PLUS DE LECTURES DU 4 JUILLET 2005

Voici encore cinq albums, parus récemment, que nous vous conseillons : “ Ratafia T.1 : Mon nom est capitaine” par Frédérik Salsédo et Nicolas Pothier aux éditions Milan, “ Monroe ” par Tom Tirabosco et Pierre Wazem aux éditions Casterman, “ Monsieur Jean T.7 : Un certain équilibre ” par Philippe Dupuy et Charles Berberian aux éditions Dupuis, “ L’ombre de l’ours ” par Michel Faure et François Corteggiani aux éditions Theloma et “ L’amour enfin ! ” par Fred Coconut et Yves Barros aux éditions Grafouniages.

 


Ratafia T.1 : Mon nom est capitaine” par Frédérik Salsédo et Nicolas Pothier


Editions Milan (10,50 Euros)


Ils sont nombreux ceux qui attendaient, au tournant, le premier album de Nicolas Pothier, chroniqueur pinailleur dans Bo Doï ; pourtant, ce jeune scénariste lyonnais, féru de jeux vidéo, s’en sort plutôt bien avec cet opus prometteur, bourré de jeux de mots et de gags décalés. Son complice et compatriote dessinateur, dont c’est aussi la première prestation grand public, n’a rien à lui envier avec son graphisme réjouissant et expressif, enrobé de couleurs chaleureuses. Cette série d’humour maritime, avec sa galerie de personnages fantasques, oscille entre la farce moyenâgeuse et le dessin animé loufoque : lors d’une partie de cartes, un navire pirate et tout son équipage changent de main. L’étrange nouveau capitaine est curieusement plus porté sur la lecture et sur les arts que sur la navigation ; il dédaigne, même, pas moins de neuf cartes au trésor qu’il laisse à ces hommes, à condition qu’il reste le seul maître du navire : direction l’aventure, avec un brin de sarcasme… Même si l’époque et les lieux ne sont pas les mêmes, on se croirait presque dans le «Lincoln» des frères Jouvray : cette série doit sortir du même tonneau, et hisse et ho !


 


Monroe ” par Tom Tirabosco et Pierre Wazem


Editions Casterman (12,75 Euros)


La nouvelle vague d’auteurs Suisses (issus, pour la plupart de la revue alternative Bile Noire) confirme, album après album, leur originalité narrative et graphique. Tout comme leur compatriote Frederik Peeters (qui vient de publier le troisième tome de «Lupus», chez Atrabile), Tirabosco et Wazem ont su séduire par leur capacité à réaliser aussi bien la partie dessin que la partie scénario, intervertissant régulièrement les rôles entre eux. Ce curieux album, au rythme lancinant, n’échappe pas au processus et exerce, dès les premières pages, une certaine fascination sur le lecteur, lequel ne peut pas s’empêcher d’aller jusqu’à la dernière page : le dessin perfectionniste et naïf à la fois, les couleurs lumineuses et sombres en même temps ou le scénario aussi frais que chaleureux y sont pour beaucoup ! En 1962, au terme d’une chasse à la baleine, des Esquimaux découvrent, dans les entrailles d’une de leurs proies, une chaussure blanche à talon qui ressemble à celles que porte Marilyn Monre sur une des photos possédées par l’un des chasseurs. L’Inuit décide alors de rendre la chaussure à l’intéressée et entreprend un long voyage à travers la banquise et sur les routes américaines, s’éloignant de plus en plus de la simplicité de la nature pour découvrir les travers de la civilisation : voilà un road-movie qui sort vraiment des sentiers battus !


