La BD censurée à Toulouse…

Plus rampante que jamais, cette censure que l’on croyait terrassée, tout du moins dans l’univers de la bande dessinée, revient plus haineuse que jamais au cœur de la ville rose. Dix-huit planches extraites de l’album « Les Crocodiles » de Thomas Mathieu (publié aux éditions du Lombard) devaient être exposées au square Charles de Gaulle, à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes…

Or, la mairie, dirigée par l’UMP Jean-Luc Moudenc, a interdit l’opération : évoquant son aspect « immoral » et sa « vulgarité », sans même se rendre compte que c’est sa propre censure qui est vulgaire.

Au cours du journal de France 3, une élue de la majorité bon chic bon genre témoigne de l’horreur ressentie à la vue des pages, suivie par un élu de l’opposition qui ne comprend pas cette bronca.

Élève de l’école Saint-Luc de Bruxelles, Thomas Mathieu est un habitué des blogs, participant entre autres aux « Autres Gens » de Thomas Cadène et au journal numérique « Mauvais Esprit » de James et Boris Miroir. C’est sur son propre blog qu’il a lancé l’opération « Projet Crocodile » où il illustrait des témoignages envoyés par des femmes victimes dans la rue de harcèlement et de sexisme ordinaire. L’homme prédateur est représenté sous forme de crocodiles. L’album publié aux éditions du Lombard, en octobre dernier, reprend une sélection de ces pages virtuelles. Après lecture, que l’on soit enthousiasmé par les propos ou rebuté par un graphisme minimaliste, on se demande quelles sont les raisons qui ont déclenché un tel courroux chez les âmes (trop) bien pensantes de la bonne ville de Toulouse.

Cela dit, voilà un excellent coup de projecteur pour un ouvrage dont on a peu parlé et qui mérite d’être lu. Que les censeurs soient remerciés pour ce coup de pub involontaire.

Henri FILIPPINI

« Les Crocodiles » par Thomas Mathieu

Éditions du Lombard (17,95 €) – ISBN : 2 803 634 651

Galerie

3 réponses à La BD censurée à Toulouse…

  1. La violence faite aux femmes, c’est une histoire vieille comme Hérode, même en France où elles ont du attendre longtemps pour avoir le droit de voter, d’ouvrir un compte bancaire ou de refuser un enfantement. Longtemps, elles ont été réduites à des postes secondaires, n’ayant parfois même pas accès à certaines études.
    Heureusement la situation est en train de changer, mais il est vrai que les violences verbales (apostrophes sexuées), physiques (la main au panier, pas dans la culotte du zouave!°), voire opticovisuels (elles sont souvent gênées par des regards lourds et insistants, un peu comme si l’homme n’avait jamais vu une femme de sa vie).
    De mon temps, les choses étaient plus simples: on se rencontrait à des soirées entre amis, ou au bal du 14 juillet ou des pompiers.Si la femme acceptait de danser un rock, puis un slow (et si elle était venue seule ou avec des amies), c’était qu’elle était préte à s’offrir. Maintenant, les tubes sexuels banalisent l’image de femmes objets sexuels nymphomanes ou aimant être humiliées. Autres temps, autres moeurs.

    • piéron dit :

      Vraiment n’importe quoi !!! j’ai eu 20 ans en 1968 et j’ai connu la même chose que ce qui se passe aujourd’hui, les harcèlements dans la rue, la main aux fesses dans le métro, être poursuivie jusque dans l’escalier de mon domicile, les kinés et les médecins qui profitent de leur métier pour vous faire des attouchements !!! Et toutes mes amies pareil !!! Dans quelle tour d’ivoire viviez-vous et vivez-vous encore ? La seule différence avec hier c’est que maintenant on écoute davantage les femmes et surtout qu’elles n’hésitent plus à en parler !!! Quelle nostalgie de vieux mec qui n’a jamais voulu voir la réalité parce que ça ne l’arrange pas !!!

      • Laurent Turpin dit :

        Bonjour, J’approuve votre message parce que vous êtes indignée. Mais bdzoom est un site sur la BD, ne l’oubliez pas (la remarque vaut évidemment pour M. Pincemi)