COMIC BOOK HEBDO n°37 (15/08/2008).

Après une petite pause d’une semaine due à des vacances bien méritées (si si…), revoici votre chronique super-héroïque sur les rails ! Cette semaine, dans le cadre de nos fabuleux cahiers de vacances, petit contrôle sur des ouvrages sortis avant cet été et qui méritent qu’on les rappelle à notre bon souvenir. Comme il est bon de se replonger l’été dans ce genre de comics, à l’ombre d’un palmier, près de la mer (on peut toujours rêver, non ?).

Pour les vacanciers rebelles :

TRANSMETROPOLITAN 2 : LA NOUVELLE RACAILLE (Panini Comics, Vertigo Big Book).

On commence avec du costaud, puisque revoilà ce bon vieux Spider Jerusalem ! Attention, ça va dépoter ! Ce deuxième volume – contrairement au premier qui plantait le décor et les personnages par plusieurs histoires – se porte sur une seule et importante intrigue, à savoir les élections présidentielles. Après nous avoir montré quel engin de malheur était son héros, Ellis nous donne ici l’occasion de voir comment Spider réagit en détails sur l’événement qu’il couvre, explorant plus amplement le concept de la série. C’est toujours aussi drôle, décapant, outrancier, étrange, irrespectueux, colérique, barré, jouissif, rempli d’injures, de drogues, de sexe, de coups de gueule, bref, c’est de la bonne, les amis ! Houlala mais ça va pas du tout, moi, qu’est-ce que je raconte ? Mon esprit sain serait-il perverti par la littérature décadente de ce Monsieur Warren Ellis ? J’en ai bien peur ! Transmetropolitan est un acide (je parle de science, pas de drogue) nécessaire qui ronge la supercherie des apparences gouvernant ce monde. Transmetropolitan est un acide (je parle de drogue, pas de science, suivez, un peu) qui ouvre des perceptions dévoilant la nature humaine dans des visions presque grandguignolesques.

L’absurde laideur de ce monde qui croupit sous les servitudes et la force de l’argent alors que la vie palpite encore, voilà le sujet de Transmetropolitan. Pour Spider Jerusalem, la réalité telle qu’elle s’exerce est une obscénité, et il bout de faire péter enfin cette p… de fourmilière malade à grands coups d’injures et de coups de latte. Un genre de justicier complètement psychopathe, quoi… mais terriblement lucide aussi, et porté quoi qu’il en dise par un bon fond. Ses mots sont ces armes, mais il sait bien que même ça ne suffit pas pour faire bouger les choses, que faire du journalisme c’est faire autre chose que d’écrire. Du fond de sa folie entretenue, Spider Jerusalem est finalement une personne d’un grand sens éthique, et c’est bien ce monde de §#@£/© qui lui fait péter les plombs. Spider déteste les gens, mais il se rend fou et va jusqu’au bout de lui-même pour les sauver de la merde fascisante. Un grand paradoxe qui n’est pas le seul rencontré au fil des pages de cette œuvre indispensable qui ose dire ce que tant continuent de taire… Ainsi, en ce qui concerne les élections qui ont lieu durant le récit de ce volume, les paradoxes, hypocrisies, mensonges, rancœurs, traîtrises vont bon train, se dévoilant presque toujours par des situations affligeantes ou des coups d’éclat énergiques – et absurdes ! Drôle et inquiétant, irrévérencieux et incisif, voilà bien le caractère de cette série qui – ça ne gâche rien – est superbement dessinée par Darick Robertson, toujours très en verve lui aussi…On retrouve dans le présent volume des personnages auxquels nous sommes attachés, comme le chat bicéphale de Spider (toujours aussi grave), son ex-assistante Channon (toujours aussi grave), Mitchell Royce, le rédacteur de Spider (toujours aussi grave), mais aussi une nouvelle venue comme Yelena Rossini, la nouvelle assistante de Mr Jerusalem, qui s’est déjà pas mal dévergondée et qui promet d’être bien grave elle aussi ! En prime, en fin de volume sont reproduites les couvertures originales (malheureusement en petit format) réalisées par de grands artistes comme Jae Lee, Geoff Darrows, Dave Gibbons et… l’inévitable Darick Robertson. Oh yeah !

