Colorisation de bd du traditionnel au numérique

La colorisation est devenue une composante artistique essentielle du processus créatif de la bd. Il n’est qu’à écouter les plus grands dessinateurs manifester leur respect et leur reconnaissance pour les coloristes pour s’en convaincre.

 


Le coloriste est ainsi passé en quelques années du statut d’artisan à celui d’artiste à part entière, marquant ainsi une véritable rupture.


            Face à cette évolution lourde de conséquences, Eyrolles ne pouvait rester indifférent, qui s’est imposé en moins de trois ans comme l’éditeur de références en matière de bande dessinée avec sept collections techniques d’une qualité remarquable : Atout carré, Trait pour trait, Les cahier du designer, Le dessin de manga, Dessin Jap’anime, Hors collection et Guides couleurs, où se place ce dernier opus, dû à Stéphane Baril, photomonteur et grand spécialiste de la colorisation assistée par ordinateur, flanqué du dessinateur et coloriste traditionnel Naïts, qui fournit les planches utilisées comme exemples pratiques et collabore à l’ouvrage au même niveau de responsabilité que son confrère. A noter également que les auteurs ont fait appel à Thierry Martens, mémoire vivante des éditions Dupuis, ce qui a contribué à donner de la profondeur historique à un ouvrage qui n’est décidément pas seulement technique.


            Certes, au fil des pages, le lecteur découvrira, avec force exemples (notamment la mise en couleur détaillée d’une planche de Naïts), les options et les étapes de la colorisation d’une bd, avec une large place laissée aux techniques numériques. Mais il y trouvera bien d’autres choses passionnantes.


            Trois grandes parties : d’abord, une mise en perspective historique sur l’évolution des méthodes de coloriage, accompagnée d’un résumé clair des théories de la couleur ; ensuite, de longs développements très pédagogiques, allant de la présentation du logiciel Photoshop dont on découvre au passage la puissance et la souplesse, jusqu’à le remise du travail à un éditeur en fonction des spécificités de la technique employée ; enfin, les témoignages de neuf coloristes qui font part de leur trucs de professionnels et explicitent leurs choix stylistiques.


            Dans leur démarche, les auteurs ont fait preuve de solides qualités : démonstrations et explications limpides, emprise directe avec le milieux des créateurs, progression pas à pas illustrée de manière très précise de captures d’écran faisant apparaître onglets et fenêtre, un sens aigu des enjeux liés à chaque option, doublé d’un profond respect de la liberté créative (bien dans l’esprit de toute la série).


            Très soigné, avec une mise en page de grande qualité et une démarche didactique particulièrement efficace et honnête, cet ouvrage initie le lecteur, comme le futur professionnel, aux secrets d’une technique qui impose, aux côtés du scénariste et du dessinateur, un troisième artiste, de mieux en mieux reconnu depuis la fin des années 1990 et dont le nom figure à présent fréquemment, et de manière totalement méritée, sur les couvertures d’albums. Un ouvrage technique passionnant, qui s’adresse à tous, lecteur et créateurs, et qui devrait figurer dans la bibliothèque de chaque amateur du 9e art.


 


Joël DUBOS


 


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Colorisation de bd du traditionnel au numérique, Barils, Naïts, Eyrolles, 232 p, 36 euros

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