«La Confrérie des cartoonists du Grand Nord» par Seth

Que voilà un livre surprenant : aussi charmant qu’énigmatique pour les non initiés ! Son auteur, le Canadien anglophone Gregory Gallant (alias Seth) aime vraiment la bande dessinée car il ne se contente pas d’en écrire et d’en illustrer : il en parle aussi très bien comme il nous l’a prouvé avec son formidable « La Vie est belle malgré tout », réalisé de 1993 à 1996. Par ailleurs, ce nouvel et étonnant ouvrage sur un hypothétique âge d’or du 9e art canadien, au siècle dernier, en témoigne encore fort bien, une fois de plus !

                        Il s’agit d’un petit livre, présenté sous une reliure soignée aux coins arrondis qui lui donne des allures de livre de collection (tout comme l’était son « Wimbledon Green » aux éditions du Seuil, en 2006 ; voir Plus de lectures du 1er mai 2006), qui consiste en une plongée dans l’univers imaginaire de l’illustration canadienne, à travers le prisme dela GNBCC (Great Northern Brotherhood Canadian Cartoonists) : la fière confrérie des cartoonists du Grand Nord, basée, depuis 1935, à Dominion. Hélas, aujourd’hui, c’est un endroit oublié du grand public, hanté par de vieux artistes qui ne font que ressasser leurs souvenirs d’une époque révolue…

            Pourtant, au 20ème siècle, on ne comptait plus les auteurs qui se pressaient dans cet environnement art déco. Ils étaient adulés et leurs séries populaires étaient portées au pinacle : que ce soient « Nipper » de Doug Wright, « Bang Belly » de Jim Freeze, « Nelyana » de Dingle, « Trout Haven » d’Albert Batch ou encore le célèbre « Kao-Kuk, l’astro-esquimo » de Munn…  Autant de héros, plus kitsch les uns que les autres, qui nous sont présentés comme des références appartenant pleinement au patrimoine culturel canadien moderne : on s’y croirait !

            Le parallèle avec le monde, bien réel celui-là, de notre bande dessinée actuelle, avec son nombre de collectionneurs bienveillants et de nostalgiques d’une enfance que l’on retrouve grâce à ses productions, est, bien entendu, évident : mais même si Seth se montre souvent sarcastique, il décrit toujours avec tendresse et mélancolie ce monde qui est le sien, sans jamais tomber dans la complainte facile du « c’était bien mieux avant… ». Ce guide d’un musée fantasmé nous permet donc, au fil des pages et des gaufriers de neuf cases où transparaît une ligne claire minimaliste pleine de douceur et de sensibilité, de partager la passion d’un auteur au ton ironique et décalé, mais véritablement  amoureux de l’art qu’il exerce.

            Évidemment, seuls les vrais mordus de BD goûteront pleinement toute la saveur de ce très bel exercice de style précis et minutieux. Nous vous conseillons, d’ailleurs, de lire par petites touches : en prenant bien votre temps, tout en sirotant un cocktail, comme le faisaient les artistes de ce temps-là, mais peut-être avec un peu plus de modération…

                                    Gilles RATIER

« La Confrérie des cartoonists du Grand Nord » par Seth

Éditions Delcourt (22,95 €) – ISBN : 978-2-7560-2758-6

 

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