Pour les vacanciers en strip de bain :

THE COMPLETE SPIDER-MAN STRIPS vol.2 : 1979-1981 (Panini Comics).

Second volume reprenant les fameux strips de Spider-Man parus dans la presse dès la fin des années 70. C’est avec un plaisir non dissimulé que nous continuons l’expérience commencée l’automne dernier avec le premier volume proposé. Ce sont toujours Stan Lee et John Romita Sr qui officient, à l’exception des dernières planches dessinées par Larry Lieber. Tout au long de l’ouvrage on ne peut qu’admirer la constance de qualité graphique de Romita sur cette série quotidienne, et l’esprit toujours alerte de Stan Lee pour faire rebondir les situations. C’est donc bien sûr un excellent et très agréable moment de lecture que nous offre cet album au joli format, plaisir renforcé par les rappels quotidiens de l’action de la veille qui sont de moins en moins lourds au fur et à mesure que le duo avance en logique dans ce projet qui était un vrai challenge pour eux. Certes, on notera toute fois que ces histoires (contrairement à celles du premier volume) ne brillent pas par leur originalité, et reprennent même parfois des schémas déjà utilisés explicitement par Stan Lee auparavant, n’apportant rien à part ce satané sentiment de déjà-vu.

Mais ne boudons pas notre plaisir, car l’ensemble est beau et charmant. Ah si, une petite coquetterie : Peter Parker n’aura jamais été autant partagé entre deux femmes, Mary-Jane et la pétulante Carole (qui va se faire embobiner dans une secte, ahlala, cette Carole !). Le cœur de Peter Parker ne sait plus où donner de la tête… On notera aussi que les onze histoires composant cet album sont plus structurées comme se suivant dans une chronologie non interrompue, contrairement à la majorité du premier volume. On sent donc que Stan Lee et Romita ont trouvé une vitesse de croisière, que les éléments et les événements s’enchaînent avec beaucoup plus de fluidité : ils sont en train de choper le truc, quoi ! Côté vilains, on retrouvera les inévitables Caïd et Kraven le Chasseur, mais aussi Loomis le dangereux prédicateur, le pathétique Rôdeur, un ridicule mais coriace homme au fouet de cuir, et quelques autres affreux jojos. Un épisode tire son épingle du jeu en terme d’originalité, celui où Peter parker décide que Spider-Man doit devenir un criminel pour gagner sa vie grâce à ses pouvoirs. Oui, je sais, l’idée a été quelques fois soulevée, lorsque peter se retrouvait dans le désespoir le plus complet, mais l’accent avec lequel est réalisé cet épisode est très réussi. Bref, un album bien sympathique et indispensable à tout fan de Spider-Man.

Pour les vacanciers musclés :

LÉGENDES (Panini Comics, DC Anthologie).

Panini réédite cette œuvre passionnante éditée il y a quatre ans chez Semic et maintenant épuisée. Tant mieux pour les aficionados de super-héros et les fans de John Byrne, car la relecture de ce récit qui fit sensation reste un vrai plaisir, une œuvre de bonne facture, aussi respectueuse de l’univers DC que permettant à ce dernier de se reconstruire après la déflagration Crisis on Infinite Earths. La présence de deux géants comme Len Wein et John Byrne sur la mini-série en assure la solidité, mais grâce à Mike Gold (rédacteur) et John Ostrander (scénariste), la spécificité du sujet abordé apporta une belle impulsion à cette création charnière. Nous étions en 1986, un grand silence se fit sentir après l’onde de choc que généra Crisis, le moment était historique, car c’était bien tout l’univers DC qui rebondissait après une remise à plat générale. Repartir avec une histoire parlant de notions aussi humanistes que les valeurs qui font ou défont les légendes, quelles qu’elles soient, était un pari plutôt malin et bienvenu, quelque peu inattendu.

