François Dermaut, dessinateur historique…

Alors que les éditions Glénat rééditent, sous forme d’intégrales, « Les Chemins de Malefosse » (deux gros volumes sont déjà parus), nous vous proposons d’en savoir un peu plus sur le parcours du premier dessinateur de cette célèbre série historique, créée en octobre 1982 dans le mensuel Circus : François Dermaut. Sachant que nous avons, dans un précédent « Coin du patrimoine » (1), essayé de resituer l’histoire des aventures des mercenaires Gunther et Pritz dans leur contexte éditorial en nous appuyant sur une entrevue avec le scénariste et cocréateur Daniel Bardet, nous nous servirons, cette fois-ci, d’une interview du dessinateur réalisée pour un numéro spécial des Cahiers de la bande dessinée sur « Les Chemins de Malefosse », en juin 2004, par Henri Filippini que nous remercions encore pour nous avoir autorisés à reprendre de larges extraits de cette rencontre (2).

Extrait du tome 2 de l'intégrale des « Chemins de Malefosse ».

François Dermaut est né à Roubaix, le 9 novembre 1949. Sa passion pour l’image, entretenue par son père, le conduira tout naturellement à la bande, dessinée. Mis à la porte de l’école locale en classe de 3ème pour avoir dessiné une BD jugée « adulte », il s’inscrit finalement à l’école Saint-Luc de Tournai : « J’ai toujours été victime du virus de la bande dessinée. J’avais sept ans lorsque la question « Qu’est-ce qu’il va faire ce petit quand il sera grand ? » m’a été posée. J’ai répondu « dessinateur de bande dessinée ! ». Mon père, qu’on pourrait qualifier de « peintre du dimanche », adorait le dessin… Pour lui, la bande dessinée était un métier comme un autre.

François Dermaut autocaricaturé dans Djin, en 1977.

À l’époque il y avait les Tintin et les Spirou. Chez moi, on était plutôt Tintin. Le journal Tintin nous procurait deux plaisirs : lire… (il fallait réserver !) et ensuite « regarder » les bandes dessinées. Mon père nous montrait comment tel ou tel dessinateur interprétait la pluie, les reflets dans les carrosseries de voiture, les détails des vêtements, etc.

Si j’en crois mes collègues, mon cas semble assez rare. La plupart sont arrivés à la bande dessinée par hasard, voire par accident… J’ai traîné une moyenne scolaire autour du zéro pointé jusqu’en troisième. Dénoncé par l’un de mes « camarades » pour avoir gribouillé une bande dessinée déjà beaucoup plus adulte que moi, j’ai été viré avec perte et fracas. Ma réputation de « mauvais élément » me précédant dans les établissements scolaires environnants, j’ai été contraint de m’expatrier en Belgique. Je me suis retrouvé à Saint-Luc où ma moyenne a très nettement remonté ! Il n’y avait pas de section bande dessinée, mais la dernière année j’ai eu la chance d’avoir ce genre de professeur qui vous marque à vie et qui avait accepté de corriger mes « œuvres » dans une optique BD.

Un autre autoportrait de François Dermaut.

Après quatre années passées à Saint-Luc, François Dermaut quitte cette petite communauté muni d’un diplôme en arts plastiques : C’est à cette époque, en 1968, que, toujours poussé, encouragé par mon père, j’ai enfourché ma mobylette pour aller voir Hermann… (Tourcoing — Bruxelles — Tourcoing… en mob… Tu te rends compte !?) Il dessinait alors le troisième épisode des aventures de Bernard Prince, « L’Oasis en flammes ». J’ai bavé devant les croquis et crayonnés du side-car et du dromadaire ! Hermann ne m’ayant pas découragé, à la sortie de Saint-Luc, mon diplôme et mon « book » sous le bras, je me suis rendu aux éditions Arédit-Artima dont le siège était à Tourcoing l On ne pouvait pas rêver mieux, puisque j‘y habitais !

