COMIC BOOK HEBDO n°35 (26/07/2008).

Cette semaine, Hulk écrabouiller misérables lecteurs et spectateurs chétifs !

Tous aux abris, planquez-vous jeunes et moins jeunes, ce bon vieux Hulk fait en ce moment feu de tous bois ! En librairie, au cinéma, chez votre marchand de journaux, le mastodonte monosyllabique débarque un peu partout, et? eh bah il est pas content, hein?Dans l’ordre : le film The Incredible Hulk, l’album Hulk : L’Intégrale 1987-1988, et enfin les parutions en kiosque autour de World War Hulk.

THE INCREDIBLE HULK (Marvel Studios).
Voici donc le deuxième film sorti tout droit des Marvel Studios, après Iron Man ce printemps. Disons-le tout de suite, pour Marvel et ses fans le pari semble gagné, puisqu’après des productions hollywoodiennes pur jus où l’on a souvent eu droit à des spectacles assez affligeants clairement dirigés vers l’entertainment le plus basique, ces deux premières production Marvel se tournent plus sur l’œuvre elle-même, en respectant son esprit, sans humour de sitcom et d’histoires bidons où l’on ne cesse de se demander ce qu’on a devant nous. Certes, Iron Man a lui aussi été replacé dans un contexte actuel, mais en tenant compte de l’histoire, de la nature, et de toute la mythologie du personnage. Il en va de même avec cet Incroyable Hulk. Certes encore, le vrai nom d’Abomination est respecté (Emil Blonsky) mais le contexte de son origine a été un peu remanié sans toutefois être trop dénaturé, comme ça avait été le cas dans le film d’Ang Lee où l’on nous racontait sans sourciller que c’était le père de Banner (un pseudo Fantôme de l’Espace) qui était à l’origine de la naissance de Hulk… Par rapport au film de Lee, celui-ci, de Louis Leterrier (a french movie maker) frappe par le respect de l’œuvre, immédiatement visible et reconnaissable, même s’il faut avouer qu’il lorgne pas mal (mais avec talent) vers la série TV de Kenneth Johnson, reprenant même durant un court instant le thème musical de cette série qui se penchait plus sur l’errance et les problèmes existentiels de Banner que se tournant vers le fantastique constant. Mais l’esprit est là, indubitablement.

Le film bénéficie d’un casting impeccable qui porte en grande partie l’ensemble, au-delà des effets spéciaux : Edward Norton, avec sa belle petite gueule oscillant entre force et faiblesse, est parfait dans le rôle, incarnant Bruce Banner avec talent. Liv Tyler est émouvante et jolie à souhait, Tim Roth en fait un tout petit peu trop mais c’est vrai qu’il a pas vraiment l’habitude de ce genre de films, et William Hurt a réussi à donner au personnage assez caricatural du Général Ross une certaine vérité – c’était pas gagné. Très bon casting, donc, ainsi qu’un rythme très efficace grâce à un montage bien senti, alternant moments de calme, d’action, de psychologie avec une bonne acuité. Ainsi, le générique est en soi un petit film où – à un rythme d’enfer sans pour autant enlever de la lisibilité – tous les éléments primordiaux à connaître pour apprécier l’histoire sont mis en scène dans un kaléidoscope prenant. Petit point faible, la musique, mais ça, de toute façon… vous ne trouvez pas, vous, que la musique des films de super-héros sont toujours un peu craignos ? Mais ce qui pèche vraiment, je trouve, ce sont les dialogues qui laissent un peu à désirer, dirons-nous pour ne point être trop abrupt. Quant à la voix et la manière de parler d’Abomination, c’est vraiment… abominable ! On se demande si l’on doit avoir peur ou bien rire de consternation. Mais bref, à part ça, on passe quand même un très bon moment de cinéma et en tant que fan de Hulk on s’y retrouve vraiment. Comme dans Iron Man, l’apparition du super-héros et les scènes d’actions spectaculaires sont distillées avec intelligence, ne donnant pas tout d’un seul coup et ne se vautrant pas dans la surenchère de bastons à grand spectacle qui n’en finissent plus. Ainsi, dans la première grande scène d’action de Hulk, on ne voit pratiquement jamais ce dernier, apparaissant toujours dans l’ombre ou en contre-jour, ou encore trop vite pour qu’on ait eu le temps de voir vraiment autre chose qu’un bras surgissant, une silhouette rugissante. Leterrier n’a pas non plus oublié le côté « Belle et la Bête » qui est même un élément central du film. Enfin, l’aspect physique de Hulk, tout en peau squameuse et striée, est bien plus réussi et réaliste que celui du Hulk d’Ang Lee, assez disneyen quand on le compare à celui-ci. Bref, moi j’ai bien aimé…

