Dans la série des mythiques personnages de la BD franco-belge vus par des auteurs aux styles différents de ceux de leurs créateurs ou continuateurs, certains s’en dépatouillent manifestement mieux que d’autres. C’est le cas d’un Émile Bravo sur Spirou, mais aussi de Matthieu Bonhomme sur Lucky Luke. Ayant inauguré ce principe il y a tout juste dix ans, le virtuose graphiste revient avec une troisième aventure décalée du célèbre cow-boy qui tire plus vite que son ombre… Après avoir confronté ce dernier aux risques de la mort et de la vie de couple, il fait endosser le rôle du père à notre flegmatique héros au foulard rouge ! Un album au propos écologique, qui réussit à être à la fois réaliste, drôle et émouvant, et qui est superbement dessiné !
Lire la suite...« Les Temps mauvais » par Carlos Giménez
Après « Paracuellos », « Barrio » et « Les Professionnels, le dessinateur ibérique Carlos Giménez boucle, avec « Les Temps mauvais », ses chroniques sensibles de l’Espagne sous la dictature franquiste. Il en profite alors pour nous livrer, pendant deux cent vingt pages, un remarquable réquisitoire contre la guerre, parsemé de touches d’humour et d’émotion.
Pour ce faire, il met consciencieusement en scène la vie de tous les jours d’une famille d’ouvriers de condition moyenne, à Madrid, à partir de 1936. Travaillant pour une usine de gaines, le père a le cœur qui bat à gauche. D’ailleurs, il est membre du parti du président de la République espagnole (Manuel Azaña) lorsque la guerre civile éclate, suite au putsch militaire de Franco. Face au destin, cet homme, ni héros ni traître, se sent bien vite le jouet de forces qui le dépassent et il ne sait même plus qui haïr… Car le pays est alors déchiré entre les fascistes et les rouges ; or, ce sont les petites gens qui subissent de plein fouet ce conflit : «Je voulais raconter la guerre en minuscules, la guerre au quotidien, celle des coulisses, celle de ceux dont on ne parle pas dans les journaux ni dans les manuels d’histoire » déclare l’auteur dans une interview réalisée par Phil Casoar et publiée dans la partie informative de ce somptueux livre, laquelle remet complètement le propos dans son contexte.
Pourtant, en dépit des privations et des bombardements, la famille madrilène va tenir bon. Avec son trait caricatural, le talentueux Carlos Giménez raconte cette guerre d’Espagne en prenant du recul, ne condamnant jamais sans réserve. Tout le monde en prend pour son grade, car la barbarie des hommes s’exprime dans les deux camps ; même si les fascistes sont montrés sous un jour encore plus défavorable que les communistes. À l’instar des ouvrages de Will Eisner sur le quotidien des immigrants juifs en Amérique, ces tranches de vie sont des œuvres fondamentales qui nous éclairent sur un passé peu reluisant, lequel ressemble, beaucoup, à un présent que l’on remet pourtant en question : comme quoi, l’homme devrait tirer, bien plus souvent, les leçons du passé…
Gilles RATIER
« Les Temps mauvais » par Carlos Giménez
Éditions AUDIE/Fluide glacial (35 €) – ISBN : 978-2352073048











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