Cette maison d’édition, connue pour ses fascicules populaires (Tarou, Bill Tornade, Vigor, Météor…), l’embauche alors comme retoucheur de leurs bandes dessinées achetées en Espagne ou aux États-Unis : « Ce matériel était « reformaté » pocket. Autour des dessins, découpés et collés, il fallait combler les « blancs ». C’était un travail effrayant. Toute une aventure ! J’étais payé six francs la page et on m’enlevait un franc par faute de raccord ! J’ai malgré tout gagné quelques sous… Assez pour arrondir la solde que l’armée française m’a généreusement offerte en 1970 ! Libéré en avril 1971, j’ai quitté mon Nord natal pour « descendre » à la capitale, mon dossier sous le bras… Bien décidé à trouver un travail plus valorisant. » Pour subsister, François Dermaut accepte des petits boulots dans différentes boîtes : dessin en électricité, en mécanique, etc., puis dans un studio de publicité.

François Dermaut autocaricaturé dans une carte pour le salon des collectionneurs de Figeac, en 2000.

Pendant son temps libre, il améliore ses acquis en suivant les directives de dessinateurs comme Jean-Louis Pesch, Jean Tabary ou Jean Giraud : « Je suis allé chez Bayard Presse où le rédacteur en chef Claude Verrien m’a très vite fait comprendre que je n’étais pas le génie de la bande dessinée que j’imaginais ! Pour manger et payer ma piaule, j’ai donc dû « tirer des barres » dans une boîte de câblage électrique d’où j’ai été viré après avoir gratté les cent soixante mètres de calque des plans du périphérique.J’ai ensuite travaillé pour une boîte de mécanique, je traçais des plans de moteur de locomotive diesel… J’étais au bord du suicide… J’entrais ensuite dans une boîte de signalisation routière… Fantastique… J’allais vers un mieux… Il y avait de la couleur ! Vert, orange, rouge… Pour établir des feux sur des carrefours ! Enfin, je fus embauché dans un studio de pub… où j’avais conclu un marché avec le patron : « Je ne pars pas, jusqu’au jour où je trouve un boulot dans la bande dessinée ». Je faisais des catalogues de jouets. Je dessinais des locomotives à l’aérographe. La publicité, ça apprend la précision. Le jour où Fleurus m’a donné du travail, on m’a fait cadeau de mon mois de préavis. Je ne sais pas pourquoi Fleurus m’a appelé, peut-être qu’un dessinateur s’était désisté… Et ils m’ont tout de suite confié une longue histoire de quarante-quatre planches. »

« Oliver Twist » dans Djin, en 1974.

Extrait de « Une mine d'or pour Itsuo », cinq planches publiées dans Djin au n° 16 de 1975 (scénario de Courteflamme).

Alors qu’habituellement, à cette époque, on confiait plutôt de courtes histoires aux jeunes auteurs afin qu’ils puissent se rôder, François Dermaut débute donc vraiment en bande dessinée avec un long récit à suivre dans Djin, nouvel hebdomadaire — destiné principalement à un jeune public féminin — que lançait Fleurus pour remplacer J2 magazine, le successeur d’Âmes vaillantes. C’était une adaptation d’« Oliver Twist » de Charles Dickens par Jacques Josselin, publiée à partir du n° 12 de 1974, qu’il signe Franjacq (contraction de François et de Jacquotte, le prénom de sa première épouse) : « C’était dans le cadre d’un petit cahier détachable de huit pages qui permettait aux lectrices de Djin de réunir l’histoire une fois terminée en un petit album. C’était d’ailleurs horrible. Pour être dans les délais, je devais réaliser une page par jour en travaillant vingt heures. Je dormais deux heures par tranche de douze, c’était effrayant ! J’ai beaucoup appris en travaillant à ce rythme, parce que je devais aller à l’essentiel. Après « Oliver Twist », j’ai dessiné « Les Misérables » de Victor Hugo sur scénario de Guy Hempay, publié en 1975, puis « Jacquou le croquant » d’Eugène Leroy et « Colombe la vilaine » de Zénaïde Marly (3)

toujours avec le nouveau rédacteur en chef de Djin, — Jacques Josselin qui signait alors Pégé —, lequel avait succédé à Monique Amiel avec qui j’avais débuté chez Fleurus. « Jacquou le croquant », publié dans Djin en 1976, a été ma première BD en couleurs, c’est aussi celle que j’ai le plus travaillée. J’ai cherché de la documentation et j’ai fait de la couleur directe, le rêve ! »

