» L’Or et le sang  » T2 (« Inch’Allah »)

Située pendant la Guerre du Rif (le premier conflit de décolonisation moderne, au début années 1920), cette formidable tragi-comédie imaginée et mise en cases, de concert, par Fabien Nury, l’habile scénariste de « Il était une fois en France », et son ami Maurin Defrance, s’avère être, vraiment, une saga des plus passionnantes !

Un jeune truand corse, acoquiné avec la mafia marseillaise, et un aristocrate, fils d’un riche industriel, se croisent dans les tranchées de 14-18. Sous la mitraille allemande, ils se réfugient dans un trou d’obus et le Corse raconte l’histoire d’Arudj, un pirate turc devenu roi d’Alger. Persuadés qu’ils vont mourir, ils font un pacte : s’ils survivent à ça, eux aussi deviendront les princes de la Méditerranée ! Ces deux types, qui n’ont vraiment rien à voir l’un avec l’autre, vont bien entendu s’en sortir, mais ils ne réussiront pas à se réinsérer dans la vie civile. Par contre, ils vont suivre leur rêve et se retrouver, aux côtés des Marocains, pour livrer bataille contre l’armée française…
Ce deuxième tome, aussi mouvementé que dépaysant, est tellement efficace que l’on n’a même pas besoin d’avoir lu le premier opus pour se retrouver d’emblée conquis ! Si les références littéraires à Henri de Monfreid ou à Rudyard Kipling sont évidentes, ce beau récit épique (prévu en quatre tomes) est mené de main de maître et on ne s’ennuie pas une seconde en suivant le destin de ces deux sympathiques loustics qui ont tout quitté pour partir à la « grande » aventure… Et tout ça à cause d’un hérisson alcoolique…
Si le style graphique moderne de Merwan Chabane (ici en duo avec Fabien Bédouel, l’un de ses copains animateurs qui réalise le story-board avec des crayonnés très poussés et qui exécute ensuite les dernières retouches, une fois que Merwan a tout encré et colorié) peut surprendre, on ne peut qu’être admiratif devant leur mise en scène, très cinématographique !

D’autant plus que leur expérience dans l’animation dynamise évidemment la narration, laquelle reste assez linéaire, et que le style anguleux de l’un est adouci par les rondeurs de l’autre ; et vice et versa. En tout cas, le résultat est très original et devrait réussir, sans trop de problèmes, à conquérir le lectorat classique !

Gilles RATIER


? L’Or et le sang ? T2 (« Inch’Allah ») par Fabien Bedouel, Merwan, Maurin Defrance et Fabien Nury

Éditions 12bis (13 Euros)

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