« L’île Maurice racontée à mes petits enfants » : BD courageuse et nécessaire.

L’année 2008 se termine bien pour le 9ème art mauricien. Après plusieurs années de disette, on a pu constater une certaine effervescence en terme de sortie d’albums chez les auteurs locaux.

Laval NG vient de sortir une biographie du poète libanais Khalil Gibran, avec Pierre Makyo, chez l’éditeur franco-libanais Adonis, dans la collection Romans de toujours. L’ouvrage est accompagné d’un dossier pédagogique et d’un CD comportant la lecture du texte majeur de Gibran : Le prophète. Une version en arabe et en anglais est prévue. En parallèle, il a édité sur l’île, une petite BD, « Les petits détectives« , qui permet de faire une visite des principaux attraits touristiques de Port Louis, vus à travers les yeux d’une bande d’enfants à la recherche des parents de l’un d’entre eux. Titane Laurent sort la version française de « God’s stuff « sous le titre « Dieu kiladi« , une interprétation savoureuse, ludique et désopilante des versets de la bible, vue à travers les yeux d’une petite fille malicieuse et rebelle. Enfin, Stanley Harmon a publié avec talent et de sensibilité une adaptation d’une parabole de l’évangile, pour l’église catholique : « le fils perdu et retrouvé« .

Mais l’ouvrage le plus remarquable est « L’Île Maurice racontée à mes petits enfants » de Jean Claude de L’estrac et Pov. Actuellement directeur du groupe de presse La sentinelle Ltée, qui édite L’express, l’un des plus importants quotidiens du pays, celui-ci est ancien maire de Rose Hill (3ème ville de Maurice avec 90 000 habitants), ancien ministre et fut pressenti en septembre pour devenir président de la République.
L’origine de ce livre remonte à l’année 1999. Cette année là, le bédéiste Eric Koo Sin Lin ne interview d’Eric Koo Sin Lin a été publiée sur Africultures : http://www.africultures.com/index.asp?menu=affiche_article&no=7232]] était séduit par un éditorial écrit par de L’estrac. Il décidait de l’illustrer et de l’éditer dans sa maison d’édition. Ce superbe livre pour enfants portant quasiment le même titre que la BD qui vient de sortir : « L’histoire racontée à mon petit fils » http://povonline.wordpress.com/]] qui ne comptait que des recueils de caricatures Emeutes et élections à Maurice, Catherine Boudet, Politique africaine, N°79, octobre 2000.] . » Les affrontements inter – ethniques recommencèrent à nouveau trois mois plus tard lors d’un match de football qui provoqua des scènes de destruction à Port Louis dont le jet d’un cocktail Molotov dans une maison de jeu qui fit sept morts. L’ouvrage de de L’estrac

