Grand Prix d’Angoulême 2010, Hervé Barulea, qui signe Baru (1), est né le 29 juillet 1947, à Villerupt (un bled de la Meurthe-et-Moselle, en Lorraine). Ado dans les années 1960, il découvre le rock`n`roll par l’intermédiaire de juke-box laissés dans les cafés après le départ de militaires américains des bases du coin, quand la France est sortie de l’OTAN. Comme l’auteur de « L’Autoroute du soleil » le déclare pour présenter ce nouveau diptyque : « Le rock`n`roll, ça reste encore et toujours ma réserve d’énergie ! » Dans ce premier volume de 140 pages tendres et drôles, et un brin nostalgiques, Baru s’intéresse à cette « musique du diable » — qui est loin d’être une musique de vieux réservée aux baby-boomers — et à ses icônes qui ont fait vibrer sa jeunesse, et toute sa vie… à travers des anecdotes vécues ou des récits fictifs, évoquant notamment les Rolling Stones, mais aussi les Yardbirds, les Who, Vince Taylor…
Lire la suite...REPORTAGE SUR L’EXPOSITION « FRITZ HABER » A BLOIS
Cette année encore, une superbe exposition attend le visiteur à la bibliothèque Abbé Grégoire de Blois autour de Fritz Haber, héros de l’album de David Vandermeulen, lauréat 2008 du Prix Château de Cheverny de la Bande Dessinée historique.
Inaugurée à l’occasion des Rendez-vous de l’Histoire par Sylvain Gache, entouré de Pascal Ory et de l’auteur, la manifestation a aussitôt drainé un public nombreux, de curieux autant que de connaisseurs.
Une nouvelle fois, Sylvain Gache et ses complices de bd BOUM, derrière Jean-Pierre Baron, ont mis en œuvre une scénographie étudiée qui allie un triple souci : plongée dans une ambiance résolument rétro, présentation des planches originales de l’album et enfin volonté pédagogique.

Dès l’entrée, le visiteur se trouve comme happé par la pénombre intimiste qui règne dans un espace scénique dominé par la bichromie qui est d’abord celle de l’album. A partir de là, le cheminement s’effectue à travers quatre grandes unités : on s’engage d’abord dans le salon de Fritz Haber, où un jeu d’échecs évoque la présence du maître de séant, puis on passe devant la reconstitution d?un laboratoire, avant de parvenir à la salle de cinéma, avec son piano très années 1900 (quand un musicien jouait en direct la musique accompagnant les films muets), où sont projetées des images de la grande guerre, en écho à une vitrine consacrée à la vie dans les tranchées. Pour finir, sont présentés l’empire allemand et diverses questions soulevées par l’album.

Un grand respect de l’œuvre a guidé Sylvain Gache. On le perçoit dans le sens des détails dont il a fait preuve : citations, lettrage en lettres gothiques, encadrements soignés ou variation dans le dispositif mural. Signalons tout particulièrement une astuce qui met parfaitement en valeur les dessins sépia : des fonds blancs découpant les planches, et elles seules, tranchant à la lumière des spots sur les fonds noirs ou rouges des supports, empêchent dès le premier coup d’œil de confondre les dessins de David Vandermeulen avec les textes d’accompagnement.

Ces derniers ont fait l’objet d’un travail précis et représentent un enjeu majeur de l’exposition. De fait, malgré un sujet pointu, le spectateur ne se sent jamais perdu, guidé qu’il demeure par les commentaires explicatifs, dans un souci nettement pédagogique, très affirmé cette année sous la double contrainte d’expliciter un cadre historique mal connu et de répondre aussi à un souci civique : de fait, l’exposition quittera bientôt Blois pour être accueillie au Mémorial de Péronne (une nouvelle preuve de reconnaissance s’il en était encore besoin). Les panneaux dressent ainsi un tableau complet des problématiques abordées dans l’album : à côté du travail de l’auteur, sont évoqués successivement pour le contexte général la puissance industrielle allemande, les débuts du cinéma, la politique mondiale de Guillaume II, la guerre des gaz, mais aussi des éclairages ponctuels (Albert Einstein, Walter Rathenau, l’affaire Eulenberg, Berhard Dernburg, Eugen Fischer, etc.).

On saluera au final une vraie réussite, reflet d’une muséologie moderne, ludique et didactique, sachant allier présentation d’une œuvre artistique, efficacité pédagogique et fenêtre récréative. Enfin, pour les amateurs d’énigmes, signalons que se dissimule quelque part un vrai faux tableau, talentueux travail d’un amical faussaire. Comme une ultime mise en abyme.
Joël Dubos
Exposition Fritz Haber, salle des expositions de la Bibliothèque de l’Abbé Grégoire, jusqu’au 28 novembre 2009












