Patrice Larcenet et James à propos de « La Cellule Prométhée »…

De nouveaux mystères de Paris ???
Deux policiers répondent à l’appel d’une concierge inquiétée par des cris venant d’un appartement d’un héros de la Grande Guerre. Le logement parait désert mais dans la salle à manger, les policiers découvrent la famille du militaire dépecée et en partie mangée. Ils sont alors attaqués par le caporal Bédian devenu fou. Il ne sera maîtrisé qu’avec l’aide de voisins…

Le lendemain, un rendez-vous a lieu dans les catacombes entre le Père Jacques Thoirnoux, Hugo Masterian et Ivan Soltarief. Une fois réunis, un mystérieux individu leur demande d’enquêter sur le massacre anthropophage. Nous apprenons alors le nom de code du groupe : « La Cellule Prométhée ».
L’enquête menée pour éclaircir le meurtre cannibale dévoilera de sombres secrets liés à une unité fantôme opérant durant la Première Guerre Mondiale, « L’Escouade 126 ». Nous découvrons en même temps les différentes aptitudes des membres du trio et quelques détails sur l’histoire de cette énigmatique cellule.Le scénario de Patrice Larcenet nous entraîne dans un Paris de l’entre-deux guerres où s’unissent une évanescente atmosphère fantastique et une féroce violence. Cette dernière est remarquablement rendue sur les pages traitant des souvenirs guerriers des membres de l’Escouade 126. Le rythme de cette enquête menée tambour battant est renforcée par le dynamisme du trait de James.

Patrice Larcenet

Quelle est la genèse de cette histoire ?
Patrice Larcenet : « L’Escouade 126 » est née de plusieurs sources d’inspirations : une envie personnelle d’écrire sur la Grande Guerre, des recherches sur les colonies africaines à la fin du 19e siècle et, bien sûr, la collaboration avec James, qui a toujours été très agréable. J’avais envie d’écrire quelque chose mêlant des faits historiques à une toile de fond ésotérique et fantastique. C’est ainsi qu’est née « La Cellule Prométhée » et l’histoire de l’escouade 126.

On peut penser à la lecture de votre album à la littérature feuilletonesque du début du XXème, vous vous y êtes référés ?
P.L : Peut être pour le découpage de l’histoire, cela a forcément influencé ma façon d’écrire.

Cependant j’avais envie de décrire l’enquête « en temps réel » et j’avais beaucoup de personnages à présenter, j’ai donc du opter pour des chapitres courts où chacun doit tenir son rôle et en même temps annoncer le chapitre suivant.

Peut être l’analogie avec la littérature feuilletonesque vient-elle de là ?

 

D’ailleurs, la résolution de l’affaire de « L’Escouade 126 » se déroule très rapidement, sur quatre jours, et en grande partie dans des univers sombres (cave, catacombes) ou alors de nuit. Seulement deux pages ont lieu en pleine lumière, c’est pour souligner l’aspect officieux de la Cellule Prométhée ?

P.L. : Si l’ambiance est nocturne c’est en partie du à ça. La cellule doit être discrète donc effectivement elle ne peut pas agir en plein jour la plupart du temps. Il y a un autre aspect au choix des ambiances : je me suis fais plaisir aussi car ce sont des scènes que j’aime travailler en tant que coloriste. Je trouve que l’on est obligé de se renouveler beaucoup plus quand on est dans le sombre : la scène doit être lisible tout en dégageant une ambiance qui lui est propre. Les scènes jours m’inspirent moins. Et puis surtout c’était pour que James en bave sur “les petits traits partout”, comme la scène sous la pluie qui a du être un enfer pour lui.

Comment avez-vous bâti chacun des membres de la Cellule Prométhée ?
P.L. : La conception du groupe de base devait bien sûr répondre à un impératif : que chacun ait une partie à accomplir dans ce premier tome, ne pas en laisser un prendre trop de place. J’ai commencé par imaginer l’ancienne cellule puis j’ai essayé de décider lesquels des survivants auraient des raisons suffisantes pour rempiler dans un nouveau groupe. Ivan et Hugo ont tous deux eu ma préférence. Quand au nouveau chef, Jacques, il m’a fallut un peu plus de temps pour imaginer la raison qui l’a poussé à accepter de prendre la tête de la cellule Prométhée. Il devait être en décalage par rapport au reste du groupe et néophyte dans les enquêtes paranormales. J’ai donc opté pour un religieux récemment rapatrié des colonies.

Ce travail a influencé le physique, le design des personnages ?

James : Les caractéristiques physiques des personnages avaient été pensées par Patrice dans un premier temps, et il m’en avait fait la description. Ainsi Hugo était-il plutôt trapu et enveloppé, Ivan élégant… Simplement, Patrice les avait imaginés avec des physiques humains. S’il savait que j’allais en faire des personnages à tête d’animaux, puisque c’est mon style, il  ne savait pas ce que ça allait donner au final. Pour les trois personnages principaux, mon premier critère était de leur donner une apparence que je prendrai plaisir à dessiner sur plusieurs albums, et avec des silhouettes bien identifiables. Pour les personnages secondaires, notamment les cannibales, là, j’ai  tenu compte de leur comportement pour leur donner forme. Ainsi ce ne sont que des animaux, rapaces, reptiles ou mammifères qui sont des carnassiers.

