PLUS DE LECTURES DU 9 MAI 2005

Même si dans la masse des nouveautés, peu de BD sortent vraiment du lot, nous réussissons toujours à vous trouver quelques ouvrages indispensables tels que, cette semaine : “ Béret et Casquette ” par Jean-Luc Coudray aux éditions La Boîte à Bulle, “ Ange-Marie ” par Eric Stalner et Aude Ettori aux éditions Dupuis, “ Canardo T.15 : L’affaire belge” par Benoît Sokal aux éditions Casterman,“ Les passe-murailles T.1 : Le dedans des choses ” par Stéphane Oiry et Jean-Luc Cornette aux éditions Les Humanoïdes associés et “ Les Morin-Lourdel T.4 : Mourir pour des idées ” par Lionel Chouin et Raymond Maric aux éditions Glénat.

 


Béret et Casquette ” par Jean-Luc Coudray


Editions La Boîte à Bulle (13,80 Euros)


Avec des dialogues finement drôles, et un graphisme simple et rond, soutenu par un coup de crayon réellement efficace, l’auteur met, sans complaisance, notre société en images : il caricature des Français moyens, plus subtils que l’on pourrait le croire, qui dissertent sur l’air du temps. Même à hautes doses, les prises de positions philosophiques et les échanges verbaux des deux principaux personnages (l’un portant béret, l’autre casquette : d’où le titre de la série), sont totalement thérapeutiques : avec un humour situé entre les «Brèves de comptoir» et «Le Chat» de Geluck, cette BD se démarque aussi par une poésie ambiante fort agréable ! Avec seulement  13,80 euros vous pouvez désormais acquérir un album qui regroupe l’intégralité de ces bandes jubilatoires et pertinentes , préfacé par Pierre Etaix. L’ouvrage vient de paraître chez un petit éditeur à soutenir absolument : La Boîte à Bulles. L’auteur, quant à lui, vient également de faire paraître «Monsieur Mouche T.1», un recueil (publié par Zanpano) de courts textes surréalistes illustrés par Juillard, Götting, Loustal, Killofer, Boucq, Darrow, Cabanes, De Crécy…


 


Ange-Marie ” par Eric Stalner et Aude Ettori


Editions Dupuis (12,95 Euros)


Cette BD raconte l’histoire d’un soldat, engagé volontaire dans l’horrible première guerre mondiale, qui va retrouver le goût à la vie, après sa démobilisation, grâce à un sculpteur… Découvert par trois gamins au détour d’un sous-bois, le jeune homme blond, la tête encore trop pleine des horreurs des tranchées de 14-18, se mure dans un isolement quelquefois troublé par la présence d’un ange gardien fictif. Une jeune fille, qui voit en lui un être merveilleux capable de lui ramener son père disparu à la guerre, tente de l’apprivoiser. Cette dernière le conduit à une étrange demeure où vit un vieil ermite : un artiste reclus dans sa propre folie. Les relations sensibles entre les trois personnages, dont l’un s’humanise à nouveau grâce à l’amour et à l’art, vont être entachées par les souvenirs, le destin et la mort… Cet émouvant récit intimiste et romantique, qui met en exergue les conséquences des guerres, est également une belle performance graphique. Utilisant une superbe couleur directe, avec des verts et des bruns qui illuminent un trait particulièrement fin et maîtrisé, le dessinateur de «La croix de Cazenac», de «Blues 46» et du «Roman de Malemort» se démarque de ces précédentes œuvres réalisées à l’encre de chine et réussi à immerger cette histoire grave dans une douce ambiance, en totale adéquation avec l’optimisme des dernières pages. Cet album nous offre un véritable concentré d’émotion et s’intègre parfaitement dans la toujours étonnante et superbe collection «Aire Libre» !


 


Canardo T.15 : L’affaire belge” par Benoît Sokal


Editions Casterman (9,80 Euros)