C’est à cette époque que le futur dessinateur des « Chemins de Malefosse » fait la connaissance d’autres jeunes auteurs travaillant également pour Fleurus comme François Bourgeon, Christian Binet, Claude Lacroix, André Juillard ou Didier Convard qui auront, pour la plupart, un parcours professionnel similaire : « C’est avec Bourgeon que j’avais le plus d’affinités. Il nous est souvent arrivé de critiquer nos planches mutuelles par téléphone. Nous sommes presque tous devenus des pionniers de la bande dessinée dite « historique ». »

Un exemple de pages didactiques publiées dans Djin, au n° 3 de 1980.

François Dermaut va travailler jusqu’au tout début des années 1980 pour les éditions Fleurus : dans Djin, mais aussi dans Historiques (tentative d’un mensuel consacré à l’Histoire où François illustre un récit de cinq planches écrites par Yves Chéraqui, en 1980), Triolo (bimestriel remplaçant à la fois Djin et Formule 1, où il livre quelques récits en deux pages scénarisées par Monique Amiel ou Guy Hempay, entre 1981 et 1983)…

Et surtout Fripounet où le lectorat visé est un peu plus jeune : « Oh là oui, j’oubliais ! Un long récit, « Une journée dans les Causses » sur scénario de Patrick Cothias, une histoire dont je ne suis pas très fier ! J’avais acheté une ruine en Normandie. Il y avait des travaux urgents à réaliser pour pouvoir y habiter. La bande dessinée en a un peu souffert… Occasionnellement, j’ai aussi bossé pour Tintin (sur un récit de six pages en 1977), L’Action automobile, Science et Vie, etc. »

À partir de là, hormis une interruption volontaire de deux ans, François Dermaut va consacrer tout son temps à la bande dessinée.

« Les 500 Millions de la Begum » dans Pif-gadget, en 1977.

En 1978, il quitte donc Paris pour un petit village à côté de Gisors et décide également d’abandonner son pseudonyme de Franjacq ; sa première histoire signée Dermaut, « Wagner, magicien de l’avenir » (un scénario didactique de Monique Amiel), étant publiée dans le n° 35 de Triolo, en 1983 : « En fait, nous étions payés tout en apprenant notre boulot ! Les journaux Djin et Formule 1 ayant disparu, toute l’équipe s’est dissoute. André Juillard est parti chez Pif gadget, Didier Convard aux éditions du Lombard, François Bourgeon chez Glénat avec ses fameux « Passagers du vent », Christian Binet et moi-même chez Fluide glacialPendant près d’un an, j’y ai fait des couleurs pour des couvertures et pour des BD de Gotlib. j’ai même repris une courte histoire que Béchenec avait abandonnée (où j’ai repris momentanément mon pseudonyme de Franjacq), sur scénario de Bruno Léandri. 

« L'Escadre », six planches publiées dans le n° 47 de Fluide glacial, en mai 1980.

Ex-libris pour Bdphilia.

Petit passage également chez Pif avec l’adaptation d’un roman de Jules Verne en une douzaine de planches [« Les 500 Millions de la Begum », scénario de Bertrand Solet, au n° 441 de 1977]. Je me sentais un peu en rade.

J’ai donc écrit un scénario de quarante-six pages et réalisé deux planches d’essai. C’était un one-shot, l’histoire d’un bandit australien du XIXe siècle. J’avais accumulé pas mal de documentation, trouvée notamment aux archives de la police de Melboume !

Les échanges de courrier entre l’Australie et la Normandie demandaient un temps fou ! Malheureusement, le héros de cette histoire mourait à la fin du premier album. Donc, refus chez Glénat qui adoptait alors une politique de série… Un seul album, c’était trop court, et chez Dargaud c’était trop long. Pour cause de flottement avec Pilote, ils n’avaient besoin que d’histoires courtes (m’a-t-on dit). »

Planche d'essai pour un "one-shot" refusé par les éditions Glénat en 1980.

