PLUS DE LECTURES DU 23 OCTOBRE 2006

Cette semaine, notre sélection est axée sur l’aventure : “ Les exploits de Poison Ivy T.1 : Fleur de bayou ” par Philippe Berthet et Yann, “ Le maître de Ballantrae T.1 ” par Hippolyte, “ Comme tout le monde T.1 ” par Rudy Spiessert, Denis Lapière et Pierre-Paul Renders, “ Dix de der ” par Didier Comès et “ Battaglia : une monographie ” par Michel Jans, et al.

Cliquez sur l’appareil photo pour découvrir les couvertures des albums chroniqués.


Les exploits de Poison Ivy T.1 : Fleur de bayou ” par Philippe Berthet et Yann


Editions Dargaud (9,80 Euros)


Poison Ivy, c’est l’héroïne des petits strips décalés qui ponctuaient la première trilogie de la série “Pin-Up”, par les mêmes auteurs : hommage au “Male Call” du dessinateur américain Milton Caniff, lequel avait d’ailleurs un rôle dans ce passionnant récit de guerre et d’espionnage, à l’humour placé au Nème degré ! Après l’échec de “Yoni”, leur BD de science-fiction parue chez Dupuis, Yann et Philippe Berthet mettent en scène la jeunesse de cette agent secret féminine et patriotique : et l’ironie habituelle du scénariste, soutenue par le trait efficace du dessinateur (moins réaliste ici que sur ces précédents travaux), fait mouche, une fois de plus ! À la fin des années 1930, alors que toute l’Europe tremble sous la botte nazie, l’Amérique se prépare à rentrer dans le conflit de la 2ème guerre mondiale. Pendant ce temps-là, en Louisiane, la mignonne môme des bayous, qu’est Swampy, mène une vie tranquille et insouciante. Pourtant, la jeune adolescente va être empoisonnée par des espions japonais et les redoutables baies ingurgitées vont lui conférer un physique féminin plus « avantageux » et le pouvoir de tuer en embrassant. C’est ainsi qu’elle va être recrutée par les services secrets des W.O.W. (Women on War). Truffée d’habiles clins d’œil bédéesques, de dialogues rigolards et d’aventures rocambolesques, la légèreté de la mise en scène fonctionne parfaitement, alors que les méchants Allemands et les perfides Japonais continuent à en prendre plein la gueule !


 


Le maître de Ballantrae T.1 ” par Hippolyte


Editions Denoël Graphic (15 Euros)


Hippolyte s’était déjà fait remarquer avec sa version du “Dracula de Bram Stocker (en 2 volumes dans la collection “Carrément BD” de chez Glénat) ; mais avec cette autre mise en BD d’un roman de R.L. Stevenson (l’auteur de “L’île au trésor”), où il change radicalement de registre en s’attaquant à la couleur directe, son talent graphique explose carrément. Cette suite de superbes aquarelles est un régal pour les yeux et nous ne pouvons que conseiller cette excellente adaptation d’une épopée historique et maritime prévue en 2 volumes : même si nous aurions préféré une narration un peu plus limpide, moins “littéraire”. Dans l’Ecosse de 1745, le prince Jacques-Edouard Stuart prend les rennes d’une rébellion visant à chasser le Roi Georges. Le vieux Lord Durnisdeer se trouve alors face à un dilemme, hésitant à prendre parti de manière exclusive pour l’un des deux camps car il risque de tout perdre. Il décide alors de jouer sur les deux tableaux : son fils aîné, surnommé “Le maître de Ballantrae”, restant au château familial pour conserver les faveurs de la tête couronnée, alors que son frère part rejoindre les rebelles… Nos félicitations vont aussi aux éditions Denoël Graphic, lesquelles nous pésentent un  livre somptueux avec une couverture et un papier de belles qualités qui rendent hommage au travail de l’artiste !


