COMIC BOOK HEBDO n°9 (18/01/2008).

Cette semaine, passons du linoleum au cosmos avec « American Splendor » et « Paradise X »

 


 


Effectivement, nous explorerons aujourd’hui les affres du quotidien le plus terre-à-terre tout autant que le gigantisme de l’épopée cosmique à travers deux comic books, deux univers diamétralement opposés, deux visages d’un art riche et protéiforme. Mais avant cela, jetons un petit coup d’œil sur ce qui vous attend dans une semaine…


 


La semaine prochaine, à l’occasion du 35e Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, « Comic Book Hebdo » sera exceptionnellement en ligne dimanche au lieu de vendredi afin de vous offrir un reportage tout beau tout chaud sur la présence du comic book à ce festival. J’essayerai de poser les bonnes questions et de prendre de belles photos.


En attendant, je vous annonce ici et maintenant quels seront les auteurs de comic books invités à Angoulême et présents au stand Panini Comics :


-          Chris Claremont (non, vous ne rêvez pas, Mr X-Men sera bien là, vous saurez pourquoi à la fin de cette liste !)


-          Gabriele Dell’Otto, le fabuleux artiste italien qui fait de Marvel un haut lieu de la peinture (je chroniquerai bientôt Secret War, sorti récemment chez Panini dans la collection Marvel Deluxe).


-          Riccardo Burchielli (DMZ).


-          Niko Henrichon (le talentueux dessinateur de Pride of Baghdad).


-          Adi Granov, dessinateur d’Iron Man et designer de ce personnage pour le film qui lui est consacré (réalisé par Jon Favreau, sortie le 30 avril 2008).


-          Hyeon-Sook Lee (Rower of Evil).


-          Philippe Briones, un artiste français qui dédicacera son album White Tiger scénarisé par Chris Claremont.


 


 


 


-AMERICAN SPLENDOR : UN JOUR COMME LES AUTRES (Panini Comics ; Vertigo Graphic Novel).


Le American Splendor d’Harvey Pekar est un véritable petit phénomène qui – de livre en film – acquiert maintenant une certaine notoriété de ce côté-ci de l’Atlantique. Un peu comme Woody Allen ou Bukowski (dans des genres très différents) ont offert au public européen une vision de l’Amérique se dégageant des grands mythes pour accéder à une réalité bien plus tangible, parfois cocasse, parfois consternante. De là à ce qu’on fasse d’Harvey Pekar une star du comic book intellectuel contemporain il n’y a qu’un pas. Pourtant, si la France a découvert Pekar avec le film American Splendor de Shari Springer Berman et Robert Pulcini en 2003, ce scénariste de comics atypique symbolise une certaine contre-culture américaine depuis plus de vingt ans…


 


Cela fait du bien, de lire un comic où il n’est pas question de sauver le monde des griffes d’une horde de mutants pathogènes mais bien de déboucher les chiottes dans son pavillon de Cleveland. Non pas sur un ton réellement underground (qui pourrait très vite « dater »), mais bien par une analyse finalement assez froide des processus qui pétrissent l’articulation de notre quotidien, dans de petites choses qui en appellent de grandes, dans des névroses touchantes, des combats de l’instant, de longs moments où rien ne se passe, ou encore des coups de sang et des bonheurs passagers. Entre la tragédie du vide et les méandres de la pensée de chaque moment, une épouse un peu spéciale mais qui connaît la BD et une fille adoptive en pleine vie, un scénario à se faire payer et deux chats, Harvey Pekar traverse son existence de page en page, conscient de ses faiblesses mais aussi de ce qui l’anime et le fait se lever chaque matin, nous proposant différentes tranches de sa propre vie, plus ou moins courtes, sur plein de sujets différents, jamais désespérées, mais rarement optimistes avouons-le. Le travail autobiographique de Pekar s’inscrit dans la grande tradition de l’anti-héros intellectuel américain pratiquant l’introspection réaliste, un terrain qui semblait avoir été déserté depuis un bon moment. Cet auteur singulier envisage la morne existence quotidienne comme une aventure incroyable où chaque élément – aussi petit ou banal soit-il – peut déclencher de grandes remises en question. Un peu névrosé, Pekar ? Oui, mais avec humour. Non pas un humour cynique, si prisé de nos intellos maison du moment, mais au contraire plein d’humanité. La force de Pekar est que le constat n’en est pas moins édifiant sous sa plume douce-amère. C’est un artiste de la lucidité et de la simplicité, avant tout.


