La Boite à dessins d’André Juillard

Après Enki Bilal et François Schuiten, c’est au tour d’André Juillard d’avoir les honneurs de la Biennale du 9ème Art de Cherbourg-Octeville, qui propose jusqu’au 1er octobre, une plongée dans l’univers du dessinateur des 7 vies de l’épervier avec, en avant-première, l’intégralité des planches de « Le Long Voyage de Léna », à paraître à la rentrée, toutes commentées par des écrits de Pierre Christin, le scénariste de l’album.

 


Découvrez les photos de l’exposition prises le jour de son inauguration en cliquant sur l’appareil photo en haut à droite.


 


Le musée d’art Thomas Henry de Cherbourg possède une importante collection de peintre du XIXème siècle ayant eu recours à la gravure pour diffuser leur travail, comme le célèbre artiste de la Hague, Jean-François Milliet, dont le musée possède la deuxième collection française d’œuvres, peintures, dessins ou gravures, après le musée d’Orsay. La filiation s’établit donc naturellement entre le cabinet des estampes du musée et le travail d’édition. Cette filiation, défendue par la ville d’Octeville-Cherbourd, s’illustre à travers la programmation de l’artothèque de Cherbourg-Octeville dont un des temps forts est la biennale du 9ème art, présentée au musée et conçue par les responsables de l’artothèque, Véronique Liévin et Dominique Paysant, en collaboration avec le galeriste parisien et concepteur d’expositions internationales, éditeur à ses heures, Christian Desbois.


 


Après Enki Bilal, en 2002, et François Schuiten, il y a deux ans, André Juillard a été invité à présenter une partie de son œuvre. Visitant l’exposition consacré au dessinateur des Cités obscures en 2004, l’auteur du Cahier bleu avait immédiatement donné son accord : « Vu la qualité de cette exposition, j’étais totalement confiant sur la façon dont ce projet allait être mené, nous explique-t-il » En ce 5 juin, date du vernissage, André Juillard, qui découvre en même temps que nous ses œuvres dans ce contexte scénographié, semble très ému : « C’est vrai, je suis très heureux, déclare-t-il. J’éprouve toujours une vive émotion à voir mes dessins exposés.» On le comprend : visiblement les concepteurs de cette biennale ont cherché à comprendre l’œuvre artistique de l’auteur et la nature intime de l’homme. Les 400 pièces exposées font ressortir l’élégance, la minutie et la discrétion en s’appuyant sur le choix esthétique du regard et de l’émotion, sans légende.


Après quelques variations autour la belle Ariane, personnage principal des 7 vies de l’épervier, le visiteur se plonge dans les études et croquis de l’auteur, fourmillant des détails et de recherches expressives. Une galerie de portraits, quelques nus et de nombreux paysages/décors, de Paris ou d’ailleurs, jalonnent cette flânerie, qui débouche sur la reprise de Blake et Mortimer. En exclusivité, de magnifiques originaux ayant servi à l’impression de sérigraphies aux éditions Archives Internationales, sont présentés. La dernière salle, exposition dans l’exposition, complète un parcours d’une richesse et d’une intensité rare : « Le long voyage de Léna », album à paraître aux éditions Dargaud en septembre est présenté, dans son intégralité, planche après planche. Une subtilité toutefois : les dialogues définitifs n’apparaissent pas, les bulles restent vierges. C’est un texte scénaristique original, écrit par le scénariste de l’album, Pierre Christin, qui accompagne et met en situation chacune des planches. Ce qui réjouit les deux auteurs : « On voit véritablement la juxtaposition du dessin à l’histoire, souligne André Juillard. Présenter les planches terminées, on arrive à du « Christard » ou du « Juillin », s’amuse-t-il. Ce procédé fait exister le scénario.» Et Pierre Christin d’ajouter : « J’ai vu s’intégrer la dimension culturelle de la bande dessinée, par des festivals comme celui d’Angoulême notamment, mais cette démarche liée au scénariste est totalement novatrice, je suis presque reconnu comme un artiste ! dit-il en souriant. Réécrire un album d’une manière différente, après l’avoir terminé, est un exercice littéraire tout à fait étrange. Un peu comme un surtitre à l’opéra, l’ensemble possède un charme particulier . »


Pierre Christin associé à André Juillard ! Cela semblait une évidence ! « Le long voyage de Léna » marquera pourtant leur premier travail commun. Mais visiblement pas le dernier, Les deux hommes envisageant déjà une suite à leur collaboration. «  Je me suis très attaché au personnage de Léna, dit André Juillard », « J’ai une idée pour un autre album », ajoute immédiatement Pierre Christin, ravi de cette révélation du dessinateur, comme nous pouvons également l’être quand deux auteurs aussi talentueux s’associent pour offrir le meilleur d’eux même, ce qui est le cas pour cet album qu’ils viendront dédicacer en avant première à la rentrée au musée de Cherbourg. Réservez vos places !


 


Laurent TURPIN


 


Ps 1 : A l’occasion de l’exposition consacrée à André Juillard, les éditions Desbois éditent un carnet de croquis d’André Juillard, intitulé « La Hague » reprenant des interprétations picturales de photos et divers croquis paysagers. Sublime, forcément, l’ouvrage bénéficie d’un petit tirage (1000 exemplaires) et n’est vendu qu’au musée Thomas Henry durant la biennale. Vous savez ce qu’il faut faire pour vous le procurer !


 


Ps 2 : Car il faut le mettre en évidence tellement c’est agréable et rare : l’entrée du musée, et donc de l’exposition, est GRATUITE, une heureuse initiative de la municipalité de Cherbourg que nous saluons comme il se doit (on ne sait jamais, ça pourrait donner des idées ! )


 


La boîte à dessins d’André Juillard – Jusqu’au 1er octobre, Musée Thomas Henry, Centre culturel, du mardi au samedi : 10h00 – 12h00 et 14h00 – 18h00, dimanche et lundi : 14h00 – 18h00. Renseignements au 02 33 23 39 38.


Accès :en voiture par la N13 depuis Caen (1h30), en train Paris Gare St Lazare -  Caen – Cherbourg (3h15)


 


 

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