Comment s’est passé l’attribution de leurs aptitudes respectives ?
P.L. : Les aptitudes de chacun ont coulé de source quand j’ai eu terminé l’histoire de tous les personnages : j’ai juste amplifié les domaines où ils étaient naturellement doués pour en faire des dons hors norme. Ivan par exemple est un ancien psychanalyste qui a étudié toutes les manières d’aider un patient à guérir, même celles refusées par la science. Ainsi il dispose d’appuis solides dans la profession tout en étant capable d’utiliser des techniques comme l’hypnose. Hugo a un passé de soldat, une expérience concrète de combattant. Sa technique au rasoir vient de là. Quant à Jacques, sans en révéler trop sur son histoire, sa maîtrise du tir de précision est en rapport avec son rapatriement forcé des colonies.

Nous découvrons à la lecture de votre album qu’il existait une précédente « La Cellule Prométhée », nous entrevoyons aussi quelques bribes du passé de vos héros, vous avez déjà écrit ces histoires antérieures ?

P.L. : Les trois personnages principaux ont une histoire bien définie et arrêtée, appelée à être dévoilée dans le prochain tome. C’était réellement obligatoire avant de se lancer dans l’histoire, même si dans « L’Escouade 126 », ce n’est pour l’instant qu’ébauché. Et, comme je l’ai dit dans la question précédente, pour déterminer comment allait s’articuler l’histoire je devais avoir un passé très complet pour chaque intervenant.
La cellule, quant à elle, est moins bien définie. J’ai bien sûr une chronologie approximative, un objectif et des motivations suffisantes pour justifier son existence. Cependant les blancs dans sa description serviront certainement de point de départ à de futures intrigues et rebondissements.

Ce sera l’objet de prochains albums ?

P.L. : Le tome deux y fera bien sûr référence mais l’intrigue principale s’articulera autour d’un évènement marquant de l’histoire de France. La découverte de l’histoire de la cellule comme celle des personnages se fera au travers de l’enquête en cours, par petites touches. D’un part pour ne pas en révéler trop, trop vite et garder un peu de mystère. D’autre part pour éviter de lasser le lecteur avec trop d’informations ou des passages roboratifs.
J. : L’objet du prochain album ? De la nuit, de la pluie, des petits traits, plein de petits traits.

Nous  saurons comment Jacques s’en prend aux pantalons d’Hugo ?

P.L. : On en apprendra plus sur Jacques dans le deuxième tome, sur la raison qui l’a poussé à revenir en France ainsi que sur son histoire et pourquoi il a été choisi pour diriger la cellule. Chaque talent des personnages est lié à une partie de leur passé et la technique du pantalon dépend de ces talents cachés.

En plus des futurs « Dossiers de la cellule Prométhée » vous travaillez sur quoi ?
P.L.   : Je suis sur le découpage du tome 2, et mon prochain gros chantier sera sur les couleurs d’un album avec Daniel Casanave et David Vandermeulen pour Le Lombard.
J. : Je travaille sur plusieurs projets simultanément, pour varier les plaisirs. Je n’arrive pas à n’en faire qu’un seul à la fois. Je continue à travailler pour Fluide Glacial et je poursuis la série « Dans mon Open Space » toutes les semaines dans Challenges… Et comme si ça ne suffisait pas, on vient de lancer, avec Boris Mirroir, une nouvelle revue de BD numérique d’humour, Mauvais Esprit. Le numéro 1 de Mauvais Esprit est sorti le 23 octobre dernier et la revue est hebdomadaire. Elle parait donc tous les mardis et se focalise sur les formats courts d’humour (cartoon, strip, histoire courte). Les deux premiers numéros sont gratuits pour permettre aux lecteurs de se faire un avis et, on l’espère, de s’abonner. On tente en effet de mettre en place un modèle payant de création en ligne, mais, rassurez-vous, pour un tarif modique. La revue s’est construite autour d’un collectif d’auteurs talentueux et surtout drôles, avec Jérôme Anfré, B-Gnet,   Guillaume Bouzard,  Florence Dupré la Tour, Marc Dubuisson, Fabcaro, Fabrice Erre, Guillaume Guerse, James, Pascal Jousselin, Joël Legars, Thierry Martin, Boris Mirroir, Nicolas Pinet, Pluttark, Pochep, Nicolas Poupon, Emmanuel Reuzé, Thibaut Soulcié et Terreur Graphique (http://www.mauvaisesprit.com).

 Brigh BARBER

« La Cellule Prométhée » T1 (« L’Escouade 126 ») par James et Patrice Larcenet
Éditions Treize étrange (13,90 €) - ISBN : 978-2-7234-8567

PS : En plus du Mauvais esprit, vous pouvez suivre le travail de James sur les blogs suivants : http://ottoprod.over-blog.com et http://jeveuxtravaillerpourlecanard.blogspot.fr.

 

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