« Voodoo Serenade » par Stefano Casini et « Tanganyika » par Attilio Micheluzzi

Les éditions Mosquito aiment voyager : qu’il s’agisse de rééditions (et leur volonté de redorer le patrimoine latino avec Battaglia, Toppi, Serpieri et aujourd’hui encore avec Micheluzzi) ou de créations (c’est le cas avec les albums de Casini), elles ont le goût de l’ailleurs bien dessiné et de l’intrigue bien troussée…

L’auteur italien Stefano Casini est un auteur confirmé, mais les éditions Mosquito lui offrent un espace de créativité qu’il n’a pas en Italie. Après les quatre tomes de « Hasta la Victoria », puis « Masques », « Digitus Dei » ou « Fragments » publiés en 2013 (voir la chronique de BD Zoom), l’auteur reprend son héros cubain qu’on retrouve à Port au Prince, en 1960.  Haïti, à ce moment-là, c’est la grande époque Duvalier Père et ses tontons macoutes (des milices paramilitaires dont les exactions ont tant fait souffrir la population). Le dictateur, soutenu par les Américains, règne alors en toute impunité. C’est dans cet univers de disparitions politiques, de magouilles financières, de violences insupportables et de rites vaudous d’un autre âge (exploitées par Duvalier) que Nero Maccanti débarque et c’est bien le mot puisqu’il est alors le capitaine d’un voilier pour touristes ou scientifiques (qui se prétendent tels, en tout cas !). Maccanti se rend vite compte qu’il doit prendre parti, question de survie…

On retrouve dans ce nouveau titre le trait expressif de Casini et ses couleurs douces et charmeuses dans une intrigue évidemment fort dépaysante, très loin du noir et blanc brutal de Micheluzzi, brutal mais fascinant. Avec « Tanganyika », on est à Zanzibar, en 1914, alors qu’un croiseur allemand inquiète la marine britannique. Pour le repérer et le couler, il faudrait un avion, mieux un hydravion, ce que possède justement un géologue irlandais… Attilio Micheluzzi a publié cette histoire documentée et passionnante en 1978. Elle n’a rien perdu de sa puissance narrative, ni de sa superbe graphique. Des blancs éblouissants et des aplats noirs audacieux, sans oublier des hachures ici et là minutieuses, composent des cases aux décors souvent soignés. Qu’il s’agisse du delta du Refugi ou des abords de Zanzibar, on reste  saisi par tant d’ingéniosité, d’autant que le choix des cadrages et la variété des points de vue manifestent un talent à redécouvrir absolument.

Profitons-en pour signaler la réédition du « Collectionneur » de Sergio Toppi, intégrale des cinq volumes, sa seule série avec un personnage récurrent, antihéros mi-dandy mi-bandit à la poursuite d’objets mythiques à la fin du 19ème siècle, signés l’auteur entre 1982 et 1986 (complétés d’un inédit de 2006).  Les titres avaient autrefois été publiés par Mosquito en petit format. Le grand format magnifie par les noirs et blancs spectaculaires et l’exceptionnelle symphonie de hachures. L’auteur n’a pas son pareil pour modeler un paysage ou composer un portrait. Dans « Le Calumet de pierre rouge », le collectionneur recherche aux États-Unis un mystérieux calumet qui parle, ce qui lui vaut des rencontres multiples : d’abord un journaliste auquel il raconte sa vie et son passé récent fait de bandits sans scrupules, d’Indiens de diverses tribus, enfin des combattants de Little Big Horn (1876). Avec « L’Obélisque abyssin », direction le désert Dankali (Afrique de l’Est) où le personnage de Toppi recherche un obélisque oublié. Il n’est pourtant pas conseillé de braver le gardien de la grande pierre noire. Qu’importe les guerres coloniales et les affrontements tribaux quand il est question d’approcher les légendes ! « Le Joyau mongol » nous emporte à la rencontre de tribus cruelles et d’étrangers blancs venus traquer le pouvoir. Tout n’est pas rose non plus chez les Dayaks de Bornéo ! Surtout si une étonnante Reine blanche et perverse s’amuse… Dans « Le Sceptre de Muiredeagh », le récit commence en 1865 dans une île irlandaise. Un morceau de bois magique capable de lever des pierres (sinon des montagnes) nous conduit jusqu’en Nouvelle Zélande. Au final, une histoire étonnante de sceptre, histoires de clans et de tribus, histoire et destinée, histoire et légende surtout. Enfin, avec « Le Collier de Padmasumbawa », c’est destination le Tibet ! On le voit, de l’Ouest américain au désert Dankali, des montagnes des Carpates à celles de l’Afghanistan, en passant par la jungle de Bornéo, de l’Irlande à la Nouvelle Zélande, au Tibet, le voyage est garanti et l’émerveillement esthétique aussi !

Alors, bons voyages !

Didier QUELLA-GUYOT  ([L@BD->http://www.labd.cndp.fr/] et sur Facebook).http://bdzoom.com/author/didierqg/

« Voodoo Serenade » par Stefano Casini

Éditions Mosquito (13 €) – ISBN : 987-2-35283-285-0

 « Tanganyika » par Attilio Micheluzzi

Éditions Mosquito (13 €) – ISBN : 987-2-35283-287-4

« Le Collectionneur » par Sergio Toppi

Éditions Mosquito (35 €) – ISBN : 987-2-35283-044-3

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