COMIC BOOK HEBDO n°51 (22/11/2008)

Cette semaine, distrayons-nous gentiment avec BATMAN, CATWOMAN, HELLBLAZER et RED SONJA…

L’édition française de comic books ne cesse de prendre de la profondeur et de la consistance en proposant de plus en plus de comics de qualité, venus d’éditeurs et de labels hétéroclites, à des lecteurs demandant autre chose que des PING des PAF et des BLANG, hissant du même coup notre vision européenne de la bande dessinée anglophone dans des sphères qui laissent rêveur quand on voit nos rayons de BD si suffisants, si uniformisés. Ce n’est peut-être pas politiquement correct, je sais, mais on ne me forcera pas à l’être, car alors autant m’imposer d’insérer des mots incongrus comme « incombustible » dans mon article, par exemple : ce serait la porte ouverte à tout. Bah non. Parce qu’on est une tripotée de vrais fans purs et durs – et très ouverts – à penser que ces pseudo combats de chapelle n’ont plus lieu d’être depuis des décennies, maintenant, et qu’il suffit juste de lire, de voir, pour se rendre compte des choses (oui oui, il faut lire les comics avant d’en parler, je sais que ça peut paraître dingue, mais c’est ainsi). Il y a autant de comics que d’auteurs, d’esprits différents. Cette semaine, par exemple, des albums de très bonne tenue, qui constituent tout simplement des divertissements de qualité, parce que des fois ça fait du bien, et je ne vois pas pourquoi on en parlerait pas sous prétexte de convaincre par élitisme que si un comic n’est pas signé Alan Moore eh bien c’est de la sous-culture (et Dieu sait si j’aime Alan Moore). Bref! Pas de prise de tête, mais de chouettes histoires: que demander de plus avant d’embrayer sur des ouvrages plus costauds la semaine prochaine?

BATMAN : EGO – CATWOMAN : LE GROS COUP DE SELINA (Panini Comics, DC Icons)

Il est des dessinateurs qui sont ainsi, atypiques non par leur style proprement dit mais bien par l’univers dans lequel ils expriment ce style. Darwyn Cooke, avec son style à la fois très européen et irrépressiblement cartoonesque, dans un traité au pinceau qui engendre la souplesse et le contraste, n’est certes pas le dessinateur le plus évident, apparemment, pour dessiner des comics super-héroïques, tout comme Jeph Loeb ou Tim Sale, par exemple… Il y a quelques années encore, personne n’aurait misé sur le succès de ces dessinateurs aux styles très épurés semblant convenir à une bande dessinée plutôt intimiste et sensible… Et pourtant… c’est là où l’on se rend compte de l’importance de décisions éditoriales courageuses !!!
Cet album propose en fait deux récits, permettant à Cooke d’explorer les personnages de Batman puis de Catwoman en revenant sur leurs fondations historiques et personnelles. C’est d’ailleurs assez étonnant de voir combien Darwyn Cooke a délibérément plongé dans le côté obscur de Batman, avec d’entrée des récitatifs très crus, très sombres, très impliqués dans l’affect en souffrance du personnage. Cooke fait se rencontrer Bruce Wayne avec son propre ego, celui qui l’a poussé à devenir ce qu’il est. Cette rencontre se fait de manière frontale, métaphysique, en conscient et inconscient, dans la matérialisation des peurs et du doute qui assaillent le Chevalier Noir. Sans trop en faire, s’en trop s’étaler pour donner au propos une concision ne se perdant pas en aventure alibi, l’auteur nous offre un récit à la fois palpitant et jouissif, une vraie curiosité apportant sa facette aux histoires se penchant sur la mythologie du personnage.
L’aventure consacrée à Catwoman semble un peu plus légère et anecdotique, mais au-delà du plaisir simple qu’elle procure par son action bien huilée et son esprit joliment contrasté, elle nous permet de revenir aussi sur des pans du passé de l’héroïne qui expliquent bien des choses sur la personnalité de la féline ambiguë. Le récit raconte comment Selina s’y prend pour dévaliser un train en marche transportant une petite fortune. Certes, nous ne sommes pas dans La Grande Attaque du train d’or de Crichton (je ne peux que vous conseiller de voir ce film ultra jouissif, avec Connery et Sutherland père), mais tout ça est bien agréable à lire et à regarder !

