« X-Men : Le Commencement »

Après le récent « Thor » de Branagh, voici une autre fournée de cinéma super-héroïque avec les X-Men qui reviennent sur grand écran dans l’adaptation de « First Class ». Sentiment mitigé. Les films de super-héros doivent-ils vraiment ne s’adresser qu’aux ados ? Et pourquoi s’adressent-on aux ados ainsi ?

Bon, allez, ok, si vous voulez, oui, je suis un vieux con, ok… Je n’aime pas qu’on ne respecte pas l’histoire originale dans une adaptation, comme ça a été le cas dans beaucoup de films du nouveau millénaire qui transforment les éléments originels pour d’autres éléments n’apportant rien (et c’est bien ça le problème). Je n’aime pas les rebidouillages creux pour réinventer des séries afin de faire plus « djeun’s » et de draguer le portefeuille des ados (ce qui occulte le fait que nous avons tous un jour été fascinés par des œuvres d’un autre temps qui nous parlaient et nous touchaient justement parce qu’elles différaient de ce qu’on nous proposait dans le cadre de notre étiquette présente, et que les ados aiment autant se reconnaître entre eux qu’être différents des autres). Je n’aime pas que le commerce supplante l’art. Et la plupart des blagues dans les films de super-héros ne me font pas rigoler. Un vieux con, j’vous dis. Pourtant, j’ai trouvé que le concept de l’univers Ultimate était plus qu’acceptable, et que cela a donné de bonnes choses sous la plume d’excellents auteurs. Pourtant, j’adore les « What if », ou quand un auteur revisite un personnage et sa mythologie pour ouvrir d’autres champs du possible. Pourtant, moi je n’attends que ça, d’aller au cinoche et qu’on m’en mette plein la vue… À chaque fois que je vais au cinéma pour vous, j’espère ressortir de la salle en me disant que c’était tellement trop mortel d’la balle et qu’il faut que je vous en touche deux mots, que je vous conseille d’aller voir ce film. Mais, trop souvent, je ressors de la salle obscure en me disant que je me suis encore ennuyé à mourir, que je suis déçu, malgré quelques trucs chouettes… comme à chaque fois. L’idée m’avait effleuré l’esprit quand j’étais ressorti de la projection de « Thor », mais après « X-Men : Le Commencement », la question m’explosa à la tronche : je suis devenu trop vieux pour ce genre de truc, ou quoi ? Je ne pense pas, sinon, je ne rêverais pas encore aujourd’hui de me transformer en Spider-Man ou Silver Surfer, ou bien je n’aurais pas aimé « Runaways »… Alors ? À part réfléchir sur nos âges respectifs, ne pourrions-pas faire un tout petit bilan de cette nouvelle vague de films super-héroïques ? Pour moi, le bilan reste très contrasté, avec des réussites jouissives et des échecs terribles. Le malheur, c’est que malgré l’avènement des studios Marvel – et tout l’espoir qu’on pouvait mettre dans cette prise en mains après quelques adaptations catastrophiques –, on ne semble pas partis sur la bonne pente… Pour autant, « de l’autre côté », je trouve que les « X-Men » de Singer étaient très réussis, et faisaient oublier des horreurs comme « Daredevil », mais lorsqu’apparut le magnifique « Hulk » de Leterrier et qu’« Iron Man » s’avéra une vraie réussite, on pouvait penser être sortis de l’ornière, que la caméra était revenue à la maison, que l’univers Marvel reprenait ses droits. Mais… le deuxième opus d’« Iron Man » était un peu moins réjouissant, les Quatre Fantastiques se révélèrent tout simplement insupportables de niaiserie, Wolverine n’eut pas droit à un film digne de sa démesure, et Branagh ne profita même pas de « Thor » pour rejoindre Kirby et Shakespeare dans un grand délire classico-cosmique. Quant à « X-Men : Le Commencement » où Marvel et Twentieth Century Fox « s’épaulent », que dire à part que le produit est sympathique mais que le résultat final est loin d’être un chef-d’œuvre, parfois même un tantinet agaçant ? Les décolletés plongeants de January Jones (dans le rôle d’Emma Frost) peuvent-ils à eux seuls sauver le film de l’oubli ? Oui, mais il aura au moins fallu ça…