Pour assurer sa pitance, François Dermaut conçoit un album hagiographique pour la collection Les Grandes Heures des chrétiens aux éditions Univers-Média (« Le Père Jacques Laval… », scénario de René Berthier et Marie-Hélène Sigaut, en 1978) et accepte de travailler chez Hachette, pendant deux ans, sur les dessins d’une quinzaine de livres pour enfants : « J’étais au trente-sixième dessous ! Hachette m’a alors proposé l’illustration d’un bouquin par mois pour La Bibliothèque verte. C’était très bien payé et demandait peu de boulot.

Ex-libris pour Fantasmagories.

J’ai donc pu repenser plus calmement à la bande dessinée… J’ai rencontré Daniel Bardet, son épouse et la mienne étant des amies d’enfance. Daniel écrivait pour son plaisir.

De mon côté, je cherchais un scénariste. Pendant la période Bibliothèque verte, nous avons eu tout le loisir (quand je ne passais pas mon temps sur une planche à voile)

Affiche pour le festival de Mamers, en 1995.

de mettre « Les Chemins de Malefosse » sur pied. Henri IV, un paillard populaire qui nous a séduits. De plus, j’étais tombé sur le « Journal d’un bourgeois de Gisors », journal écrit pendant les guerres de Religion… Une mine de renseignements. Tout est parti de là…

Avec Daniel, nous avons tous les deux un point commun, nous n’aimons pas beaucoup l’époque contemporaine.

Je me voyais mal dessiner des bagnoles une à une dans une rue. Daniel, de son côté, aime bien le côté épique, les récits d’Alexandre Dumas. Nous avions fait deux planches en couleurs directes en décembre 1981 et ça a démarré très vite dans Circus, chez Glénat. »

Affiche pour le festival de Creil, en 1989.

Ex-libris pour Hobby Folie.

Les auteurs des « Chemins de Malefosse » caricaturés dans le tome 10.

En effet, François livre les premières planches en février 1982 et la série commence à être publiée en octobre 1982 dans le n° 54 du mensuel des éditions Glénat, notamment grâce à Henri Filippini, alors rédacteur en chef de Circus, lequel connaissait bien les antécédents de Dermaut en bande dessinée : « À l’époque de la gestation des « Chemins de Malefosse », j’en avais assez des scénarios de quatre ou cinq pages que l’on sortait d’un tiroir pour que je le dessine sans jamais rencontrer le scénariste. Je ne concevais pas de me lancer dans une longue série sans avoir des relations assez suivies avec mon scénariste. Mon souci majeur était de bosser avec un scénariste dont je me sentirais proche. Je rêvais d’un tandem dessinateur-scénariste à la Goscinny-Uderzo. Avec Daniel, ça a fonctionné au-delà de nos espérances… Ça nous a beaucoup servis, notamment dans les médias ou au cours des séances de dédicaces. Nous avions un numéro parfaitement huilé et complice… »

Le temps nécessaire entre la publication de deux albums ne lui permettant pas encore d’assurer un minimum vital, François Dermaut va réaliser quelques autres travaux comme les deux pages « La Fin du duché : Anne de Bretagne » dans l’album collectif « 2 000 ans d’histoire de la Bretagne » aux éditions I.D.P. en 1983 (encore un scénario de Daniel Bardet) ou un quarante-six planches dont il assure aussi le scénario pour Okapi en 1985 (4),

« Charlotte et le secret des templiers » dans Okapi.

