« Stouf et Jean-Ouf » par Last

Est-ce que les éditions Dunod se lancent dans la bande dessinée ? Non, pas vraiment ! Ils éditent simplement, sous forme papier, le blog à succès « Stouf et Jean-Ouf ». C’est logique, leurs lectorats respectifs sont sensiblement les mêmes : les geeks technophiles. Bourré d’humour, ce livre broché n’est pourtant pas destiné qu’aux adeptes du postscript, de la feuille de style et de la suite graphique Adobe. Même s’Il faut un peu connaître le monde de la pub et du graphisme pour apprécier totalement l’ouvrage, c’est indéniable. Néanmoins, vu le succès de la série télévisée « Big Bang Théorie », cela pourrait bien faire mouche auprès d’un très large public.

« Stouf et Jean-Ouf » sont deux associés d’une agence de pub perdue au fin fond de la Bretagne. Ce sont eux qui réalisent, entre autres, les prospectus qui envahissent nos boîtes aux lettres. Vaste sujet que sont la publicité papier et la communication graphique. Last, le créateur de cette série s’est inspiré d’anecdotes liées à son quotidien, puisqu’il est lui même du métier. À force d’observation, il a su mettre en images les travers de ses collègues, voir de ses clients. À l’instar de M. De Mesmaeker dans « Gaston Lagaffe »,  le client est ici toujours représenté de manière identique : gros, enfagoté dans un costume aux lignes austères, et affichant ostensiblement sa grosse voiture. Il a surtout un manque de goût flagrant. Mais il est le client, donc le roi. Ses apparitions sont source de déconvenues régulières pour les deux graphistes amoureux de belles lettres modernes et du travail bien fait. Dans cette entreprise, c’est indéniablement Stouf le meilleur de la bande. Dès qu’il s’agit de faire une affiche ringarde, Jean-Ouf est, quant à lui, le champion toute catégorie. Évidement, il y a d’autres personnages  qui font la saveur de ces gags : comme Anabelle, la secrétaire, seule femme récurrente de l’album. Elle est constamment l’objet de remarques grivoises qui se retournent toujours contre son auteur. Pourtant, elle a de la répartie et sait utiliser les talents des deux graphistes à bon escient. On sent que c’est elle qui gère l’entreprise, alors que les deux associés sont, de leur côté, à fond dans leur « art ». Bien évidemment, ce studio ne serait pas complet sans Jean-Kevin, le stagiaire. C’est le souffre-douleur de la bande, le mauvais exemple à ne pas suivre. Pourtant, il lui arrivera de faire quelques réalisations appréciées du client, au grand dam de Stouf et Jean-Ouf. Eux qui se prenaient pour des cadors de la pub…

Visuellement, « Stouf et Jean-Ouf » ne peut cacher son côté graphique entièrement réalisé à l’ordinateur. Traité en vectoriel, les dessins minimalistes sont basés sur une bibliothèque de forme récurrente ou tous les personnages sont constamment présentés de profil, afin de garder une lisibilité optimale. Même si Last utilise la même technique de travail qu’Arthur de Pins, il a un dessin encore plus épuré. Peu de décors, juste le strict nécessaire, un ordinateur, une chaise, très peu de fond, sauf si le sujet s’y prête. Ce qui compte, c’est la chute et la clarté des cases. L’album est entrecoupé de nombreux détournement d’affiches de film dont le titre est passé à la sauce informatique. Ici, les illustrations sont beaucoup plus soignées. Les décors reprennent en détail l’ambiance de l’image originale en lui rajoutant quelques caractéristiques propres au monde dans lequel évoluent Stouf et Jean-Ouf. C’est souvent bien vu, et plein de bonnes idées. Néanmoins, il faut connaître l’affiche du film parodié pour apprécier ces détournements. Sur son blog, Last se permettait de mettre côte à côte l’original et le détournement, là, c’était impossible : dommage !

Dans certaines planches, ce créateur n’hésite pas à tourner son métier en dérision. Lorsque Obion, l’un des dessinateurs de « Donjon Crépuscule » vient lui demander un service, on se rend finalement compte que graphiste de pub et dessinateur de BD sont deux métiers totalement différents. De même, lorsqu’il illustre sa participation au Festiblogue et que son héros se retrouve en compétition avec Boulet, la star des blog BD : Boulet qui finira par signer la préface de ce livre avec une note d’humour bien à lui.

Ce livre parlera avant tout aux gens du métier. Un dictionnaire des termes techniques utilisés aurait été appréciable pour les autres. Pourtant, la plupart des gags sont compréhensibles, tout comme un album d’«Asterix » peut l’être en fonction du degré de maturité du lecteur. En contrepartie, attention, cet album a plus de chance de se retrouver au rayon informatique de votre libraire favori qu’au rayon BD : Dunod étant, avant tout, un éditeur scolaire, scientifique, technique ou d’informatique.

Gwenaël JACQUET

« Stouf et Jean-Ouf graphistes associés (et associaux) » par Last

Éditions Dunod (14,50 €) – ISBN :  9782100600106

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