Fan des X-Men depuis toujours, j’étais le premier à attendre « First Class » quand il est sorti en comics en 2006. Le scénariste Jeff Parker avait eu la lourde tâche de revisiter les origines des premiers X-Men en les rendant beaucoup plus proches de la génération des lecteurs actuels. Mais je dois avouer que j’ai été loin d’être convaincu. Deuxième essai avec le film, mais pas plus de conviction in fine. Au-delà du curieux mélange des personnages et des époques où une poule ne retrouverait pas ses poussins, au-delà de la réinvention des X-Men, il y a le rythme, les acteurs, la substance, qui posent problème – ici comme dans la plupart des derniers films super-héroïques qui sont sortis récemment. Les acteurs sont très décevants, soit trop mous soit surjouant. Dans le rôle de Charles Xavier, James McAvoy est assez pénible et pas vraiment crédible. On aurait aimé plus de charisme de la part de Kevin Bacon dans le rôle de Sebastian Shaw, qui cabote tièdement. Tous les acteurs sont à peu près énervants, sauf Rose Byrne qui incarne une Moira McTaggert sensible et profonde. Pour le reste – et cela rejoint mon entrée en matière –, je pense vraiment que les films de super-héros prennent une drôle de direction… On dirait qu’ils en montrent trop ou pas assez. Que – sentant qu’on va les attendre au tournant –, les producteurs ne veulent pas proposer qu’un film d’effets spéciaux, qu’il faut un minimum de fond, de psychologie, et une vrai intrigue. Mais tout ceci est posé en une succession d’éléments factuels (là c’est le moment émotion, là le moment psy, là le moment baston) plutôt qu’envisagé comme une globalité, un esprit. On accumule les plans sans qu’il y ait une réelle âme générale qui transparaisse. Certes, c’est bien, on se penche un peu sur la psychologie des personnages, on effleure leur sentimentalité, mais l’équilibre est mauvais. On décrit mais il faut vite passer à la suite, et finalement très peu de place est faite pour une exploration plus profonde des choses. Cet « alibi » censé donner du sens à l’œuvre d’action finit même par grignoter sur le spectaculaire, ne lui laissant plus beaucoup d’espace pour s’épanouir lui aussi, ce qui devient un comble. Car là où l’on aimerait que ça parte haut et fort dans le délire, on reste dans le soft, dans l’amusement par effets spéciaux, dans le moment fantastique avant la prochaine scène d’émotion. L’intention est bonne, mais la sauce ne prend pas, faute de réelle substance et de courage créatif. Dans tous ces films de super-héros, on met beaucoup de choses, mais il n’y a de temps pour rien. Ou lorsque le temps se déploie, c’est souvent de manière esthétisante. Au lieu d’appliquer des règles et de mettre en scène des éléments de la vie des héros, les producteurs et réalisateurs devraient plutôt investir enfin totalement le genre super-héroïque, sans états d’âme démagogique, en proposant des projets de fous, en les filmant comme des fous, en collant à l’esprit et la démesure de ces univers. Vous souvenez-vous de ce qu’on a fait du Silver Surfer et de Galactus dans le film des FF ? Un gâchis total. Soit on y va soit on n’y va pas. Mais cet entre-deux était médiocre, tout ça n’allait pas plus loin que le vilain nuage noir qui vient puis s’en va. Quid de l’humanisme du Silver Surfer, de sa dimension réelle. Si l’on voulait rester dans l’intimiste, ne pas aller justement dans le grand spectacle du grand Galactus qui arrive, alors il fallait y aller à fond, et creuser l’intériorité du Silver Surfer, envisager le périple comme la fin de « 2001 ». Et si l’on voulait faire du grand spectacle, alors il fallait aller à fond dans l’autre sens, en faisant du sidéral, du catastrophique, à la Godzilla puissance 1000 ! Mais voilà… Malgré un grand potentiel et l’avancée des techniques, je trouve que le cinéma de super-héros reste bien tiède, bien sage… Un peu superficiel, et c’est bien dommage… Irai-je voir « Captain America », « Les Vengeurs », et les suivants ? Sûrement, je crois que je ne pourrai pas m’en empêcher ; mais je ne vous parlerai désormais plus que des films qui valent vraiment le coup.