Couverture du n° 40 de Vécu qui ne proposait que des extraits des « Souvenirs de Toussaint ».

mais il va surtout s’associer avec Didier Convard sur les « Souvenirs de Toussaint » dont il assure le graphisme des trois premiers épisodes, entre 1989 et 1996 : « Après cinq ou six années passées sur « Les Chemins de Malefosse », j’ai ressenti une énorme lassitude… J’avais l’impression de toujours faire la même chose. J’avais un mal fou à dessiner (ça continue, d’ailleurs). Je n’étais pas content de moi. Je croyais toujours que ma main ne parvenait pas à retranscrire ce que j’avais dans la tête… Je jalouse tous ces dessinateurs qui semblent avoir le cerveau dans la main ! Je me suis alors dit que le changement devrait m’être salutaire. Au premier festival d’Athis-Mons, Didier Convard a obtenu le prix du scénario et moi celui du dessin. Nous nous connaissions depuis l’époque Fleurus. Toussaint est né d’un « et si on faisait quelque chose ensemble ? »’. En discutant, Didier a très bien perçu l’univers dans lequel je me sentirais à l’aise… La campagne, la vraie, avec des bouses sur les chemins… Pas la campagne géraniums aux fenêtres… Des gens frustes, aux mains calleuses… J’ai adoré faire les « Souvenirs de Toussaint », mais cela ne m’a pas guéri de mes angoisses de dessinateur et de mes angoisses tout court. »

Une planche du tome 3 des « Souvenirs de Toussaint ».

Après une période très difficile sur le plan personnel où il va combattre son addiction et qui va le conduire à changer radicalement de vie, François Dermaut revient sur le devant de la scène avec un très beau livre illustré, « Carnets de Saint-Jacques-de-Compostelle », publié chez Glénat en 2003 : « Pour ce qui est de la vie, j’avais trouvé un moyen fantastique pour calmer mes angoisses : l’alcool. C’est un rempart extraordinaire, une carapace qui te rend inatteignable. Mais petit à petit l’alcool détruit la carapace qu’il t’a procurée. Tu augmentes les doses et tes angoisses font de même. Ta vie devient un enfer, un entonnoir. Ton univers rétrécit… Peu à peu, je ne sortais plus de mon jardin… Puis, je suis resté dans ma maison… Enfin, dans mon atelier, pour terminer devant ma planche à dessin… L’immobilisme complet, petite évasion à travers mes cases BD. J’étais dans un état d’enfermement tel que je ne pouvais plus dessiner sans avoir tracé un « cadre » au préalable. Un jour, je me suis retrouvé devant une situation inextricable. Les tremblements me rendaient incapable de dessiner…

Extraits du portfolio «Les Paludiers » publié chez Glenat, en 1989.

Ex-libris pour le festival de Darnetal, en 2000.

Seule solution : boire pour calmer les tremblements. Quand après des quantités phénoménales d’alcool je ne tremblais plus, j’étais bourré, et donc à nouveau incapable de dessiner. La seule petite évasion que m’offrait le dessin s’évanouissait. J’avais péniblement dessiné une page et demie du tome 10 des « Chemins de Malefosse » quand une ancienne alcoolique m’a convaincu d’entamer une cure de désintoxication. La cure en elle-même est dure… Mais l’après-cure, c’est pire !!! Tu n’as plus cette fameuse carapace pour te protéger… Et il ne faut pas replonger… Petit à petit, il faut redécouvrir le monde que tu as quitté depuis longtemps, retrouver la maison, le jardin, la campagne. J’ai éprouvé, à ce moment-là, une étrange « soif » de liberté, j’ai vu en face et accepté les causes profondes de mon mal passé. J’ai donc changé radicalement de vie ! J’ai divorcé, j’ai quitté la maison que j’avais retapée pendant vingt-cinq ans, avec pour uniques bagages mes bouquins, mes pinceaux et ma 2 CV Citroën, pour m’installer dans un petit appartement à Figeac où j’ai terminé le tome 10 des « Chemins de Malefosse » ! J’ai rencontré Nathalie qui m’a beaucoup aidé à voir clair dans ma vie, et au milieu du tome 11, nous sommes partis à pied à Compostelle. Histoire de se connaître soi-même d’abord et l’autre ensuite… Quand j’ai parlé de ce projet à Jacques Glénat, il m’a simplement dit : « Tu vas à Compostelle ? Alors tu me fais un carnet de voyage ! »  Je profite d’ailleurs de l’occasion pour remercier Jacques Glénat et son équipe de m’avoir, après cette fameuse cure, laissé toute la tranquillité indispensable dont j’avais besoin pour retrouver mes marques. » (5)

Une page des « Carnets de Saint-Jacques-de-Compostelle ».