Il y avait longtemps que les enquêtes de l’inspecteur Canardo ne nous avaient pas autant emballé. Benoît Sokal (largement secondé pour le dessin par Pascal Regnauld) y fait preuve d’encore plus de cynisme que d’habitude pour décrire un monde qu’il connaît bien : celui de la bande dessinée belge. Parodiant certains passages des «Trois mousquetaires» avec habileté, l’auteur cultive une belgitude caricaturale et place l’action à Saint-Luc, l’école supérieure d’art de Bruxelles. Bollemans, le célèbre dessinateur de «Terry le basset» s’aperçoit que son trait n’est plus aussi sûr et il sent que son temps est révolu. C’est plein d’espoir qu’il envoie son fils unique se former à la capitale afin qu’il suive les cours du professeur Renard : il pourra ainsi prendre la relève et continuer d’animer les aventures de son héros fétiche. Or, peu de temps après avoir intégré l’académie, le jeune homme disparaît. Le père fait alors appel à notre privé dépressif et alcoolique… Ce polar animalier a été créé en 1978, dans les pages des premiers n° de (A Suivre), à une époque où tout une bande de jeunes loups (dont Sokal faisait partie) tentaient de renouveler les poncifs de la BD belge traditionnelle. Le second niveau de lecture est proprement jubilatoire mais n’empêche pas l’enquête de progresser et de captiver le lecteur non initié. Espérons que le créateur de «Canardo», plus enclin, actuellement, à s’enthousiasmer pour les univers graphiques des jeux vidéos, nous prépare d’autres aventures, du même acabit, mettant en scène son canard amateur de bières et de Gitanes !


 


Les passe-murailles T.1 : Le dedans des choses ” par Stéphane Oiry et Jean-Luc Cornette


Editions Les Humanoïdes associés (10 Euros)


Décidément, Jean-Luc Cornette, en tant que scénariste, est fort prolixe ces temps-ci ! Depuis le début de l’année, il est responsable de pas moins de quatre albums (un par mois, pratiquement !) aussi étonnants les uns que les autres. Ils démontrent surtout que son imagination féconde est sans bornes et qu’elle engendre des récits décalés, souvent drôles, pimentés de fantastique et de poésie. Ce recueil de quatre histoires (pré-publiées dans feu la nouvelle version de Métal Hurlant), premier tome d’une série prometteuse, est dans la même lignée : l’auteur y met en scène des chroniques contemporaines de la vie de gens presque ordinaires. Dans chacune de ces histoires légères et cocasses, nous trouvons toujours un personnage, un peu en marge des autres, qui possède un don bien particulier et surnaturel : celui de pouvoir passer à travers les murs (hommage évident au «Passe-muraille» de Marcel Aymé) ! Ceci est fort utile pour sauver des vies, pour observer la femme de ses désirs, pour donner des leçons aux dragueurs de bas étage ou pour échapper à une soirée ennuyeuse. Le tout est très bien mis en images par Stéphane Oiry, au trait brut et élégant agréablement mis en couleurs, lequel n’est pas sans rappeler celui des ténors de la «nouvelle BD».


 


Les Morin-Lourdel T.4 : Mourir pour des idées ” par Lionel Chouin et Raymond Maric


Editions Glénat (8,99 Euros)


Il aura fallu onze ans pour que les lecteurs connaissent enfin la fin du premier cycle de cette passionnante saga familiale, politique et sociale. Les trois premiers tomes ont étés dessinés magistralement par le génial Baron Brumaire mais, ses retards répétés et ses prises de positions compliquées ont vivement malmené ses relations avec son collaborateur. Il faut dire qu’après 50 ans consacrés à la BD populaire, ce scénariste prolifique (qui fut aussi l’un des dessinateur de «Tom et Jerry» et de «Pépito», entre autres) n’était pas habitué à tant de recul et de questionnements sur son «œuvre». Il faut savoir aussi qu’il a travaillé avec des gens comme Marcello, Forton, Fusco ou Frisano qui dessinaient entre 3 et 5 planches par jour, alors que Baron Brumaire a mis neuf ans pour faire trois albums de 46 pages ! Bref, un nouveau dessinateur (déjà vu sur «Les mémoires mortes» avec Denis Bajram et Valérie Mangin, aux Humanos, entre 2000 et 2003) a pris le relais, assimilant tant bien que mal l’héritage graphique de son prédécesseur. Malgré des couleurs trop violentes, un lettrage peu assuré et quelques déformations anatomiques flagrantes, cette reprise est une bonne transition et permet au lecteur de reprendre aisément ses marques. Quant au scénario, plein de bons sentiments, il nous démontre que les engagements politiques dépendent de peu de choses et qu’il faut respecter ceux qui ont donné leur vie pour des idées, quelles qu’elles soient. L’action se situe lorsque l’Allemagne occupe la France et la plie sous son joug, pendant que certains voient dans la collaboration un moyen efficace de faire des affaires.


 


Gilles RATIER


 


 

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