 


Monsieur Jean T.7 : Un certain équilibre ” par Philippe Dupuy et Charles Berberain


Editions Dupuis (9,50 Euros)


Ce nouvel album des aventures urbaines de Monsieur Jean et de ses copains trentenaires parisiens, «inadaptés du quotidien», propose, une fois n’est pas coutume, des histoires courtes en une ou deux planches. Ceci permet un certain renouvellement à ces auteurs qui travaillent à quatre mains (ils assurent conjointement et indifféremment scénarios et dessins) et qui déclinent, de plus en plus habilement, leurs différents personnages toujours en recherche d’équilibre et de stabilité : finesse,  intelligence et pertinence sont au rendez-vous ! Ces saynètes drôles et légères sont axées sur des situations de vie simple : sur la recherche du bonheur, l’angoisse du quotidien, la déprime du célibat, la vie à deux, l’éducation des enfants… De plus, le graphisme, toujours aussi expressif et ouvert, nous permet d’accéder agréablement aux différentes anecdotes compilées dans cet opus. Enfin, signalons la belle édition sous coffret qui contient un fac-similé du carnet de croquis du célèbre duo bicéphale. Notons, toutefois, que leurs œuvres communes ne les empêchent pas de créer chacun de l’autre côté puisque Philippe Dupuy vient de sortir un livre en solo chez Cornélius («Hanté») et que Charles Berberian poursuit avec aisance ses expériences musicales, avec Jean-Claude Denis ; vous avez l’occasion de l’entendre sur un superbe CD qui vient de sortir chez Nocturne : «The Spell : Nightbuzz» !


 


L’ombre de l’ours ” par Michel Faure et François Corteggiani


Editions Theloma (9,45 Euros)


Dans la Russie sibérienne, le fils d’une reine est amené au plus profond de la taïga sauvage pour y être éliminé. Il est sauvé par un ours gigantesque, lequel le recueille et l’adopte. Devenu homme, le fils de l’Ours assiste à la destruction des siens par une horde noire. En fuyant, il tombe sur une communauté dirigée par une femme ; cette dernière lit dans les esprits : elle lui permettra aussi de découvrir ses propres pouvoirs et ceux transmis par l’ours chaman. Cette étonnante histoire fantastique, à la narration complexe (basée sur des flash-back et des ellipses), revisite, de façon originale et poignante, les vieux contes russes. Cependant, même si le récit est intéressant, ce sont surtout les images éblouissantes de Michel Faure qui frappent le lecteur : chaque case est un véritable tableau. Bravo aux jeunes éditions Theloma pour avoir déniché cette magnifique composition, laquelle se révèle être l’un des meilleurs travaux graphiques de l’auteur de la saga bonapartiste «Les Fils de l’Aigle» ou de la séduisante adaptation de «L’île au trésor» : pour ne citer que deux BD réalisées par ce peintre du 9ème art et également éditées par Theloma.


 


L’amour enfin ! ” par Fred Coconut et Yves Barros


Editions Grafouniages (11 Euros)


Après «L’amour toujours !» et «L’amour encore !», voici «L’amour enfin !», recueil de gags qui clôture cette trilogie hilarante consacrée au sentiment humain le plus compliqué à analyser. C’est avant tout du dessin d’humour, mais quelques pages de vraies BD (avec une vraie narration) ponctuent cet ouvrage publié par la courageuse cabane d’édition Grafouniages (ce qui la différencie des maisons !). Fred Coconut poursuit, depuis des années, son travail d’éditeur indépendant axé sur l’humour… et, d’après les spécialistes, il est bien plus difficile de faire rire que de faire pleurer ! Ici, avec l’aide de Barros pour les idées (lequel est aussi un dessinateur corrosif, participant, entre autres, au Psikopat), il utilise un large panel drolatique, ce qui fait que certains gags obscurs ou lourds pour les uns passeront pour géniaux et inventifs pour les autres et vice-et-versa. On peut, bien entendu, trouver les publications Grafouniages chez tous les bons libraires mais on peut aussi les commander directement sur le site http://grafouniages@free.fr ou retrouver Fred Coconuts et sa bande dans les nombreux salons qu’ils fréquentent assidûment comme Chambéry ou Audincourt, en octobre. D’ailleurs, lors de ce dernier évènement, les 15 et 16, une magnifique (et, nous n’en doutons pas, très drôle) exposition célébrera les 10 ans d’existence de ce sympathique petit label.


 


Gilles RATIER


 


 

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