Ni Dieu, Ni Maître : Une aventure des Brigades du Tigre

La sortie du film Les Brigades du Tigre, prévue le 12 avril, et que nous avons vu, est précédé par la parution d’un excellent prologue en bande dessinée.

 

 

Bien sur, la personnalité des deux scénaristes du film, Xavier Dorison et Fabien Nury, avait incité le producteur du long métrage à demander aux auteurs de West (Dargaud) une adaptation en bande dessinée, ce qui ne les réjouissait guère. Mais le réalisateur Jérôme Cornuau eut la bonne idée : Puisque les deux auteurs avaient énormément travaillé sur l’histoire réelle des Brigades du Tigre, pourquoi n’élaboreraient-ils pas un album qui se situerait juste avant le film et qui permettraient aux lecteurs de se familiariser avec les personnages ? Séduits par le principe et enthousiaste à travailler avec Jean-Yves Delitte, Dorison & Nury s’attelle donc à un nouveau challenge : celui de restituer l’atmosphère d’un récit et la complexité de personnages, que les spectateurs pourraient apprécier en « live » sur grand écran.

 

 

 

Car dans Les Brigades du Tigre – le film – , si l’esprit de la série éponyme à succès des années 70 reste conservé (musique incluse, évidemment), l’intrigue, sujet à de multiples rebondissements (pouvait-il en être autrement avec ces deux là ?) se voit densifiée et les personnages traités dans des termes plus ambigus et humains qu’à l’origine. Une dimension interrogative « morale » qui renforce un récit politico-policier dynamique et haletant, sur fond de triple alliance (à l’époque, en 1912, la France, la Grande Bretagne et la Russie s’étaient rapprochées pour éviter un retour de l’hégémonie allemande), d’escroquerie aux emprunts russe et d’Anarchie (c’est, rappelez-vous, l’époque de la bande à Bonnot). D’ailleurs, plus que d’anarchie, c’est d’utopie dont il s’agit, puisque s’opposent désormais les désirs des peuples (la révolution russe n’est pas loin) aux manœuvres des grands de ce monde. Revisité avec modernité et efficacité, Les Brigades du Tigre est réalisé avec un sens du mouvement et une proximité dans les situations intimes, la caméra collant alors au plus près des personnages. Ceux-ci sont superbement interprétés par Clovis Cornillac, Edouard Baer (étonnant de sobriété), Olivier Gourmet et la magnifique Diane Kruger qui crève l’écran et prouve que sa beauté reconnue se double d’un évident talent d’actrice, dans un rôle des plus délicats à jouer.

 

 

 

Mais du personnage de Constance, joué par Diane Kruger, seuls les spectateurs pourront profiter, car la belle ne fait qu’une apparition fugace dans la bande dessinée. Cette dernière, plus axée que le film (qui y fait quand même allusion) sur les méthodes de travail scientifique, et donc révolutionnaires pour l’époque, de la fameuse 1ère brigade mobile créée par Clémenceau, montre la rivalité déjà existante entre services de police et introduit le personnage du célèbre Jules Bonnot. Les nombreuses péripéties du scénario et son découpage très cinématographique (de circonstance) sont accompagnés de ce graphisme réaliste fourmillant de détails que sait, pour notre plaisir permanent, nous servir le dessinateur des Coulisses du Pouvoir et des Nouveaux Tsars. 

 

 

 

Laissons finalement la conclusion à Jérôme Cornuau qui, dans la préface de cette « Aventure des Brigades du Tigre » avoue qu’il lui est « maintenant difficile d’imaginer l’un (le film) sans l’autre (l’album) ». On confirme.

 

 

 

Laurent Turpin

 

 

 

Une aventure des Brigades du tigre, de Dorison, Nury & Delitte – Editions Glénat – 12,50€

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