PLUS DE LECTURES DE BD DU 22 MAI 2006

Et encore 5 albums de bandes dessinées à lire absolument : “ Les petits ruisseaux” par Pascal Rabaté, “ Chelsea in Love ” par David Chelsea, “ Papy Plouf ” par Martin Veyron, “ Cuervos T.4 : Requiem ” par Michel Durand et Richard Marazano et “ Gen d’Hiroshima T.8” par Keiji Nakazawa.

 


Cliquez sur l’appareil photo pour découvrir les couvertures des albums chroniqués


Les petits ruisseaux ” par Pascal Rabaté


Editions Futuropolis (15,90 Euros)


Après sa magistrale adaptation du roman russe «Ibicus», Pascal Rabaté revient à ce qui lui a valu ses premiers succès critiques (notamment «Un ver dans le fruit» et «Les pieds dedans») : la chronique villageoise… Sur les plans d’eau d’un village de l’Anjou profond, deux retraités taquinent le poisson. Lors d’une de ces interminables parties de pêche, l’un de ces deux amis va dévoiler son jardin secret à l’autre : sa passion pour la peinture des femmes nues et son penchant pour les rendez-vous galants avec des dames de son âge. Hélas, le jovial pêcheur ne va pas profiter longtemps de cette vie de vieux patachon. Suite à ce décès, et à la faveur d’un concours de circonstances, son compagnon, va, à son tour, retrouver le chemin du sentiment amoureux et du désir sexuel. Avec beaucoup d’humour et de tendresse, l’auteur aborde l’un de nos derniers sujets tabous, sans jamais tomber dans la vulgarité et la paillardise. Outre la finesse de la narration, la saveur des dialogues et l’originalité du sujet, il faut aussi insister sur la vitalité du graphisme de ce petit joyau de simplicité. Délaissant l’ampleur des grandes planches charbonneuses d’«Ibicus», Rabaté multiplie les cases, les personnages et les couleurs apaisantes. Tout en explorant de nouvelles pistes graphiques, il réussit à nous émouvoir avec des dessins du corps humain : corps qu’il ne sublime à aucun moment. Il nous montre simplement la vie telle qu’elle est et nous rappelle, avec une infinie délicatesse, que faire l’amour n’est pas réservé qu’à ceux qui sont jeunes et beaux !


 


Chelsea in Love ” par David Chelsea


Editions Cà et Là (21 Euros)


Collaborateur régulier du New York Times, du Reader’s Digest et du New York Observer, David Chelsea est aussi l’auteur d’un bouquin technique sur la perspective en BD (qui vient d’ailleurs d’être traduit aux éditions Eyrolles) et de deux bandes dessinées autobiographiques : «Welcome to the Zone» et «David Chelsea in Love». C’est ce dernier pavé de 190 pages que nous proposent les éditions Cà et Là, jeune maison qui s’affirme comme la spécialiste actuelle des romans graphiques américains. L’action est située entre deux pôles très différents des USA : Portland, la ville natale de notre dessinateur, qui est une ville tranquille de la Côte Ouest, et New York, ou particulièrement l’East Village, où se retrouve le monde littéraire et artistique de la Big City. Comme dans la plupart des BD autobiographiques américaines, l’auteur s’y montre comme un personnage indécis, faible et égocentrique. L’originalité du récit consiste à retranscrire ses relations amoureuses et sexuelles, sans concessions, dans ce monde des années 1980, où tout le monde couchait avec tout le monde, dans l’ignorance du SIDA. Il s’agit bien sûr d’une des tranches de vie de David Chelsea, lequel a alors 26 ans, mais surtout de Minnie, grande blondasse qui possède un certain charme : c’est avec cette jeune femme incapable de la moindre stabilité qu’il va sortir, jusqu’à ce que Minnie le trompe, le jette, le re-séduise, le re-trompe, le rejette, etc. Plus complexe comme relation : tu meurs ! Grâce à des angles de vue originaux et une narration passionnée, et souvent humoristique, l’illustrateur rend passionnant l’histoire de cette relation vouée à l’échec : rien d’étonnant, alors, que l’ouvrage ait été nommé, outre-Atlantique, pour les prix les plus prestigieux : les Eisner Awards et les Harvey Awards.