JOHN CONSTANTINE HELLBLAZER vol.3 : DROIT DANS LE MUR (Panini Comics, 100% Vertigo)

Constantine revient, avec ses clopes et son caractère de @#&§%. Troisième volume dans la collection 100% Vertigo, avec l’impeccable Mike Carey au scénario et Doug Alexander Gregory et Marcello Frusin aux dessins, Droit dans le mur va entraîner notre héros de mauvais poil dans des rouages qui vont le mener jusqu’aux extrêmes ressacs de son existence. Deux aventures, dans ce volume : une histoire assez courte en deux parties, et une autre de plus longue haleine, en cinq chapitres. La première, Histoire d’os, va emmener Gemma dur l’île de Gruinard, lui faire croiser la route du redoutable Ghant, et la confronter à des hordes d’enfants vampires. Les os, ce sont ceux qui constituent une carte shamanique, un abaque à os jouant un rôle déterminant dans une malédiction que je vous laisse découvrir… La seconde, Droit dans le mur, possède une intensité particulière qui la rend nettement plus forte que le premier récit. Il faut dire que Carey n’hésite pas y aller… carrément en sortant la grosse fanfare : démon omnipotent s’apprêtant à annihiler l’humanité, fin du monde, apocalypse et compagnie… Y a du pain grillé sur la planche, les gars… Constantine va faire se réunir différents magiciens et êtres aux pouvoirs occultes afin d’enrayer le processus en marche, mais – oui, je sais, c’est horrible – tout va foirer, et la cible n’est pas forcément celle que l’on croyait, et les tenants et aboutissants de l’affaire réservent bien des surprises et des retournements de situation qui savent ébranler les nerfs avec talent. Les amateurs de combats occultes et autres réjouissances démoniaques trouveront donc leur affaire dans cet album qui se lit d’une traite, porté par un rythme et des dialogues très efficaces. Les dessins de Frusin et Gregory sont vraiment bons, et bénéficient d’un excellent travail de couleurs signé Lee Loughridge. Bref, une équipe qui fonctionne, un auteur qui s’éclate, des artistes qui assurent : voilà tous les ingrédients pour passer un bon moment en faisant semblant d’avoir peur. Je me permets enfin d’attirer votre attention sur les sublimes couvertures originales de Tim Bradstreet, vraiment de toute beauté…

RED SONJA : LES ARCHERS (Panini Comics)

Revoilà notre rousse incendiaire, la sauvage diablesse à l’épée, aussi désirable que dangereuse, aussi féminine que sans pitié pour ceux qui auraient des velléités de nuire. Ce nouveau volume nous permets de suivre la suite des aventures de Red Sonja entamées chez Dynamite et qui rencontrent un beau succès. Il faut dire que la belle attire tout un lectorat masculin non négligeable, très sensible aux charmes de la… narration ( ?) de cette série bénéficiant de nombreuses variant covers réalisées par de grands artistes du comic book. Bon, blague à part, il n’y a pas que la plastique, chez Red Sonja. C’est un personnage très intéressant, qui possède une véritable aura, quelque chose de proprement fascinant.
Dans cet album, Red Sonja va faire la rencontre d’une jeune fille rescapée d’un massacre et qui va devenir sa compagne de route sur le chemin de la vengeance. Une jeune fille impétueuse et sanguine tout comme l’était Red Sonja à son âge. Cette similitude va pousser la flamboyante hyrcanienne a prendre l’adolescente sous son aile afin de l’initier et de la guider dans ce monde si violent envers ce genre d’être apparemment sans défense… Cette initiation va faire revivre son passé à Red Sonja, dans des flash back assez beaux esthétiquement, réalisés par d’autres artistes que Mel Rubi (Pablo Marcos, Lee Moder et Stephen Sadowski). Tout au long de ce périple, une menace suit pas à pas nos héroïnes, se concrétisant au bout du chemin par l’apparition d’un vilain mythique de l’univers de Conan : Kulan Gath ! D’ailleurs, vous trouverez un petit dossier sur ce personnage en fin d’album, juste avant d’admirer la galerie de couvertures fleurant bon le syndrome pin-up. Pour tous les amateurs de plantes sauvages et de muscles en mouvement, donc…

Cecil McKINLEY

Galerie

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