Illustration pour Mantes-la-Jolie, en 2001.

En 2004, afin de réaliser aquarelles et croquis, François Dermaut, à la demande et en compagnie de Bernard Ollivier, refait les 12 000 kilomètres du trajet que ce dernier avait parcouru à pied et en solitaire, d’Istanbul à Pékin (en traversant la Turquie, l’Iran, le Turkménistan, l’Ouzbékistan, le Kirgizstan et la Chine) en vue d’un ouvrage commun : « Carnets d’une longue marche : nouveau voyage d’Istanbul à Xi’an » publié aux éditions Phébus en 2005. Et, deux ans plus tard, démarre une prequelle à sa série principale, baptisée simplement « Malefosse » et scénarisée avec l’aide de Xavier Gelot. Le premier épisode est d’abord visible dans le mensuel BoDoï, à partir du n° 105 de mars 2007, juste avant d’être compilé en album aux éditions Glénat : « Daniel et moi avions défini l’esprit des Chemins de Malefosse, ainsi que les personnages principaux, en 1981. La vie, les expériences personnelles, le temps, ont continué de modeler chacun d’encre nous différemment.

Affiche pour une dédicace dans un restaurant de Pontoise, en 2000.

Caricature de Xavier Gélot et François Dermaut par le dessinateur de « Malefosse».

Des divergences se sont inévitablement installées. Nous n’avions plus les mêmes souhaits, les mêmes aspirations.

Portfolio pour les 20 ans de Sapristi, en 2002.

Avant que cela ne vienne pourrir une ambiance de travail, et donc le travail lui-même, mieux valait mettre un terme à notre collaboration. Nous nous sommes mis d’accord sur le devenir de notre œuvre commune.

À savoir, Daniel continue « Les Chemins de Malefosse » avec un autre dessinateur (Brice Goepfert) et, de mon côté, j’entreprends la série « Malefosse » en reprenant les deux personnages principaux Gunther et Pritz dans la période historique qui précède 1589, date de départ des « Chemins de Malefosse »… Je travaille seul ou avec des intervenants ponctuels [Xavier Gélot pour le premier diptyque]. Dans « Malefosse », les histoires seront bouclées en cycles de deux ou trois albums maximum. Et que les esprits chagrins aillent se faire pendre. La guerre Dermaut-Bardet n’a pas eu lieu ! Daniel est le bonhomme avec qui je me suis le plus engueulé, mais aussi avec lequel j’ai le plus ri ! On s’en est payé une bonne tranche ! »

Extrait du tome 2 de « Malefosse ».

            Avec ses deux premiers albums de « Malefosse » (le deuxième est publié en novembre 2009), il affine encore son trait, qu’il rehausse avec de somptueuses couleurs directes, et s’impose, une fois de plus, comme un dessinateur réaliste de premier plan.

Mais François Dermaut ne va pas s’arrêter là puisqu’il a terminé le premier volume d’un autre diptyque, sur une idée de Bernard Ollivier, réalisé à l’origine pour feu les éditions 12 bis, également en couleurs directes : « Rosa ».

Il vient de commencer le tome 2 et les deux sortiront dès que possible chez Glénat. En voici d’ailleurs quelques pages, en exclusivité, où vous allez pouvoir juger, par vous-même, de la magnificence de son travail…

