COMIC BOOK HEBDO n°116 (03/04/2010)

Cette semaine, regardons un peu qui gardent les Watchmen avec un magnifique ouvrage nous dévoilant tous les dessous de la création de ce comic désormais historique. Un must, tout simplement…

Disons-le tout de suite, cet ouvrage est une pure merveille, indispensable à tout fan de Watchmen, remarquablement mis en page par les graphistes Chip Kidd et Mike Essl. Bien plus qu’un beau livre accumulant les « dessins bonus », cet album est une véritable plongée dans le processus créatif de l’œuvre. C’est souvent beau, réellement passionnant, ouvrant devant nos yeux ébaubis les carnets de travail de Moore et Gibbons, dans un foisonnement structuré de croquis, textes, brouillons, recherches, manuscrits, découpages, esquisses, commentaires, documents et dessins rares, images en tous genres… C’est passionnant et jouissif (avec par exemple de nombreux essais de taches d’encre sur papiers pliés afin de créer des motifs pour le masque de Rorschach). Au milieu d’une iconographie très abondante, le texte de Dave Gibbons revient sur l’histoire de cette bande dessinée, de sa rencontre avec Alan Moore. Ainsi, nous apprenons de l’intérieur comment le projet a vu le jour, entre les hasards éditoriaux et les rencontres, les envies, les difficultés. En complément du témoignage de Gibbons sur les différentes réflexions qu’il eut avec Moore dans l’élaboration de Watchmen, nous avons le plaisir de pouvoir admirer des documents historiques : la feuille sur laquelle Gibbons et Moore ont dessiné leurs idées de base lorsqu’ils s’étaient rencontrés la première fois pour parler du projet, les scripts de Moore avec les indications, des notes, des images qui leur ont servi pour trouver certaines idées, des recherches de couleurs, de forme, de physique des personnages, etc., etc., etc. : n’en jetez plus c’est trop beau !

Une grande partie de l’ouvrage présente – pour chacun des douze chapitres qui constituent la série – les planches miniatures que Dave Gibbons réalisait sous forme de roughs, nous dévoilant la manière dont il a abordé le découpage en tenant compte des contrastes pour la composition générale ; le stade suivant étant de réaliser une maquette de petit format mais encrée de manière plus précise avant de réaliser les planches finales. Chacune de ces étapes est bien représentée dans le livre, nous permettant de juger de l’exceptionnel professionnalisme et du talent de Dave Gibbons : regardez bien, nous avons la chance de voir comment ce grand dessinateur a travaillé pour arriver au résultat escompté, durant plus de deux ans. Beaucoup des planches de croquis présentes dans le livre sont vraiment de toute beauté, les crayonnés de Gibbons s’avérant aussi beaux que puissants, possédant une qualité de trait d’une grande précision. John Higgins, le coloriste, nous donne aussi son témoignage sur la manière dont il a envisagé son travail sur Watchmen : avec passion et science, faisant preuve d’un souci du détail absolument effarant. Des couleurs envisagées avec le même sérieux et la même précision que le scénario et les dessins, comme l’indiquent aussi les guides couleurs reproduits dans ces pages et les précisions de Higgins : un travail de titan, jusqu’à la nouvelle colorisation qu’il a réalisée par informatique en 2005. Et puis nous lirons de géniales anecdotes, notamment sur la photo de Mars où Gibbons vit une forme de Smiley. Il y a même un passage racontant les différentes étapes de l’édition de Watchmen en France. Mais nous verrons aussi comment les premières réactions positives firent place à des problèmes de droits et de produits dérivés dont furent écartés les créateurs, même si Dave Gibbons a préféré esquissé ces temps difficiles plutôt que de les expliquer en détails, afin de ne pas plomber la superbe de l’ouvrage. La conclusion de tout ceci ? Ou-vra-ge in-dis-pen-sa-ble !!!


Cecil McKinley

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