Légendes raconte comment Darkseid envoie l’un de ses messagers sur Terre pour petit à petit retourner l’opinion publique contre les super-héros à force de supercheries, pièges et traquenards en tous genres. Au fil des pages, les super-héros les plus emblématiques de l’univers DC (à part Wonder Woman qui n’apparaîtra que très rapidement dans l’ouvrage pour des raisons éditoriales) perdent de leur superbe jusqu’à devenir totalement haïs par la population. Comment ses idoles déchues vont-elles retrouver une légitimité par rapport aux hommes, et pourront-elles être à nouveau adulées ? C’est évidemment ce que vous découvrirez en lisant cet album qui reste un must. Les dessins de Byrne sont dans l’une de leurs meilleures périodes, très bien encrés par Karl Kesel, et l’ensemble se lit avec gourmandise.

Pour les vacanciers classiques :

FANTASTIC FOUR : L’INTÉGRALE 1967 (Panini Comics, L’Intégrale).

Badaboum ! Revoilà les fantastiques ! C’est vraiment chouette de pouvoir lire à nouveau tous ces épisodes pour la plupart mythiques et fondateurs au sein de la géniale collection des Intégrales. En six tomes déjà sortis, cette Intégrale des Fantastic Four nous montre tout le chemin parcouru par l’équipe de papier tout autant que l’équipe artistique, et les points de force vers lesquelles évolue la série, l’affirmation des différents caractères, l’apparition continu de nouveaux personnages ayant souvent eu par la suite une belle carrière.

Six ans et presque 70 numéros après leur première apparition en 1961, nos quatre héros si fantastiques n’ont donc rien perdu de leur vitalité et de leur puissance d’évocation, et le « plus grand comic du monde » continua de faire rêver les lecteurs à travers des intrigues toujours aussi folles de Stan Lee et des dessins toujours réalisés par Jack Kirby (qui quittait régulièrement les séries entamées par lui après qu’elles aient trouvé leur vitesse de croisière). Les fidèles de la collection en étaient restés à un épisode à suivre clôturant le cinquième volume. On y voyait, médusés, Fatalis s’emparer du pouvoir cosmique du Silver Surfer ! Ah mon Dieu quelle horreur !!! Ouf, nous pouvons enfin lire le dénouement de ce coup de théâtre très anxiogène à la fin des trois premiers épisodes de cet album, après des péripéties plus ébouriffantes les unes que les autres où nous croisons avec excitation les Inhumains ou le Gardien, et bien sûr toujours le Silver Surfer. Comme je vous l’ai sous-entendu plus haut, une somptueuse galerie de nouveaux personnages apparaît encore durant cette année 67, dont certains vont connaître un beau parcours. Je pense évidemment en premier à Adam Warlock (qui s’appelle au départ tout simplement Lui), mais aussi à Blastaar, l’horrible grimaçant venu de la zone négative, ou encore au surprenant Psycho-Man. D’autres méchants plus ou moins cosmiques vont donner du fil à retordre aux Fantastiques, de l’Homme Sable à des créatures venues du monde Kree (Ronan l’Accusateur, l’Intelligence Suprême, le premier Sentry), ou encore l’immonde Quasimodo. Vous pourrez aussi lire le cinquième annual des FF, un annual particulièrement réjouissant puisque nous proposant les trois pages légendaires du fameux récit parodique This is a Plot ? où Stan Lee et Kirby se pastichent gentiment, mais aussi un épisode de 12 pages signant le retour du Silver Surfer, un très beau récit où apparaissent les Inhumains, la Panthère Noire et le fameux Psycho-Man, et enfin une suite de très belles illustrations en pleine page ou même double page nous présentant les portraits en pied de nos héros préférés. N’oublions pas de citer la beauté des encrages de Joe Sinnott, et de vous inviter à admirer une nouvelle fois certaines images étonnantes issues de la fantaisie débridée de Kirby, comme ces audacieux montages kitchissimes à base de photocopies de « trucs qui peuvent passer pour les éléments d’un décor cosmique » (toujours aussi beau qu’étrange à regarder), ou une image en pleine page comme la planche 8 de FF #62 où Mr Fantastic est accroché à une roche en pleine zone négative, roche à laquelle est agrippé un cocon extra-terrestre que le héros ne voit pas : une vraie merveille. Bref ! Inutile de vous faire un dessin ! Voici une valeur sûre à dévorer sans modération !

Cecil McKinley

Galerie

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