« O’Boys », la BD de Steve Cuzor, vient de là, elle vient du Blues !

Avec « Midnight Crossroad », qu’il co-scénarise avec Stephan Colman, après deux volumes écrits avec Philippe Thirault, Steve Cuzor clôt brillamment le premier cycle de son road-movie, situé dans l’Amérique en crise des années 30, en entraînant ses héros désoeuvrés à Memphis, berceau du Blues.

« « O’Boys » est un projet totalement personnel, nous explique Steve Cuzor, au sens où la Grande Dépression qui a fait suite au krach de 1929 n’est pas un « genre » en soi et que cette thématique est rarement traitée dans la BD. Graphiquement, je me sens proche de cette période de crise, qui me fascine par son foisonnement créatif  : les musiciens commencent à jouer, les écrivains à écrire… Les périodes où on vit sur les acquis sont ennuyeuses. Durant les années 30, aux États-Unis, pour éviter de mourir de faim, les gens couraient sur les rails pour attraper les trains ! C’est pour moi, l’image graphique de la liberté et de l’insouciance. »

L’auteur a cependant choisi de s’adjoindre un co-scénariste pour développer ses récits :  « J’aime l’idée du duo de scénaristes pour surenchérir et développer chaque idée à fond, là où tout seul on peut s’auto-satisfaire et se contenter. Mais je ne demande pas à mon co-scénariste d’être spécialisé sur le blues ou le Mississipi ! »

Du blues, il en est encore évidemment beaucoup question dans ce nouvel album : « C’est « O’Boys » qui m’a amené au blues. À l’époque où se situe l’action, seule la scène et la musique permettaient d’exister autrement que de devenir ouvrier ou fermier. J’avais envie, dans cet épisode, de faire découvrir l’histoire du blues à travers Memphis, nous révèle Steve Cuzor, et de tous ces gars qui « jouaient sans les doigts », sous l’effet de la drogue. « Vendre son âme au diable » est une expression très connue dans le milieu du blues et a construit des mythes. »

Comparé aux deux précédents tome, « Midnight Crossroad » prend une orientation nettement plus adulte : « On y va à fond ! s’amuse l’auteur. Philippe Thirault était plus dans la douceur, la nostalgie et le souvenir de l’enfance, là où Stephan Colman, m’apporte, avec sa sensibilité et sa connaissance de la BD « belge », une narration différente et un changement de ton qui va me faire progresser graphiquement. »

Petit à petit, l’auteur s’éloigne du roman Mark Twain « Les Aventures d’ Huckleberry Finn », dont il s’était très librement inspiré dans le premier tome : « la suite du récit est plus axée sur les personnages, dont les principaux Huck et Charly. Ce qui m’intéressait depuis le début, c’était de faire se côtoyer un petit blanc, élevé dans le sud des États-Unis, avec un noir ; les deux disposant d’une éducation et de valeurs totalement différentes ».

Dans ce nouvel album, Huck, accompagnée de Suzy, son amie d’enfance récemment retrouvée, repart sur la route après avoir fait le serment de sauver Charly Williams de la pendaison, car, par sa faute, ce dernier est injustement accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis. Pourtant, souligne Steve Cuzor : « Huck et Charly n’ont jamais été amis, même s’ils ne sont pas à l’abri de l’être. Chacun reste en permanence dans ses convictions, mais j’avais envie de placer Huck face à ses contradictions. »

Laurent TURPIN

« O’Boys » T3 (« Midnight Crossroad ») par Steve Cuzor et Stephan Colman

Éditions Dargaud (13,99 €) – ISBN : 978-2205-06504-6

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