Dans la série des mythiques personnages de la BD franco-belge vus par des auteurs aux styles différents de ceux de leurs créateurs ou continuateurs, certains s’en dépatouillent manifestement mieux que d’autres. C’est le cas d’un Émile Bravo sur Spirou, mais aussi de Matthieu Bonhomme sur Lucky Luke. Ayant inauguré ce principe il y a tout juste dix ans, le virtuose graphiste revient avec une troisième aventure décalée du célèbre cow-boy qui tire plus vite que son ombre… Après avoir confronté ce dernier aux risques de la mort et de la vie de couple, il fait endosser le rôle du père à notre flegmatique héros au foulard rouge ! Un album au propos écologique, qui réussit à être à la fois réaliste, drôle et émouvant, et qui est superbement dessiné !
Lire la suite...« Canicule » par Baru [d’après Jean Vautrin]
Décidément, les adaptations de romans en bande dessinée proposées ces derniers temps sont assez remarquables. Après le « Millenium » vu par Homs et Runberg ou « L‘Étranger » version Ferrandez, cette mise en images musclée par Baru d’un des premiers polars de Jean Vautrin (alors qu’il signait de son vrai nom, Jean Herman, des scénarios de films) vaut également le détour !
Ce roman publié en 1982 a servi de base au film éponyme d’Yves Boisset, réalisé deux ans plus tard, avec Lee Marvin, Jean Carmet et Victor Lanoux dans les principaux rôles : dans la fournaise d’un été caniculaire, un gangster américain(1) s’est perdu dans les plaines de la Beauce profonde après un casse qui a mal tourné. Il essaye d’échapper à la fois à ses anciens complices et aux forces de police qui l’ont acculé dans un petit périmètre, à proximité d’une ferme dans laquelle il pense trouver le salut. Il enterre alors discrètement son magot dans un champ et se cache dans un grenier. Seulement voilà, chacun de ses faits et gestes a été épié et il se trouve confronté à un monde de barjots composé d’un tyran domestique libidineux, d’une femme haineuse, d’un beau-frère confit dans l’alcool, d’un enfant battu, d’une folle nymphomane et d’une vieille servante au bord de la tombe. Un récit sanglant et explosif dont l’ambiance rurale se rapproche des meilleurs romans noirs de Jim Thompson ou Charles Williams…
La prestation de Baru, elle, est particulièrement noire et spectaculaire, dans l’esprit de sa précédente adaptation du « Pauvres z’héros » de Pierre Pelot, également chez Casterman. D’emblée, il impose sa vision déjantée de la France profonde, mélange malin du cinéma d’ Audiard et des films gore, grâce à son ton exacerbé, son trait dynamique, son rythme cassant et ses couleurs éclatantes…
Gilles RATIER
(1) Détail amusant, le gangster ressemble curieusement à Baru, lui-même !
Canicule » par Baru [d’après Jean Vautrin]
Éditions Casterman(18 €) – ISBN :978-2-203-05931-3