Enfin, sachez que pendant une période d’incertitude juridique, après les mésaventures chez 12 bis, François Dermaut a accepté d’illustrer un « Carnet de voyage au fil du temps au château de Mayenne », dont voici quelques extraits… : « Ce « carnet » sera « édité » par le château de Mayenne et la date de sortie est prévue pour le 13 juin. On pourra se le procurer par correspondance (environ 12 euros, je crois, plus les frais de port sans doute) en envoyant un mail à contact@museeduchateaudemayenne.fr . Le but pour Mathieu Grandet, directeur du château, n’étant que de faire « une opération blanche ». Il sera diffusé au château et dans les principaux sites touristiques, patrimoniaux et librairies de la Mayenne. L’ouvrage comprendra des croquis, des photos, des textes. Mathieu adore la bande dessinée et il a d’ailleurs réalisé une grosse exposition qui a duré trois mois l’an dernier (15 000 entrées) sur « le moyen âge dans la BD » avec des planches de François Bourgeon, de Gilles Chaillet, de Philippe Luguy et de moi-même, puisque j’ai aussi fait l’affiche. », nous a tout récemment confié notre dessinateur historique…

Gilles RATIER 

(1) Voir : Le Vécu des « Chemins de Malefosse »….

(2) Cette interview a donc été publiée dans un très intéressant numéro spécial des Cahiers de la bande dessinée qu’Henri Filippini a consacré à la série « Les Chemins de Malefosse », en juin 2004, aux éditions Glénat. Pour en savoir plus sur François Dermaut, on peut aussi consulter PLG n° 17, Dynamick’ n° 2, Vécu n° 26, n° 34, n° 40 et n° 58, Vécu (2ème série) n° 6, n° 11, n° 21, n° 30, n° 35 et n° 42, Auracan n° 17, On a marché sur la bulle n° 7 ou BoDoï n° 88 et n° 105. 

(3) « Colombe la vilaine » est publié dans Djin en 1977 et quelques récits complets dessinés par François Dermaut, scénarisés par Courteflamme, Guy Hempay, Rose Dardennes, Monique Amiel, Pierre Dhombre, Henriette Bichonnier, Gabou ou Jean-Paul Laselle, s’intercalent entre ces longues histoires.

L'une des six pages de « Seule en Amazonie », scénario de Rose Dardennes, dans la n° 44 de Djin, en 1975.

(4) Il s’agit de « Charlotte et le secret des templiers », publié du n° 327 au n° 328 de ce bimensuel des éditions Bayard.

Un album a été publié chez cet éditeur en 1986 et a été réédité chez Assor BD en 1997.

(5) Lire aussi « Journal de bord d’une résurrection », un autre émouvant témoignage de notre dessinateur sur ce sujet délicat.

Il est paru dans le n° 35 de la deuxième série de Vécu, en mai 2003.

Et hop, pour finir, encore une petite planche de « Rosa » ? Rien que pour le plaisir des yeux…

Galerie

3 réponses à François Dermaut, dessinateur historique…

  1. Benayoune Gilles dit :

    Je ne suis ni amateur de bd encore moins connaisseur dans ce domaine.Je tombe par hasard sur le lien de bdzoom,je découvre des articles sur, et de parfaits inconnus pour moi.( sauf un).La qualité des textes,l ‘iconographie qui les accompagne est d une remarquable tenue.Dorénavant je vais suivre l’actualité de la Bd et en lire!! Merci bdzoom et Gilles Ratier en particulier.

  2. COSSON Patrick dit :

    François Bonjour. J’ai été très heureux de suivre ton parcours effectué par Gilles RATIER. Je réserverai ROSA chez CUBIK ex CULTURE BD (Canal BD) à Rodez où j’avais eu la chance de te rencontrer.
    Bon courage à toi pour cette nouvelle aventure « féminine ».
    Patrick le père de Rodolphe

  3. PROUTIERE Patrick dit :

    De Gunther à Rosa…

    Petits encouragements de la part d’un lecteur admiratif, à un dessinateur de BD ; qui a la faculté, de donner du mouvement à des images  » inanimées  » ( du cinéma dans le 9e Art ! ).

    En espérant que tel le personnage de Paulo COELHO, dans  » L’Alchimiste « , vous ayez trouvé la Sérénité… via le Chemin de la Soie : donc, chez soi !

    Ah! bien sûr, j’attends la suite de  » ROSA « .

    NOTA : je vous ai découvert, à travers une partie non négligeable de vôtre travail, la fresque monumentale sur les guerres de religion :  » Les Chemins de Malefosse « .

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