 


Si vous vous intéressez à Harvey Pekar, vous avez sûrement lu The Quitter, paru en mai dernier chez Panini Comics. The Quitter (Le Dégonflé) revenait sur une période de la vie de Pekar plus ancienne que la série American Splendor, celle où il était un gosse peu volontaire, avançant dans l’adolescence malgré les obstacles qu’il n’arrivait pas à surmonter. Un récit très autobiographique et très intime, illustré par Dean Haspiel (que l’on retrouve dans le présent ouvrage). Et bien sûr vous devez avoir vu le film American Splendor de Berman et Pulcini, un film réjouissant, profond, émouvant et étonnant où le fond et la forme se mettent résolument en abîme, le personnage de Pekar étant joué par lui-même, mais aussi par Paul Giamatti (l’acteur est véritablement bouleversant dans ce rôle), dessiné par Crumb en animation, et apparaissant à travers des images d’archives réelles. Mélange finement mis en scène de la réalité et de la fiction, du cinéma et de la bande dessinée, American Splendor est une petite merveille qui a des faux airs du I Want to Go Home d’Alain Resnais. Je ne me lancerai pas davantage dans l’analyse de ce film qui pourtant le mériterait largement mais qui n’est pas le sujet à proprement parler de cet article. De livres en film, donc, l’univers de Pekar prend une envergure intéressante, envergure entretenue aujourd’hui par la sortie de American Splendor : Un Jour comme les Autres chez Panini Comics. Cet album est un excellent complément à tout ce que vous avez lu ou vu d’Harvey Pekar jusqu’à présent, une pierre de plus dans l’édification de cette odyssée du banal.


 


Composé de multiples petites histoires parcellaires se suffisant à elles-mêmes, l’album nous offre par la même occasion plusieurs identités visuelles du sujet, chaque histoire étant dessinée par un artiste différent (on retrouvera néanmoins certains dessinateurs sur plusieurs récits, exceptions confirmant la règle). En tout, 18 dessinateurs se succèdent, nous offrant leur vision graphique de la vie de Pekar. On retiendra les sublimes dessins de Richard Corben, Leonardo Manco, Chris Weston, Rick Geary, ou Zachary Baldus.


Mais soyons raisonnables et objectifs, n’aimons pas sans perdre tout sens commun, et regardons les choses en face là où bon nombre de critiques et de spécialistes crient au génie dès qu’il paraît quelque chose venant de Pekar avant même de l’avoir lu, comme une coqueluche médiatique entendue dont il n’y aurait rien d’autre à annoncer que son prochain chef-d’œuvre (bah, c’est Harvey Pekar, coco… géniiiiâl !), un auteur à qui on fait les yeux doux par le truchement de l’inconscient collectif éditorial et médiatique. L’album est certes très réussi, mais dans l’ensemble assez inégal. À l’instar d’un Clint Eastwood, une création un peu faiblarde d’un vrai artiste comme Pekar est encore bien au-dessus de soi-disant chefs-d’œuvre d’auteurs incontournables qui ne valent pas bien plus que du pipi de chat (et encore, tout ce que fait un chat est digne d’intérêt, c’est donc un mauvais exemple). Admettons donc que au milieu d’une majorité de récits touchants, profonds, émouvants, intelligents, superbes, drôles – se profilent tout de même des histoires bien plus anecdotiques et, disons-le, sans grand intérêt, parfois même un peu maladroites. Comment ? Qu’ouïe-je ? Je casse l’ambiance ? Je saborde mon propre article si enthousiaste au départ ? Oui, peut-être… Mais vous savez, c’est la vie, dans ce qu’elle a de plus inattendu… Ces moments de joie tranquille qui – par le biais d’un détail anodin – s’étiolent inexorablement malgré notre énergie initiale, nous faisant réfléchir aux différentes manières de nous sortir de cette déception en n’en gardant pas trop de séquelles… et sans pour autant renoncer à cette joie du départ.


Malgré ce dernier et très léger bémol (mais je suis sûr que Pekar lui-même préfèrerait ce genre d’avis sincère plutôt qu’un emballement médiatique sans fondement et travestissant l’essence même de son travail à force de ne plus le voir), malgré cette peccadille, donc, je vous conseille vivement de vous procurer cet album éminemment humain et dont la justesse de ton réveillera en vous des ressentis enfouis qui ne demandent qu’à voir le jour.


Ça va ? Je me suis bien rattrapé ?


 


-PARADISE X vol.5 : PARADIS PERDU (Panini Comics ; 100% Marvel).


