Avec le somptueux « Nouvelle France », le scénariste Stephen Desberg et le dessinateur Bernard Vrancken mettent en scène une captivante aventure humaine durant les guerres coloniales nord-américaines du XVIIIe siècle. Quand l’histoire rencontre le fait d’hiver…
D’emblée, par son sujet, cet album généreux (riche de quelque 113 planches et 128 pages) convoque le souvenir d’un autre grand récit : celui de Hugo Pratt paru chez Casterman en 1976 : « Fort Wheeling ». Si Pratt jouait de son admirable noir et blanc, Vrancken joue de la couleur avec ce nouvel album : une couleur où prime la valeur dramaturgie, entre noirceur des ombres et blancheur de l’hiver.
« Cédric » T25 par R. Cauvin et Laudec
Parmi les garnements célèbres de papier, il y a le Petit Nicolas, bien sûr, imaginé par Goscinny et Sempé. Et puis, en bande dessinée, il y a Cédric, le petit blondinet.
Cette série familiale est née en 1989, de l’imagination féconde du scénariste belge Raoul Cauvin, infatigable raconteur d’histoires. Cédric a donc 22 ans d’existence et 25 albums à son actif. Pourtant, il ne vieillit guère, bloqué éternellement à l’âge de 8 ans. Il évolue dans le monde tendre d’une enfance préservée, au sein d’une famille unie, même si les coups de gueule ne manquent pas.

Dans la famille de Cédric, il y a le père, Robert, la mère, Marie-Rose, la vieille tante Jeanne, dont la maison est pleine de chats, et surtout, Jules, son pépé bien aimé. Cédric adore Jules, qui le lui rend bien. Quand il ne mobilise pas le fauteuil du salon à lire son journal, Jules se révèle être une personne pleine de ressources et, parfois, de fantaisie, malgré son fichu caractère. Avec sa tignasse blanche et sa moustache rebelle, c’est le portrait craché de son créateur, monsieur Cauvin.
Dans l’entourage du « gamin », il y a les amis de l’école, Christian, Lily, Caprice, et puis surtout la jolie Chen, dont Cédric est amoureux.
Ce vingt-cinquième album se lit avec toujours autant de plaisir. En l’ouvrant, on retrouve un univers familier et rassurant et l’on suit les personnages dans leur vie quotidienne, faite de petits riens qui rendent la vie belle parfois.
Fidèle à son habitude, Cauvin propose des récits courts, d’une ou deux planches, que Laudec croque d’un trait rond et enlevé.

L’on assiste ainsi au fiasco du spectacle de l’école, qui devait pourtant être un péplum flamboyant à souhait. On suit les affres de Cédric, qui n’ose toujours pas avouer son amour à Chan, malgré l’aide catastrophique de son ami Christian. On s’amuse quand Marie-Rose essaie de convaincre son père, à la mauvaise foi légendaire, de faire la vaisselle. On comprend les ravages que la Wii peut créer dans la famille : qui a dit que c’était une console réservée aux enfants. On part à la plage explorer les fonds marins. On assiste à quelques scènes de ménage très tonitruantes …
Au fil des albums, les deux auteurs tissent les fils d’une chronique familiale douce et tendre, presque intemporelle, où les lecteurs, petits et grands, peuvent trouver de l’intérêt. Cédric est un enfant attachant, et les personnages qui l’entourent ont gagné en épaisseur eux aussi. C’est tout l’intérêt de cette série classique, devenue incontournable.
Catherine GENTILE
« Cédric » T25 (« Qu’est-ce qu’il a ? ») par Raoul Cauvin et Laudec
Éditions Dupuis (10,45 €)