Cecil McKINLEY

« X-Men : Le Commencement » par Matthew Vaughn Twentieth Century Fox

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2 réponses à « X-Men : Le Commencement »

  1. Wolf dit :

    Je te trouve bien dure avec X Men First Class qui , pour moi, est de loin le meilleur épisode de toute la saga. Matthew Vaughn nous a bien vengé du catastrophique Affrontement Final et d’un Wolverine rigolo mais oubliable. Je trouve le film de Vaughn incroyablement bien écrit et réalisé. James McAvoy est parfait, tout comme Michael Fassbender et Kevin Bacon.
    Mais ce qui me gêne le plus dans ta critique, c’est que tu restes trop générale sur les adaptions de comics que tu n’aimes pas et que tu oublies de causer du film que tu es censée critiquer. Tu ne précises pas ce que tu détestes dans le film, par exemple. C’est dommage mais on ne peut pas débattre à ce moment! Qu’est-ce que tu aimes et qu’est-ce que tu détestes dans ce film? C’est pourtant pas sorcier de répondre à cette simple question!

    • Cecil McKinley dit :

      Bonsoir, je comprends tout à fait ta réaction, il y a juste que nos avis et nos goûts diffèrent, car personnellement je ne peux vraiment pas trouver les acteurs bons dans ce film, et je préfère de loin les « X-Men » réalisés par Singer. Oui, le film est bien écrit, mais je trouve qu’on s’y ennuie ferme. Je partage ton avis sur l’Affrontement final et Wolverine, mais de là à dire que celui-ci sauve la mise… je ne pense pas. Je suis resté assez général sur les adaptations de comics que je n’aime pas car je comptais parler le plus possible de ce film-ci, mais si tu veux, voici un ou deux arguments: dans le Hulk d’Ang Lee, par exemple, on change totalement l’origine du personnage, ce qui n’apporte strictement rien d’intéressant à l’adaptation et dénature l’œuvre. Pourquoi pas changer des éléments, ok, mais si cela doit vraiment amener quelque chose. Là, on a l’impression qu’on change pour changer, juste histoire de dépoussiérer les « vieux comics » qui donnent cependant matière à toutes ces adaptations. Pourquoi Spider-Man se fait-il piquer dans un musée en non pas en cours de sciences? Quel intérêt? Dans le Hulk de Leterrier, outre une parfaite connaissance du sujet et de ses adaptations (musique de la série TV subtilement insérée sans être répétée), le film incarnait parfaitement le concept et la nature du personnage. Mais au-delà du respect de l’histoire originelle, il y a les acteurs, et étonnamment Norton est l’un de ceux qui ont le mieux incarné un super-héros, à l’instar d’Hugh Jackman, c’est vrai. Je trouve que beaucoup d’autres acteurs « sonnent faux », comme McAvoy, plus ingénu qu’introspectif et renfermé. Je n’oublie pas vraiment de parler du film en lui-même, c’est volontaire car finalement je n’avais pas grand-chose à en dire sinon qu’il m’a amené à ces questions que je pose dans l’article. Je comprends bien que tout ça puisse légitimement te paraître digressif, mais parfois je m’octroie cette possibilité de l’être afin d’élargir le propos. Que cette façon de faire ne te satisfasse pas, je le conçois aisément et m’en trouve désolé si tu n’as pas aimé ce que je disais. Allez, la prochaine fois je penserai à toi et je ferai un petit effort pour être plus aimable et conciliant! Bien à toi, merci de ta réaction, Cecil (eh oui, je suis un gârçon avec un nom à consonance féminine).