 


Papy Plouf ” par Martin Veyron


Editions Albin Michel (13,90 Euros)


Pas de problème, si vous vous aimez les bonnes histoires remarquablement dialoguées et teintées d’un cynisme de bon aloi, cette croisière de rêve, qui va devenir mortelle, est faite pour vous ! Ils sont tous vieux, à la retraite, riches à crever grâce à quelques judicieux placements en bourse, et, en embarquant sur l’«Espoir des mers II», ils vont connaître l’enfer : des morts qui s’accumulent, des pirates qui piquent leurs bijoux de famille, et même un tsunami qui dévaste tout sur son passage ! Y a t-il un commandant dans le paquebot ? Et arrivera-t-il à redresser la barre ? Non, car il a carrément perdu la boussole ! Heureusement, le second complote sec et s’attarde sur quelques représentants du beau sexe, pendant que tous ces croulants font leur trou dans l’eau… Il s’agit certainement de la comédie humaine la plus amusante et la plus optimiste de l’auteur de «L’amour propre…», de «Donc Jean» et de «Bernard Lermite». Son dessin semi-réaliste, de plus en plus fonctionnel, est ici totalement au service de cette histoire débridée, laquelle épingle cruellement nos contemporains, mais témoigne d’une sensibilité à fleur de peau et d’un esprit désespérément drôle !


 


Cuervos T.4 : Requiem ” par Michel Durand et Richard Marazano


Editions Glénat (12,50 Euros)


Joan Mendez, issu des bidonvilles de Medellin en Colombie, était l’un des hommes de main du seigneur de la drogue local. Il va gravir tous les échelons du Cartel à la force de la gâchette et, déterminé à consolider son pouvoir, il finira par acquérir une certaine respectabilité en politique. Aujourd’hui, son épouse aimée vient de mourir d’un cancer et ses enfants ont bien grandi. Sa fille, revenue d’Europe pour les obsèques, retrouve l’amour de son frère qui, lui, ne pense plus qu’à s’amuser. Effondré, l’ambitieux requin maffieux se mue en un vieil ours irascible, atteint de la maladie d’Alzheimer, et les prédateurs se mettent en chasse… Richard Marazano conclu son histoire en grand tragédien : cela en est presque Shakespearien ! Outre le fait d’avoir remarquablement décrit le monde violent de ceux qui n’ont plus rien à espérer, il réussit à nous sensibiliser au destin de ce pauvre gosse des rues qui va se métamorphoser en une personne de plus en plus détestable et imbue d’elle-même. Soutenu par le trait juste et sans complaisance de Michel Durand, voici une excellente BD dont on ne parle pas assez, alors qu’elle vient d’être récompensée par le Prix 2006 de la meilleure BD adaptable au cinéma, à l’occasion du 5ème Forum Cinéma et Littérature de Monaco.


 


Gen d’Hiroshima T.8” par Keiji Nakazawa


Editions Vertige Graphic (18 Euros)


C’est le 8ème volume de ce chef-d’œuvre de la BD japonaise et l’éditeur semble réussir son pari de l’éditer dans son intégralité (il reste encore 2 tomes à venir), alors que le premier opus avait connu, auparavant, deux premières tentatives malheureuses d’une traduction française. L’auteur, Keiji Nakazawa, a traversé les horreurs de la guerre à l’âge de 6 ans. Grandissant, il se réfugia dans la création de mangas de science-fiction jusqu’à la mort de sa mère où les atrocités dues à la bombe se rappelèrent à son souvenir. Il mit alors en chantier son «Gen d’Hiroshima» où il relate son expérience horrible des suites immédiates du bombardement. Il en profite pour montrer son opposition à la propagande de guerre ultranationaliste ainsi que les terribles privations dues à l’occupation américaine. Cet épisode, qui se situe au début de la guerre de Corée, se déroule de juin à octobre 1950. La conscience de notre jeune héros, courageux et débrouillard, se fait plus précise grâce à l’influence d’un professeur pacifiste, alors qu’il n’a que 12 ans. Malgré un dessin un peu caricatural et empesé, la narration privilégie toujours la lisibilité et le processus dramatique permet un éloignement habile de la forme du témoignage, lequel reste toutefois imprégné durablement dans la tête du lecteur ! Un monument !


 


Gilles RATIER


 

Galerie

Les commentaires sont fermés.