« Congo-Océan » par Loïc Malnati et Olivier Marro

Les chantiers de construction ferroviaire, au XIXème ou au début du XXème siècle, dans les colonies quelles qu’elles fussent, ont toujours donné lieu à des exploitations éhontées de la main d’œuvre locale allant jusqu’au total mépris de la vie humaine. C’est ce que rappelle « Congo-Océan » qui évoque la construction d’un chemin de fer allant de Brazzaville à Pointe-Noire dont Albert Londres, dans « Terre d’ébène », en 1929, révéla l’horreur. Mais l’album de Malnati et Marro ne s’arrête pas là…

Les auteurs ont en effet greffé sur ce contexte historique une intrigue sentimentale qui met en relief les comportements des patrons de société locales, ici les plantations Tréchault et les mines de diamants Robbes, et les accords familiaux passant, comme « au bon vieux temps », par des mariages arrangés. On est en 1934, au Bas-Congo, en Afrique Équatoriale Française. Lisa, la fille unique des Tréchault, s’intéresse aux calaos. Pas n’importe lesquels, les calaos à huppe blanche. Alors qu’elle trouve « magique » de pouvoir photographier cette espèce rare, ses accompagnateurs préfèrent jouer, fusil en main, au safari. Lisa est naïve, qui plus est enceinte et promise à Walter, le fils Robbes, un salaud comme tant d’autres dans cette histoire. Heureusement, l’amour pour une autre espèce rare, Paul Roncil, un musicien photographe et rêveur, va lui ouvrir les yeux… Alors que les familles se félicitent de la toute proche inauguration du Congo-Océan qui va permettre de multiplier les bénéfices (sous couvert d’éduquer les Noirs, tant « le nègre redoute le travail »), le drame amoureux pointe son nez.

Parallèlement, on apprend que ces potentats colonialistes apprécient particulièrement la faune africaine pour des safaris, d’une part mais en vue également d’attraper des animaux pour les zoos européens. Dès le premier convoi ferroviaire, fauves, coton, huile de palme… vont pouvoir rejoindre le port de Pointe-Noire. C’est ça le sens des affaires ! Le problème, c’est ce musicien romantique, doux, mais entêté, qui pousse la fille Tréchault à la faute ! Paul a même écrit la légende du calao blanc, un joli texte qui a de quoi faire tourner la tête de la riche héritière car, en plus de la portée morale de la légende, Paul à Lisa explique combien les calaos placent l’amour au-dessus de tout…

On pourrait croire, de fait, que le chantier esclavagiste du chemin de fer passe au second plan. Il n’en est rien, une trame secondaire se tisse au fil du récit  et ramène le lecteur à cette dimension essentielle du projet des auteurs. À noter que Loïc Malnati, dont on connaissait le sens de la couleur et des effets de matières, a opté, là, pour un dessin beaucoup plus simple  (contours et aplats) qui servent efficacement le récit, comme il l’avait fait d’ailleurs sur le tome 8 de « Destins » par Philippe Bonifay et Frank Giroud.

Alors, bon voyage !

Didier QUELLA-GUYOT  ([L@BD->http://www.labd.cndp.fr/] et sur Facebook).

« Congo-Océan » par Loïc Malnati et Olivier Marro

Éditions Glénat (19,50 €) – ISBN : 978-2-7234-8694-1

NB : Les photos prises par Albert Londres en 1928 n’ont été retrouvées que tardivement et éditées en 1998 dans l’ouvrage « Putain d’Afrique ! » (puis en poche, en 2009), chez Arléa. Voir aussi sur les conditions de travail forcé, l’interview suivante : http://www.afrik.com/article10151.html

À propos de voyage et de photos, signalons « Capitale : Vientiane » par Guez, Pichelin et Troub’s. Marc Pichelin écrit, écoute, enregistre tandis que le dessinateur Troub’s croque des scènes quotidiennes, ce que fera également le photographe Kristof Guez. Au total, un petit livre atypique, « d’ambiance et de sensations », destiné évidemment à tous ceux qui s’intéressent au Laos.

Coproduction Ouïe/Dire – Les Requins marteaux (24 €) – ISBN : 978-2-84961-117-3

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