PLUS DE LECTURES DU 12 DECEMBRE 2005

En cette période d’accalmie éditoriale, voici 5 albums qui nous avaient échappés et qui méritent pourtant toute votre attention : “ C’était le bonheur ” par Blutch aux éditions Futuropolis, “ La pluie ” par Eric Lambé et Philippe de Pierpont aux éditions Casterman, “ A l’ombre des coquillages ” par José Roosevelt aux éditions La Boîte à bulles, “ Malet ” par Nicolas Junker aux éditions Treize étrange et “ Le roi des mouches ” par Mezzo et Michel Pirus aux éditions Albin Michel.

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C’était le bonheur ” par Blutch


Editions Futuropolis (19 Euros)


Un couple se défait, un enfant cherche sa place parmi les grands, un chien aboie son amour, une femme danse en se déhanchant…, et Blutch griffonne, esquisse, minimalise son dessin nerveux dans ces saynètes courtes mais intenses. On se rend vite compte, qu’en fait, il nous raconte des émotions cherchant à nous faire partager des moments de bonheur, en deux temps, trois mouvements. Tout est tendresse et ironie douce-amère chez cet adepte du noir et blanc expressionniste qui reste l’un des principaux représentants de cette vague d’auteurs français (Sfar, Trondheim, Guibert, Blain…) qui a su imposer, dès la fin du siècle dernier, leurs bribes d’autobiographies comme de la vraie BD. Ce beau livre prouvant les choix judicieux et iconoclastes du nouveau label Futuropolis est encore là pour nous le prouver…, une fois de plus !


 


La pluie ” par Eric Lambé et Philippe de Pierpont


Editions Casterman (16,75 Euros)


Il pleut… Le narrateur n’en a que faire. Lui, il est avec Maya et tout coule de source : leur histoire d’amour est comme une évidence faite d’une succession de moments qu’il goûte intensément, sans se poser de questions… C’est alors que l’angoisse et les désillusions s’installent…, tranquillement : la chronique paisible toute faite du quotidien devient de plus en plus poignante, jusqu’à la catastrophe finale… Et pendant ce temps-là, la pluie ne cesse de tomber ! Avec un graphisme moderne ne présentant que deux ou trois cases par pages et une narration habile et courageuse, ces deux auteurs Belges, hors normes, s’amusent avec les clichés afin de nous faire réfléchir sur une belle tranche de vie qui nous concerne tous !


 


A l’ombre des coquillages ” par José Roosevelt


Editions La Boîte à bulles (25 Euros)


Même si j’avoue avoir préféré son «Derfal le magnifique» (chez le même éditeur et dans la même collection), il faut bien reconnaître que l’univers résolument non-conformiste du Brésilien (immigré en Suisse) José Roosevelt est particulièrement intéressant. Avec un style qui se promène entre celui de Moebius et celui de Carl Barks (oui, oui, le dessinateur de «Donald» et de «Picsou» !) et qu’il truffe de références à des peintres comme Bosch ou Dali…, cet auteur onirique nous raconte la jeunesse des trois principaux personnages de «La bibliothèque de Juanalberto», dont il n’est pas forcément nécessaire d’avoir lu les précédents tomes. Cet énorme opus de 166 pages (dont certaines sont en couleurs) nous propose une véritable réflexion sur l’art et la création et a été courageusement édité par une petite maison d’édition qui commence, doucement, à trouver ses marques en publiant d’excellents livres : «Dans la secte» d’Alloing et Henri, «Dérives» de Michel-Yves Schmitt et l’intégrale de José Roosevelt !


 


Malet ” par Nicolas Junker


Editions Treize étrange (19 Euros)


Cet ouvrage de 160 pages en noir et blanc a fait partie des sélections du Prix de la BD historique de Blois et du Grand Prix de la Critique 2005 : ce n’est pas pour rien ! L’auteur, déjà responsable d’une première BD chez le même éditeur y explose littéralement, en racontant l’un des nombreux coups d’état contre Napoléon. Il nous donne à lire un récit incroyable, très vivant et remarquablement découpé, qui nous présente un personnage oublié des livres d’Histoire, à l’exception de quelques mentions par de rares spécialistes. Malet fut pourtant l’un des ennemis les plus convaincus de Napoléon 1er et l’un des plus acharnés à sa perte: d’ailleurs, il faillit bien mettre fin à l’Empire. C’est alors qu’il est au secret dans un asile d’aliénés où l’a conduit son activisme forcené que Malet aura l’idée d’un complot d’un genre nouveau. Outre la singularité de l’anecdote (où la théorie du «complot» est particulièrement bien démontée), le lecteur découvrira ici un récit qui s’autorise même quelques constructions narratives et graphiques assez audacieuses.


 


Le roi des mouches ” par Mezzo et Michel Pirus


Editions Albin Michel (13,90 Euros)


Avec son trait à la Charles Burns et son découpage à la Tarantino (en plus déjanté), Mezzo s’acoquine une fois de plus avec son complice Michel Pirus (également excellent dessinateur, par ailleurs) pour dix histoires mettant en scène des jeunes d’aujourd’hui. Ces derniers tentent de diluer leur ennui dans des sorties entre amis, des rêveries enfumées, le sexe ou l’alcool….  Certains personnages récurrents, désenchantés pour la plupart, se croisent au fil des pages, dans une atmosphère très très noire et mystérieuse. Ces douces histoires de paumés nous montrent un quotidien proche du fantastique, à nous faire vraiment frémir….


 

Gilles RATIER

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