« Northlanders T1 : le livre anglo-saxon » par Brian Wood & co

Seuls les 8 premiers épisodes de « Northlanders » avaient eu le temps d’être publiés chez l’éditeur précédent avant qu’Urban Comics reprenne le catalogue DC/Vertigo. Aujourd’hui, Urban propose une édition intégrale de cette série de Brian Wood, structurée en trois épais tomes thématiques…

Le thème de la guerre est important dans l’œuvre de Brian Wood. Sa fabuleuse série « DMZ » témoigne de son extrême acuité à parler de la nature des conflits par le biais des destins personnels de chacun des personnages. Avec lui, la guerre n’est pas un grand champ de bataille mais des destinées révélant ce qui anime l’humanité lorsqu’elle subit le joug violent de la guerre. Même si « Northlanders » semble très éloigné de « DMZ » (angle historique, esprit de l’épopée…), Wood s’intéresse encore une fois à la destinée humaine avant tout, dépeignant une suite de portraits très personnels qui à eux tous forment un panorama de ce que purent être les ressentis et les parcours de gens de différentes origines durant l’expansion viking, entre 793 et 1200 apr. J.-C. Non pas une bande dessinée de guerre voulant faire le spectacle, donc, mais bien une œuvre sur l’humain lorsqu’il est pris dans la tourmente de grands événements qui engendrent la violence. Comme il l’avait fait dans « DMZ », Wood rappelle ceci : au sein d’un conflit, d’une guerre, il y a certes les guerriers, les soldats, les politiques… mais il y a aussi des pacifistes, des résistants, des lâches, des vieillards, des enfants, des innocents, des êtres qui n’ont rien demandé et qui ne veulent rien d’autre que de vivre en temps de paix. Dans « Northlanders », le ton est résolument contemporain dans les dialogues, réduisant la distance qui pourrait s’instaurer entre le lecteur actuel et cette époque maintenant lointaine ; ce faisant, Wood abroge le temps tout en respectant le contexte historique traité, mettant en exergue le fait que cette barbarie du passé n’est pas un vestige à aborder de loin, avec le recul de l’homme civilisé, mais au contraire une réalité qui agit encore profondément aujourd’hui, dans ce XXIe siècle où l’homme hautement évolué se conduit toujours en barbare, conflits et guerres ne s’arrêtant jamais pour les sempiternelles mêmes raisons…

 

Cette édition intégrale d’Urban Comics ne se structure pas dans la chronologie mais dans la thématique géographique. Ainsi, chacun des trois volumes sera consacré à un territoire spécifique : anglo-saxon pour le premier, islandais pour le deuxième, et européen pour le troisième. Au sein de cette thématique géographique, les récits apparaissent par ordre chronologique d’action. Cette vision éditoriale a été validée par Brian Wood lui-même, ce qui est un bon point ! De plus, cette édition bénéficie de la collaboration de Patrick Weber – historien de l’art, romancier, scénariste et spécialiste de la culture viking – qui a rédigé des textes éclairant le contexte historique de l’œuvre. « Northlanders », par sa nature d’œuvre chorale, n’est pas non plus la saga d’un seul dessinateur, plusieurs artistes ayant collaboré tout au long des 50 numéros de la série. Ici, nous retrouvons Dean Ormston, Ryan Kelly, mais aussi Danijel Zezelj qui – comme toujours – nous offre un spectacle visuel d’une beauté exceptionnelle, Davide Gianfelice qui fait preuve d’un beau talent sur l’arc de Sven, et Marian Churchland dont on appréciera la délicatesse. Il y a quelque chose de réellement émouvant, dans la découverte de ces personnages, au fur et à mesure que la lecture avance… Au-delà des princes de guerre, il y a aussi des personnes qui ont perdu la raison, des femmes, des enfants, des paysans… des innocents. Une œuvre historique mais décalée juste ce qu’il faut pour en faire une lecture atypique de cette période pleine de foi et de fureur.

Cecil McKINLEY

« Northlanders T1 : le livre anglo-saxon » par Brian Wood & co

Urban Comics (28,00€) – ISBN : 978-2-3657-7217-4

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