« Coffee Time » par Tetsuya Toyoda

Il y a des mangas que l’on ne peut s’empêcher de dévorer, ceux de Tetsuya Toyoda en font partie. Ça tombe bien, Ki-oon continue d’éditer ses histoires courtes dans sa prestigieuse collection Lattitudes. Ce nouveau recueil est sobrement nommé « Coffee Time ». Logique, le fil conducteur des 17 histoires le composant est justement cette tasse de café, suave ou corsée, à l’image du sujet abordé.

Dés l’ouverture du livre, on est bluffé par la maestria du dessin. Un trait simple et dynamique, un cadrage parfait. Les des décors léchés s’intercalent entre des case profondes ou seul un petit personnage perdu dans un coin semble s’adresser directement au lecteur. Sans en dire trop, le dessin parle de lui même et exprime les sentiments profonds des acteurs ne faisant souvent que passer, puisque c’est une succession d’histoires courtes. Pourtant, certains protagonistes se faufilent d’histoire en histoire pour, au final, tous se retrouver dans le dernier chapitre.

C’est donc au détour d’un café banal que commence le premier récit. On rencontre tour à tour un joueur de rue venu s’abriter du vent, un italien mythomane se faisant passé pour un directeur artistique, un architecte ou encore un réalisateur de film. Mais aussi un détective privé qui refuse d’enquêter pour des clients trop jeunes et qui sait apprécier le café offert, une jeune femme qui torréfie elle-même son café, un policier accompagné par un robot bien étrange, un père essayant de concilier sa vie avec celle de ses enfants, deux tueurs prêts à en découdre, mais pas avant d’avoir bu leur petit noir, un couple d’amants trop occupé pour se faire un café, une ado fugueuse, un surfeur, des bandits, une journaliste, un chien et même des girafes.

C’est ce petit monde hétéroclite, avec ses questions, ses problèmes, ses joies, ses peines, qui arrive finalement à nous émouvoir. Tout tourne autour de ce moment simple et tellement commun autour d’une simple tasse de café. Des moments qui peuvent également tourner à l’absurde. Mais cela reste de vrais instants privilégiés, saisis sur le vif qui arrivent toujours à nous surprendre.

Né en 1967 Tetsuya Toyoda n’est pourtant reconnu comme mangaka que depuis 2003. Date à laquelle il remporte le prix Afternoon de l’éditeur Kodansha avec « Goggle ». « Undercurrent » également publié en France chez Kana sort en 2004 et remporte un certain succès (il reçoit le très disputé Prix Asie de l’ACBD), aussi bien au Japon qu’en France. «  Coffee Jikan » (l’heure du café), « Coffee Time » dans sa version française, paraît, toujours chez Kodansha en 2008. Actuellement, il nous manque en France une histoire courte intitulée « Slider », seulement publiée dans le magazine Afternoon. Vous l’aurez compris, Toyoda est un auteur qui prend son temps et qui est loin des stéréotypes attribué au monde de la bande dessinée commerciale nippone. Un auteur rare, donc précieux.

Déjà sélectionné cette année à Angoulême pour son excellent recueil « Goggles », Tetsuya Toyoda fait honneur à la collection Lattitudes : un superbe livre qui permet d’apprécier, dans un grand format, ces petits moments précieux et éphémères.

Gwenaël JACQUET

« Coffee Time » par Tetsuya Toyoda
Éditions Ki-oon – collection Latitudes (14 €) – ISBN : 978-2-35592-756-0

COFFEE TIME © Tetsuya Toyoda / Kodansha Ltd.

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