Quel beau récit en bande dessinée que ces bouleversantes « Mémoires d’un garçon agité » : l’histoire d’un gamin émotionnable d’une dizaine d’années qui a décidé d’arrêter de grandir et de se raconter, à l’aide de la vieille machine à écrire familiale. Ce refuge dans l’écriture est le seul moyen qu’il a trouvé pour essayer de stopper le temps : pour oublier le fait de se sentir responsable, ainsi que la douleur subie devant l’anéantissement de ce qui était jusque-là sa vie. Le sensible dessin à la Sempé de Valérie Vernay et cet attachant personnage qui retrace des anecdotes de sa courte existence pourraient nous faire penser au Petit Nicolas, mais le propos du scénariste Vincent Zabus — par ailleurs poète et dramaturge — est tout autre : l’humour n’est là que pour dissimuler la gravité du sujet.
Lire la suite...« Martha Jane Cannary » T3 (« Les Dernières années 1877-1903 ») par Matthieu Blanchin et Christian Perrissin
Il a fallu un peu plus de quatre ans au scénariste Christian Perrissin et au dessinateur Mathieu Blanchin pour publier, en trois volumes, cette biographie décalée en bandes dessinées : et le résultat est magistral !
Ce dernier volet débute alors que cette femme hors du commun et célébrité de l’Ouest américain qu’était Martha Jane Cannary alias Calamity Jane, se retrouve au chômage, à l’instar de tous les cavaliers du Pony Express de l’époque. Elle reprend alors la route et sa vie de semi-vagabonde racontant ses exploits à qui veut l’entendre, noyant bien souvent ses problèmes dans l’alcool : sa personnalité et son caractère entier et complexe déroutant, la plupart du temps, les nombreuses personnes qu’elle va rencontrer pendant les dernières années de sa vie. Cependant, la légende est en train de se construire, faisant le bonheur de brochures populaires alors que cette femme insoumise, libre envers et contre tout, va mourir dans une maison de retraite, très seule et quasi aveugle, à l’âge de cinquante et un ans.
Pour raconter cette « véritable » vie, les auteurs se sont basés sur la maigre documentation à leur disposition (les lettres écrites à sa fille et les archives de l’époque), même si deux nouveaux ouvrages biographiques récemment parus aux USA sont venus étayer leur récit. Quoi qu’il en soit, ils ont parfaitement su reconstituer cet Ouest froid et boueux où vivait Calamity Jane : une ambiance crasseuse qui est plus près de celle du feuilleton « Deadwood » que de celle des westerns cinématographiques hollywoodiens aux belles couleurs du cinémascope…
Le destin de cette femme qui ne voulait pas vivre selon la loi des hommes, n’étant nulle part à sa place (au sens où ni son milieu, ni son sexe, ni sa famille ne lui correspondaient – dixit David B. dans la préface du premier opus), est donc impeccablement mis ici en cases ; le récit, drôle et tendre à la fois, étant formidablement mis en valeur par une narration limpide et un dessin intimiste et énergique à la fois : vous avez dit chef-d’œuvre ? Oui, j’ai bien dit chef-d’œuvre !!!
Gilles RATIER
« Martha Jane Cannary » T3 (« Les Dernières années 1877-1903 ») par Matthieu Blanchin et Christian Perrissin
Éditions Futuropolis (22,50 €) – ISBN : 978-2-7548-0366-3










