COMIC BOOK HEBDO n°12 (08/02/2008).

Cette semaine : elle voit des araignées partout !


 


 


Avant de parler de Spider-Man : La Saga du Clone, voici une petite introduction rectificative…


 


STARDUST ERRATUM BIS. Vous connaissez l’histoire du type qui – en voulant attraper une serviette pour éponger le verre de vin qu’il vient de renverser sur la nappe – renverse la bouteille entière sur ladite nappe en faisant un geste maladroit ? C’est un peu ce qui m’est arrivé la semaine dernière en revenant sur la traduction de Stardust de Gaiman et Vess que j’avais oubliée dans ma chronique précédente consacrée à ce petit bijou de mots et d’images… L’homogénéité de cette traduction du début à la fin du livre était pour moi si évidente que la présence de deux traductrices sur l’ouvrage ne pouvait signifier autre chose qu’un travail parallèle et complémentaire, ce qui m’a fait dire que Françoise Effosse-Roche avait assisté Nicole Duclos, son nom venant en deuxième rang au générique. Eh bien non, ce n’est pas le cas puisque chacune a respectivement traduit cinq chapitres des dix qui constituent cette œuvre (eh oui, l’ordre alphabétique ça existe aussi, McKinley : E vient après D). Comme quoi, malgré l’envie de toujours donner le meilleur de soi-même, on peut se planter généreusement au sein de ses certitudes les plus sincères… Je reviens donc ici faire un erratum à mon erratum en vous redisant combien Stardust, avant d’être un film, reste avant tout un roman sublime, sublimissime lorsqu’il est illustré par un Charles Vess, qu’il faut le lire, et que la traduction de Françoise Effosse-Roche et Nicole Duclos est en tous points réussie pour découvrir cette œuvre aussi attachante qu’atypique malgré un contexte des plus traditionnels dans la longue lignée des contes fantastiques. Je sais bien qu’aujourd’hui on peut réécrire l’histoire sans vergogne et que les erreurs passent comme une lettre à la poste sans que grand monde ne s’en émeuve, mais votre aimable chroniqueur entend bien dire quand il se trompe, et compte bien rétablir les faits exacts lorsqu’il le faudra. Et tant pis pour ma réputation internationale : non, je ne suis pas infaillible ! Nicole, Françoise, je vous embrasse bien fort, et merci encore pour ce bon moment de lecture…


 


 


 


-SPIDER-MAN : LA SAGA DU CLONE vol.1 (Panini Comics ; Marvel Omnibus).


 


Désolé, cette semaine je n’ai pu lire que 900 pages pour vous concocter cette chronique, j’espère que vous ne me tiendrez pas trop rigueur de cette paresse inadmissible… Le hic, c’est que ces 900 pages sont issues d’un seul et même ouvrage ! Aaargh ! Et que cet ouvrage ne représente que la moitié de l’œuvre ! Re-aargh !! En lisant La Saga du Clone « première partie » que vous propose aujourd’hui Panini Comics dans leur imposante collection « Omnibus », vous n’aurez pas droit à 1, ni à 2, 10 ou 20, mais à 42 épisodes de Spider-Man, présentés ici en un seul volume ! 42 épisodes tirés de quatre titres consacrés à notre Tisseur de toile préféré qui paraissait à l’époque dans Amazing Spider-Man, Web of Spider-Man, Peter Parker : Spider-Man, et Spectacular Spider-Man. C’était en 1994, et la Saga du Clone, tel un virus, s’étalait implacablement dans tous les titres arachnéens de Marvel. Comme le rappelle l’introduction du présent album, c’était l’époque de la récession des majors et de l’émergence de nouveaux éditeurs comme Image, l’époque aussi des crossovers et de l’incertitude dans les coups d’éclat. Histoire de remettre Spider-Man sous les feux de la rampe, la rédaction de Marvel décida de frapper les esprits avec une saga fleuve (elle dura un peu plus de deux ans, précisément d’octobre 94 à décembre 96 !) reprenant le contexte d’un épisode des seventies où Spider-Man se retrouvait confronté à son clone créé par le Chacal (je crois que c’était dans Amazing Spider-Man #149 daté d’octobre 75).


Il est intéressant de voir à quel point cette saga colle parfaitement à son temps avec cette problématique du clonage. En effet, à l’époque, le sujet devient de plus en plus brûlant, jusqu’à ce 5 juillet 1996 où deux scientifiques écossais réussirent à donner naissance au premier mammifère cloné de l’Histoire : Dolly la jolie brebis. On le sent au fur et à mesure que le récit de la Saga du Clone enfle, la question de l’identité et de la légitimité humaine d’un clone est bien l’une des principales idées abordées dans cette œuvre, se penchant par là même sur des questions épineuses ayant autant à voir avec l’éthique que la morale.


 


Je ne vais même pas essayer de commencer à vous raconter l’histoire de cette saga tant elle contient de retournements de situations, de coups de théâtre, de bouleversements, de fausses pistes et d’imbroglios en tout genre : un micmac de première, les ami(e)s ! Sachez seulement que le Chacal (brrrr) a cloné Spider-Man une fois, deux fois, trois fois, et plus si affinité, et que l’incursion de ces doubles dans la vie de Peter Parker bouleverse complètement son existence, jusqu’à des paroxysmes de situations invivables et dramatiques, d’une grande violence morale et physique. Et sans même parler de ce postulat des clones très angoissant, les auteurs de la saga en ont profité pour en rajouter une couche en parsemant le récit d’événements tragiques liés directement à la vie personnelle de Parker. La mort de Tante May et la grossesse problématique de Mary Jane (rien que ça !) sont évidemment les deux grands événements qui – outre la question première de l’identité du vrai Peter Parker – percent à travers ces centaines de pages complexes, des événements qui resteront en suspens pendant un long moment (ma qué ! on youe avec nos nerfs !).