 


Comme tout le monde T.1 ” par Rudy Spiessert, Denis Lapière et Pierre-Paul Renders


Editions Dupuis (9,80 Euros)


Semaine après semaine, Jalil est le perpétuel gagnant du célèbre jeu “Comme tout le monde”, basé sur les résultats des questions posées à ses concitoyens. Comme dans l’excellent “Kern” de Pierre-Yves Gabrion (chez Soleil), le héros de cette nouvelle série de la collection “Expresso” possède, sans le savoir,  le don d’avoir toujours l’avis de la majorité : ce qui le rend très intéressant pour un directeur d’une boîte de marketing, que ce soit dans la mode, l’alimentaire, ou même dans la politique. Une société de sondages d’opinion va donc faire infiltrer la vie de Jalil en demandant à une jolie comédienne, qui a du mal à vivre de son art, de lui tomber dans les bras… Là où Gabrion proposait un passionnant thriller fantastique, Pierre-Paul Renders, efficacement secondé par le talentueux Denis Lapière, écrit une comédie cynique et jubilatoire sur notre société de consommation. Le dessin stylisé “nouvelle BD”, donc dans l’air du temps, de Rudy Spiessert (lequel a donc délaissé son complice habituel, Hervé Bourhis, et pourtant “Le Stéréo Club”, c’était aussi vachement bien !) colle parfaitement au propos actuel de cette prenante (et surprenante) BD. Sachez enfin que cette dernière a également connu une version cinématographique récente, interprétée par Chantal Lauby et Thierry Lhermitte, entre autres.


 


Dix de der ” par Didier Comès


Editions Casterman (12,95 Euros)


Nous sommes en décembre 1944, dans le froid des Ardennes belges enneigées. Les Alliés, forts de quelques récentes victoires, tentent de repousser l’ultime assaut de grande envergure des armées Hitlériennes. Des troupes américaines au repos, mal équipées, sont rappelées en urgence et, parmi eux, se trouve un gamin sans expérience de la guerre. Ses compagnons d’infortune, plus expérimentés, l’installent dans un trou d’obus sous une croix, pour lui éviter de tomber sous les balles ennemies. Dès la nuit tombée, le jeune homme fait la connaissance de trois fantômes : deux soldats français et allemands, tués au même endroit pendant la première guerre mondiale, et un instituteur mort d’une cirrhose dans l’entre-deux-guerres, lesquels occupent leur éternité à jouer à la belote : mais ce jeu de cartes serait beaucoup plus intéressant à quatre ! Maîtrisant le noir et blanc de façon toujours aussi exceptionnelle, l’immense auteur de “Silence” nous entraîne dans une rêverie macabre, proche de ces pièces de théâtre qui révèlent plus de la farce caustique que du vaudeville. Cet univers onirique et absurde, commenté régulièrement par deux corbeaux ironiques et insolents, rappellent certaines scènes de songes réalisées par Hugo Pratt : et c’est là que l’on voit l’importance de l’œuvre du créateur de “Corto Maltese” sur les récits toujours étonnants et touchants du Belge Didier Comès. Dans un contexte historique dramatique (et dans une région que connaît bien l’auteur), ce huis clos empreint pourtant d’une certaine légèreté, nous fait réfléchir sur l’existence de Dieu et nous rappelle, comme le font aussi les BD de Pratt (“Les scorpions du désert”, “Ernie Pike” etc.) que la guerre, c’est toujours l’horreur !


 


Battaglia : une monographie ” par Michel Jans, et al.


Editions Mosquito (13 Euros)


Les éditions Mosquito s’efforcent de mieux faire connaître les grands maîtres de la BD transalpine, en proposant nombre de rééditions ou d’œuvres inédites des deux côtés de la frontière, et réalisent aussi d’incontournables monographies, indispensables à tout véritable amateur de BD digne de ce nom. Avec “Battaglia : une monographie”, ils font d’une pierre deux coups, rendant hommage à l’un de ces génies graphiques italiens trop méconnu chez nous : peut-être parce qu’il n’a jamais eu de héros récurrents, à l’exception des courtes enquêtes de “L’inspecteur Coke”, son ultime travail pour le 9ème art. Ce beau livre de plus de 100 pages, au travers d’interviews, de témoignages (dont celui d’Hugo Pratt), d’une bibliographie détaillée, d’études et d’une foule d’illustrations flamboyantes, retrace le remarquable parcours artistique de cet homme qui fit partie d’une génération qui transforma radicalement la BD des années 1970. Pour les amateurs, signalons qu’une exceptionnelle exposition rétrospective lui sera consacrée au festival “Quai des Bulles” de Saint Malo, du 3 au 5 novembre, avec plus de 250 originaux.


Gilles RATIER


 

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