« Tale of Sand » par Jim Henson, Jerry Juhl et Ramon K. Perez

Voyager, c’est sortir des ornières bien tracées du quotidien, tailler la route pour aller voir ailleurs, tout simplement. Délirer, c’est carrément sortir du sillon, étymologiquement parlant. Le héros de Jim Henson est de ceux qui voyageant vont connaître ce délire, un total délire même !

Mac débarque dans un bled de l’ouest américain où la fête bat son plein. Il observe, très en retrait, jusqu’à ce qu’une donzelle souriante et rassurante l’invite à danser (ou plutôt l’oblige !) dans une danse virevoltante dont il ressort acclamé comme un champion, bientôt porté sur les épaules en vainqueur et ramené (manu militari, finalement) au pied d’un sheriff très accueillant qui l’appelle « fiston ». Mac, dépassé, embarrassé, se laisse porter par les événements. Grosse erreur ! Le voilà bientôt détenteur d’une carte et d’un défi. Un jeu ? Rien n’est moins sûr. A demi-mot, on lui parle d’avoir la « chance de s’en tirer », d’être « sauvé ». L’embrouille est complète ! On le félicite, puis on le pousse à partir sans tarder : il a dix minutes d’avance et un sac avec des bricoles et des vivres… Une vahiné (oui, c’est bien ça !) l’embrasse sur la joue, on lui offre un bouquet et c’est parti ! La course commence à travers un désert type Arizona, entre cactus et rocailles.

Mac est bel et bien devenu gibier d’une chasse à l’homme incongrue ! Jusque là, le thème n’est pas inédit, mais son traitement le renouvelle complètement car tout ce qui arrive à ce naïf un peu beau gosse est imprévisible. Les situations les plus improbables, les plus surréalistes, les plus déjantées, s’accumulent à un rythme étourdissant, sans cesse court-circuitées par des séquences hautement saugrenues. Les scénaristes se sont plu à jouer avec l’absurde dans un jeu de massacres effréné et jouissif où, pendant 160 pages, les époques se mêlent, les décors se dédoublent en boites de Pandore insatiables. Que le sud-ouest américain laisse place à un désert arabique traversé par des joueurs de football US, rien de plus normal par ici puisque plus rien n’est normal !  Rien ne manque pourtant à ce western : saloon, duel, pendaison… mais il y est rare d’avoir à s’échapper d’un village fantôme à vélo !

De quoi s’agit-il, au juste ? Entre 1967 et 1974, Jim Henson et Jerry Juhl, partenaire d’écriture, ont développé trois versions du scénario d’un film long métrage qui ne verra jamais le jour, car Jim Henson est aussi l’auteur de « 1, Rue Sésame » et du « Muppet Show », dont le succès international va l’écarter de ce projet cinématographique. Depuis 1974, le récit dormait dans les archives. Le voici adapté en bande dessinée par un Ramon K. Pérez, très convaincant dans cette parodie à la mise en page dynamique et inventive, n’hésitant pas lui non plus à casser le moule en changeant de style quand c’est loufoquement nécessaire. A noter que préface et postface retracent la carrière de Jim Henson, décédé en 1990, lui qu’on considère désormais comme un des plus importants marionnettistes de la télévision.

Alors, bon voyage…

Didier QUELLA-GUYOT  ([L@BD->http://www.labd.cndp.fr/] et sur Facebook).

http://bdzoom.com/author/didierqg/

« Tale of Sand » par Jim Henson, Jerry Juhl et Ramon K. Perez

Éditions Paquet (25 €) – ISBN : 978-2-88890-547-9

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