 


Même s’il règne une cohérence dans l’ensemble de la saga, il faut avouer que les différents épisodes qui la constituent sont assez inégaux en intérêt et en contenu, changeant de ton selon les scénaristes (certains sont plus ou moins optimistes ou pessimistes et apportent des directions complémentaires au récit, comme des variations sur un même thème). Il faut dire que sur deux ans, de nombreux collaborateurs – que ce soit pour l’écriture ou les dessins – ont participé à l’aventure du Clone.


Par ordre d’apparition, pour le scénario : Terry Kavanagh, J.M. De Matteis, Howard Mackie, Tom De Falco et Todd De Zago.


Par ordre d’apparition itou, pour les dessins : Steven Butler, Mark Bagley, Tom Lyle, Liam Sharp, Sal Buscema, Bill Sienkiewicz, Tom Grummett, John Romita Jr, Roy Burdine, Ron Lim et Robert Brown.


Et tout ça rien que pour ce premier volume ! Butler, Bagley, Burdine, Lim et Brown y font leur travail correctement, mais leurs dessins sont loin d’être extraordinaires, un peu académiques et maladroits (eh oui, même Ron Lim semble avoir dessiné bien vite, à moins que ce soit le fait de son encreur, Al Milgrom). Par contre, de nombreuses bonnes surprises sont au rendez-vous. Tom Lyle nous offre des dessins ciselés avec talent, et son sens de la précision donne lieu à de très belles images dans un style parfois « byrnéen » très agréable. Liam Sharp et ses dessins très finement exécutés et bien encrés sont du meilleur effet et apportent une nuance esthétique bienvenue au sein de ce patchwork d’images intéressantes. Pareillement, Tom Grummett (mais dans une optique plus traditionnelle nous renvoyant à certaines images mythiques du Silver Age) fait un court mais talentueux passage sur la saga. Il y a aussi Romita Jr qui se paye la coquetterie d’être encré par son génie de père : avouez que ça vaut le coup d’œil (les cinq premières pages de l’épisode où débute leur collaboration sont absolument magnifiques !!!). Enfin, je finis par le meilleur – ou plutôt les meilleurs – avec Sal Buscema et Bill Sienkiewicz. Buscema, d’abord seul pour un épisode, est par la suite encré par Bill Sienkiewicz, ce dernier happant de plus en plus les dessins de Buscema jusqu’à les transcender totalement (d’ailleurs, il semblerait que Buscema ait fini par ne plus faire que des esquisses, laissant Sienkiewicz crever l’écran par son style furieux, ses traits sombres et son encrage sauvage et beau comme la griffure d’une ombre portée par convulsions successives). Est-ce parce que son scénario est porté par Sal Buscema et Bill Sienkiewicz, deux artistes souvent sombres dans leur esthétique, que Tom De Falco semble être celui qui nous propose des visions parmi les plus ténébreuses de la saga ?  Ou bien est-ce un effet d’optique si puissant qu’il en transfigurerait le récit ? En tout cas, ce duo de dessinateurs géniaux signe les épisodes les plus remarquables de ces pages au niveau esthétique et graphique, créant des merveilles vénéneuses absolument fantastiques. Avec eux, Spider-Man atteint les ténèbres qu’a insufflées Miller à Batman.


 


Et tant qu’on parle de Batman, vous ne trouvez pas (surtout sous le pinceau de Sienkiewicz et Buscema) que dans la Saga du Clone le Chacal ressemble à bien des égards au Joker ? Physiquement, moralement, chromatiquement, ce vilain (très très très vilain, ça oui !!!) se rapproche beaucoup de l’ennemi historique de Batman, avec sa trogne effilée et ses rictus faciaux monstrueux, ses cheveux verts et sa perversion totale (hou c’qu’il est pervers, et manipulateur, et cruel, et… houloulou c’est trop horrible !). La Saga du Clone est d’ailleurs traversée par de belles figures sombres, comme si l’effet Spawn rôdait alentour… Ainsi le personnage de Kaine, ombre se profilant constamment dans le sillage de Peter Parker, hante puissamment l’œuvre dans son entier, occasionnant des images et des scènes toujours fortes et/ou troublantes. En fait, rarement l’univers de Spider-Man avait jusque-là traité avec autant de noirceur. Cette fameuse saga a même fait couler beaucoup d’encre à l’époque à cause d’événements jugés par certains fans comme « too much ». Outre le jeu des va-et-vient assez nombreux sur l’identité réelle de Parker, beaucoup de fans n’ont par exemple pas supporté qu’on clone Gwen Stacy (il y a des choses sacrées auxquelles on ne touche pas !). Je ne reviendrai pas sur les polémiques qu’a engendrées cette saga, le principal étant d’en retenir l’importance qu’elle a eue dans les années 90 pour l’évolution de Marvel face à ces temps alors incertains.


 


L’album est relativement cher (65€), mais avec un tel pavé en mains vous en aurez pour votre argent, car au-delà des 900 pages de lecture vous posséderez une œuvre qui a réellement marqué son temps et qui figure parmi les grandes épopées de l’histoire contemporaine de Marvel.


 


 


 


Cecil McKinley.


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