Cette bande dessinée prolonge donc cette démarche pédagogique.
En fait, il ne s’agit pas du premier ouvrage historique pour la jeunesse. En 1978, Berthe du Pavillon sortait « Petite histoire illustrée de l’Île Maurice« , aujourd’hui épuisé. De même en matière de BD, en 1996, Annick Sadonnet et Lallmohamed sortaient une histoire de l’Île Maurice intitulée « L’aventure mauricienne : un pays est né« , ouvrage médiocre qui sera distribué dans toutes les écoles de la République, grâce à un soutien public.
Mais en réalité l’album de Pov et de L’estrac n’est pas un ouvrage historique de plus sur Maurice. L’ouvrage ne donne aucune précision de date, ne cite aucun des personnages historiques importants du pays, hormis une allusion à Bernardin de Saint Pierre, et passe sur les évènements historiques sans jamais s’y arrêter. Le lecteur non – averti n’y trouvera que peu d’éléments pour appréhender le riche passé mauricien et ses 4 siècles d’existence. En réalité, la teneur du livre n’est pas là. De L’estrac ne cherche pas à apprendre l’Histoire aux jeunes mauriciens mais à faire passer un message de tolérance en se servant du passé du pays. Tout l’album est sans phylactère, sans dialogue avec un récitatif permanent, une sorte de monologue d’un vieil homme qui marche dans la rue avec ses petits enfants et leur raconte le passé de leur pays. Les couleurs très vives, le style humoristique non – réaliste de Pov rend la lecture aisée et jamais monotone. Grand format, il s’agit d’un superbe album, de belle qualité. Le découpage, auquel l’auteur de ces lignes a participé, a essayé de rendre hommage à chacun des groupes présents dans l’île en racontant leurs histoires dans toutes leurs complexités. En effet, l’album revient sans concession ni occultation sur des périodes éminemment douloureuse du pays, la période de l’esclavage, bien sur, qui concerne la population créole et certains indiens, mais aussi celle de l’engagisme qui lui a succédé et qui reste une souffrance pour les mauriciens d’origine indienne. Les auteurs rappellent également des faits souvent passés sous silence en ce qui concerne l’immigration chinoise qui a aussi été une immigration sous la contrainte (révolte des taipings, des boxers…) mais aussi l’immigration européenne, du essentiellement à la pauvreté. Enfin, l’album n’évoque pas la période contemporaine. La lutte pour l’indépendance n’est pas évoquée ni le « miracle économique » mauricien. Les auteurs, au contraire, préfèrent évoquer dans les dernières pages, les combats d’aujourd’hui, avec la pauvreté, l’injustice sociale et les préjugés qui minent la solidarité nationale. Pas d’autoglorification donc, mais plutôt une sourde inquiétude à laquelle répond tout de même un message d’espoir, parfaitement rendu par la dernière phrase du livre : « Un jour, vous verrez, on finira bien par ne plus parler de toutes ces choses qui séparent les gens. On dira : on est tous pareils, on est tous mauriciens ».

Le public ne s’y est pas trompé, réservant un important accueil populaire à cet ouvrage, véritable succès de librairie de la fin d’année. Les 500 premiers exemplaires, vendus en huit jours, ont été suivis par un important retirage déjà épuisé. Phénomène peu fréquent pour une bande dessinée….
Mais ce succès est normal pour ce conte illustré, car « L’Île Maurice racontée à mes petits enfants » est plus qu’un album pour la jeunesse, plus qu’un ouvrage d’histoire, c’est un monument de tolérance.

Christophe CASSIAU-HAURIE

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10 réponses à « L’île Maurice racontée à mes petits enfants » : BD courageuse et nécessaire.

  1. Ti Morisyen dit :

    Je trouve que c’est bien la bande dessinée. Est-ce que ce site est bon pour apprendre le créole qui est parlé à l’ile Maurice: http://kreyolayisyen.9ix.net
    J’attends votre réponse.
    Merci.

  2. jenna dit :

    coucou .

    J’aimerais bien faire un spectacle a l’ecole sur ce livre . serait-ce possible d’avoir les textes??

    merci d’avance

    • Christophe Cassiau-Haurie dit :

      J’ai bien peur qu’il vous faille l’acheter….. (voir mon post plus bas).

  3. Claire dit :

    Bonjour,

    Mes enfants partent en voyage avec leurs grands-parents à l’île Maurice. Pour qu’ils ne voyagent pas sans rien savoir, j’aimerais leur faire lire ce livre, mais où peut-on se le procurer, je ne le trouve nulle part ? Merci d’avance !

    • Christophe Cassiau-Haurie dit :

      Si vous habitez Paris, il est en vente à la librairie L’harmattan, rue des écoles. Sinon, à Maurice, il est en vente en librairie, en particulier à la librairie du Printemps, à Curepipe.
      Bon voyage à eux !

  4. Bonjour, je me permets de vous écrire, je cherche des BD pour agrandit notre Bibliothèque à Bruxelles – CEC-Espace Césaire dont « L’île Maurice racontée à mes petits enfants  » ??? Pourriez-vous m’indiquer comment me là procurer – conseils – suggestions ….
    D’avance je vous en remercie,
    Cordialement
    Nathalie Calméjane
    Bibliothèque CEC – Espace Césaire – Maison de la Francité
    00 32 2 217 90 71 —

  5. Naty dit :

    bonjour, j’aimerai acheter cette BD. Où puis je le faire?

  6. Je suis extrêmement heureux voilà j’ai découvrir ce site . Je veux vous remercier pour le temps que vous avez investi pour mettre ce contenu c’est fantastique !! Je suis certainement appréciée tous . Enregistré en tant que favori .