Ami(e)s de la trilogie, vous êtes encore là après huit ans? Bravo ! Quel coffre ! En effet, la trilogie de Jim Krueger et Alex Ross connaît un long, long, long cheminement éditorial en France, le premier volume étant paru chez Panini Comics en 2000. Il faut dire que chacun des trois pans de cette trilogie est lui-même constitué de plusieurs numéros, et que l’ensemble de l’œuvre est particulièrement riche et complexe ! La première partie, Earth X, est parue en France en quatre volumes, puis ce fut Universe X, en six volumes, et enfin Paradise X qui comptera également six volumes en tout, et dont vous pourrez lire le dernier tome en fin d’année 2008, le tout dans la très chouette collection 100% Marvel (les ouvrages de la collection 100% sont ce qui se rapproche le plus de ce que connaissent les lecteurs de Trade Paper Books américains).


 


J’avoue que sur les trois cycles, c’est Earth X que je préfère, sûrement à cause des dessins incroyables de John Paul Leon, bruts et fascinants, contrastés à mort par un encrage de toute beauté signé Bill Reinhold (sans oublier la présence de l’impeccable Matt Hollingsworth aux couleurs), mais aussi pour l’histoire, peut-être la plus forte des trois, la plus prégnante car intense et profonde, revisitant des super-héros emblématiques dans ce qu’ils ont de plus intime et essentiel (on se souvient de cette scène hallucinante où Logan et Jean Grey, ventripotents, aigris, fatigués, tous bigoudis et tee-shirt ringard dehors, se chamaillent en vieux couple à cause d’une bière qu’on n’amène pas devant la télé : on est descendu bien bas !). De plus, ce monde futur où toute l’humanité devient mutante et où les super-héros que nous connaissons sont soit morts soit vieillissants et rangés des voitures, est une idée diaboliquement excitante…


Les dessinateurs qui se sont succédés après Leon et Reinhold, malgré un talent évident, n’ont pas réussi à insuffler autant de puissance dans leurs créations que ce duo redoutablement efficace. Mais cela n’enlève en rien l’intérêt de la série ! Car Jim Krueger nous offre un univers futuriste passionnant et courageux qui ne manque pas de nous souffler par l’intelligence et la liberté de son propos ; rarement anticipation aura été si inventive en creusant la mythologie connue dans ses moindres retranchements.


 


Bien sûr, outre Krueger, c’est bien Alex Ross (qui signe toutes les couvertures de la trilogie) qui est à la base du projet, puisque c’est lui qui – en 1997 à la demande du magazine Wizard – se lança dans des dessins représentant des super-héros avec trente ans de plus dans les pattes. De ce simple et sympathique exercice de style va finalement ressortir une œuvre immense et importante où la vision du futur de l’univers Marvel, au sein d’une société décadente et en pleine mutation, va prendre une nouvelle dimension. On se souvient qu’Alex Ross avait déjà travaillé en ce sens dans Kingdom Come où cette fois c’était l’univers DC qui était extrapolé dans une vision futuriste peu reluisante.


 


Mais revenons à l’album d’aujourd’hui, sinon nous n’en sortirons jamais…! Il va pourtant être difficile de vous parler du contenu des épisodes de ce tome 5 tant il contient de révélations et d’événements tout à fait extraordinaires : je serai bien mufle de vous en dévoiler les ficelles ! Un album où l’ombre de Méphisto plane sur les différents récits. Sachez simplement que l’ouvrage s’ouvre sur deux épisodes ébouriffants où l’on revient sur les origines d’Odin (rien que ça !). Ça décoiffe, ça prend aux tripes, c’est tout Asgard qui tremble devant les révélations faites ! Et comme vous le constaterez, Thor n’est pas du tout du tout du tout mais alors pas du tout content ! Décidément, Krueger et Ross ont un talent particulier pour bouleverser l’univers auquel nous sommes habitués ! Paradise X : Ragnarok est une histoire en deux parties qui vous laissera sur le c… j’en suis sûr. Puis vous pourrez lire les épisodes 9 et 10 de Paradise X, riches en événements dramatiques puisque le temps presse pour sauver l’univers d’un déséquilibre majeur. Le « paradis » ne cesse d’enfler, mettant à mal la Zone Négative et les préceptes de frontières entre la vie et la mort. Le paradis, oui, mais à quel prix ? Mar-Vell est-il vraiment conscient de ce qu’implique son engagement en faveur des héros défunts ? De profondes secousses universelles risquent d’engendrer un chaos sans précédent, sous les yeux d’X-51 qui continue de tout enregistrer… Nous croisons dans ces deux épisodes une pléiade de super-héros et des méchants vraiment très méchants, renforçant l’idée d’une saga se déployant à grande échelle. Mais chhhht, je ne vous en dirai pas plus… jusqu’au prochain et dernier tome ! Patience !


 


 


 


Cecil McKinley.


 

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