Paul Dampierre et le marin irlandais fort en gueule Morrisson, après le naufrage de leur yacht. Les deux hommes se retrouvent dans une étrange cité constituée de centaines de navires, une cité ou règne sans partage la reine Queen. Une des lois promulguées par la blonde et belle souveraine consistant à livrer les naufragés aux crabes géants, les deux hommes n’ont qu’une idée en tête, fuir cet enfer…
Rodolphe propose un scénario riche en rebondissements — clin d’œil aux bons vieux romans d’aventures —, conçu sur mesure pour Alexandre Coutelis qui signe des pages sublimes.
Trop d’amateurs de bandes dessinées limitent ce dessinateur à l’unique aventure de Michel Tanguy qu’il a dessinée en 1988 (« Survol interdit »).
Qu’ils lisent les aventures d’AD Grand Rivière (Casterman) et celles du Grec (Glénat), ou encore ses ouvrages dans le registre humoristique chez Fluide glacial et ils découvriront un créateur de premier plan aux multiples facettes.
Les deux auteurs ont complètement bouleversé l’histoire, tant au niveau du scénario que de la mise en pages, pour enfin offrir une stupéfiante conclusion aux aventures de Dampierre et Morrisson, plus de trente ans après leur naissance dans les pages de Charlie mensuel. Résultat, deux superbes albums cartonnés (de 48 pages en couleurs) édités par Albania.
Notons que la préface élogieuse du tome 1 est signée Albert Uderzo et ce n’est pas un hasard. Savourons…
Henri FILIPPINI
« Sargasses » T1 & 2 par Alexandre Coutelis et Rodolphe
Éditions Albania : 4, rue Emmanuel-Arène, 20000 Ajaccio, www.albania.fr (14,90 €)















A. Coutelis est un auteur qui a beaucoup de talents