COMIC BOOK HEBDO n°129 (10/07/2010)

Cette semaine, retour sur les deux derniers albums de THE BOYS de GARTH ENNIS et DARICK ROBERTSON…

THE BOYS vol.5 (JE VAIS PAS TE MENTIR, SOLDAT…) et vol.6 (QUAND FAUT Y ALLER…) (Panini Comics)

Beau rythme de croisière pour cette série qui apparemment à trouvé son public, et c’est tant mieux, car pour une bonne série c’est une sacrée p… de bonne série, les amis… Ellis/Roberston, Ennis/Robertson… La vie est bizarre, parfois, pleine de coïncidences qui n’en sont pas… La semaine dernière je vous parlais d’Ellis avec No Hero, écrivant des choses que je pourrais nuancer confortablement ici aujourd’hui, et à une lettre près, l’équivalence en puissance de ces deux duos presque homonymes s’avèrent constituer deux des plus beaux pamphlets anti-fascistes des ces deux dernières décennies via la passerelle avec la Grande-Bretagne (rappelons qu’Ellis est anglais et qu’Ennis est irlandais : jamais ces deux contrées n’auront été aussi en phase ensemble !!!). Deux brûlots contre la connerie ambiante et le fascisme mou quotidien, et la fatuité criminelle de nos idoles contemporaines. Ellis et Ennis ouvrent leur gueule. Et ils ont tous les deux trouvé en Darick Robertson un dessinateur assez talentueux et fou pour tenter toutes les expériences, et adhérer corps et âme à l’esprit du projet. Robertson, un style souple et fouillé, réaliste et caricatural à la fois lorsqu’il s’agit du surgissement de l’outrancier, un trait impeccable, capable de dessiner les choses les plus dégueulasses avec classe, sans concession. Transmetropolitan et The Boys n’ont rien à voir, et pourtant ils se rejoignent comme deux gouttes d’eau vers le fleuve étroit de la résistance. Oui, je sais, c’est un peu une phrase grandiloquente à la con, mais ces scénaristes britanniques plus que remontés redonnent au morne paysage de nos féeries trop modernes et déjà ringardes un réel regain de tension, d’envie d’en découdre – par les idées, s’entend. Un peu de sang neuf dans les méandres éditoriaux où les révolutions de pensées n’arrivent presque plus à poindre, ou alors travesties et vidées de leur sens. The Boys est un vrai bon coup de pied au cul de pas mal de choses, de la vie réelle à celle des comics de super-héros…

The Boys est une bonne série car son auteur, Garth Ennis, ne cabote pas, ne fait pas du Ennis. Certes, on retrouve ici toute sa gouaille, les mots orduriers, l’humour, la violence et le sexe… mais on le sent transporté par bien autre chose, quelque chose de plus puissant où tous ses ingrédients habituels contribuent sans tirer la couverture à eux, au service de l’histoire, l’histoire, toujours l’histoire. Dans le volume 5, il est d’ailleurs assez confondant de voir combien on dévore l’album avec avidité, tournant les pages comme des fous, alors qu’il est grandement constitué d’une longue conversation entre deux personnages (P’tit Hughie et La Légende). Le pendant de cette conversation, afin d’aérer la narration, n’est rien d’autre qu’une… longue discussion aux allures de monologue entre Butcher et Le Protecteur) !!! Et pourtant tout ça fonctionne du feu de Dieu, nous tenant en haleine dans des confrontations et des révélations tout simplement passionnantes car… redoutablement acérées par Ennis. C’est jouissif et intéressant, culotté et lucide, et jette un regard sur notre monde avec des paraboles plus qu’explicites… The Boys, bien au-delà de la simple critique de super-héros, ne nous dit qu’une chose : le monde est un désastre. Mais les puissances assassines au pouvoir sont déglinguables. Réalité parallèle du 11 septembre 2001, réflexion sur les valeurs transbahutées par notre culture-spectacle, dissection du processus du complot et de la prise de pouvoir, portraits de super-héros adulés qui – une fois les médias éloignés – redeviennent ce qu’ils sont : violents sexuellement et mentalement… le programme est chargé ! Mais nos compères s’en sortent à merveille. Voilà, encore une fois je ne vous aurais rien dit de l’intrigue, et c’est très bien comme cela, car vous en avez déjà certainement trop lu ailleurs et rien ne vaut le bonheur d’être chahuté en direct par notre bon vieil irlandais, en attendant très impatiemment le prochain volume…

Cecil McKINLEY

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