HULK : L’INTÉGRALE 1987-1988 (Panini Comics, L’Intégrale).
À l’occasion de la sortie du film et dans le contexte de World War Hulk, voici donc un nouveau volume de la fameuse collection des Intégrales, consacré à… Hulk ! Vous en avez maintenant l’habitude, cette collection paraît selon deux axes complémentaires : les volumes reprenant à leur genèse les titres les plus mythiques du Silver Age (permettant ainsi de lire des joyaux incontournables de l’histoire du comic book), ainsi que des albums proposant des œuvres plus récentes mais qui ont marqué leur époque (Wolverine et Daredevil par Frank Miller, ou Les Nouveaux X-Men par Claremont et Cockrum, par exemple). Le présent album s’inscrit bien dans cette seconde optique puisqu’il nous propose les épisodes d’Incredible Hulk sur lesquels ont œuvré Peter David et Todd McFarlane, tous deux alors pratiquement inconnus à l’époque (on était seulement en 1987), eux qui allaient devenir de telles figures incontournables par la suite… Découvrir ou redécouvrir la série sur laquelle ces deux noms ont réellement eu le temps de se faire les dents et de s’imposer dans le milieu des comics est d’ailleurs le principal intérêt de cet ouvrage dont les épisodes sont – à défaut d’être géniaux – honnêtement réalisés (on ne va pas dire que c’est génial juste parce qu’il est de bon ton de dire que tout ce que fait Mcfarlane est génial !).
Certes, le contexte de la série lorsque nos deux comparses ont débarqué sur le titre est assez intéressant : Bruce Banner, d’abord « dissocié » de son alter ego monstrueux, ne se transforme plus en Hulk qu’au coucher du soleil, un Hulk gris de surcroît (hommage évident aux tout premiers épisodes, même par l’aspect physique plus proche de Frankenstein que le Hulk des 80s). Rick Jones, lui, est devenu celui qui se transforme « normalement » en Hulk vert sous l’effet de la colère, après un bouillon de culture très marvelien. On peut aussi ajouter que Banner a épousé Betty et qu’il a créé l’équipe des « Hulkbusters » afin de maîtriser le monstre tapi en l’homme au cas où il ferait du grabuge (mais peut-il faire autre chose que du grabuge ?). Dans les épisodes que vous lirez ici, il y a du rififi avec le S.H.I.E.L.D., une petite ville de campagne subissant le joug d’un shérif un peu trop zélé et violent, des histoires de couple ou de pompiste vampirisé, une rencontre avec X-Factor, un combat assez violent avec Wolverine, ou encore la découverte d’un Homme-Taureau aussi sauvage que paumé…
Un épisode est particulièrement intéressant parmi toutes ces histoires, celui du combat contre Wolverine. Outre un récit de confrontation assez bien senti, ce qui frappe (ouch !) avant tout ici c’est l’évolution du dessin de McFarlane que l’on a vu très proche de celui de Bob Layton dans les premiers épisodes pour petit à petit s’en détacher sans pour autant accéder à un style vraiment personnel, puis éclater enfin avec évidence dans ce fameux numéro 340. Traits plus fins, plus précis, plus nombreux, souci du détail plus avoué, faciès tendant parfois à l’exagération… À ce stade d’évolution – et pour tout dire de révélation –, le trait de McFarlane se rapproche encore de celui de Paul Smith, ou de Terry Austin, pour ne citer qu’eux. Mais l’esthétique générale laisse bien présager de ce qu’allait devenir la « McFarlane touch » par la suite. Cet ouvrage ravira donc tous les amateurs de ce grand dessinateur…
Vous allez me dire que je suis un vilain rabat-joie, mais quand même, ça aurait été bien de continuer à éditer les épisodes des sixties, non ? Quel dommage que nous n’ayons eu droit qu’à un seul volume (1962-1963). Allez, M’sieur Panini, un p’tit effort, quoi !

WORLD WAR HULK (Panini Comics en kiosque).
Je ne pouvais décemment pas terminer cette chronique hulkienne sans vous rappeler que le colosse de jade est aussi présent – et bien présent ! – chez votre marchand de journaux depuis quelque temps avec l’événement World War Hulk qui a déboulé dans vos autres titres habituels (Marvel Heroes, Astonishing X-Men…) et qui a même droit à ses propres revues : World War Hulk et World War Hulk hors série. Ce mois de juillet est sorti le numéro 5 de World War Hulk, nous voici donc très près du dénouement de l’affaire ! Il serait un peu vain ici et maintenant de vous refaire la petite histoire, vous êtes bien évidemment au courant de ce qui se passe, et c’est assez gratiné !

N’oubliez pas non plus World War Hulk hors série qui complète à merveille la saga. Le premier numéro était sorti en juin, le second sortira en août, c’est-à-dire tout bientôt : ne le loupez pas ! Ce titre est à World War Hulk ce que Civil War Extra fut à Civil War, à savoir la présentation de la série Embedded qui met en scène les deux journalistes Ben Urich et Sally Floyd, nous permettant de vivre la situation du côté humain et non super-héroïque, et quelques histoires annexes au contexte. Comment Sally et Ben vont-ils couvrir l’événement et s’en sortir, c’est ce que vous découvrirez en lisant ces pages. Attendons le second numéro, mais il faut avouer que pour l’instant Embedded : Behind Enemy Lines est assez inférieure à Embedded : Front Line autour de Civil War. Un peu moins incisive, un peu plus anecdotique, elle n’en reste pas moins intéressante et vaut assurément le détour. Par contre, les épisodes de Ghost Rider qui concluent le numéro 1 sont proprement ineptes : pas d’histoire, mal dessinés, sans aucun intérêt, à oublier. Le numéro 2 risque d’amener pas mal de révélations et surprises, on a hâte !

Cecil McKinley

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