« Les Aventures de Huckleberry Finn »

Le roman de Mark Twain, « Les Aventures de Huckleberry Finn » a été publié aux États-Unis en 1884.

Avant d’entrer en littérature, Samuel Langhorne Clemens, plus connu sous le pseudonyme de Mark Twain, voyage beaucoup et exerce différents métiers : chercheur d’or, reporter et pilote de bateau à vapeur, entre autres. Cette expérience sur le Mississipi lui a d’ailleurs valu son pseudonyme et lui a aussi donné la matière nécessaire pour écrire ses romans les plus connus. Les deux garnements qu’il met en scène, Tom Sawyer et son copain Huckleberry Finn, sont sans doute les deux garnements les plus connus de la littérature mondiale. Grâce à eux, l’écrivain baroudeur acquiert reconnaissance et célébrité. Aujourd’hui, « Huckleberry Finn » est considéré par les spécialistes comme l’un des premiers grands romans américains, et il est devenu un classique de la littérature.
Ce texte, rédigé à la première personne, a été traduit dans de nombreuses langues et maintes fois publié, aussi bien dans des collections adultes que dans des collections pour la jeunesse. Lorsqu’il l’a écrit, il est probable que Mark Twain ne l’a pas destiné spécifiquement à la jeunesse. Il s’agit d’un roman sur la jeunesse, un roman d’apprentissage qui, comme beaucoup d’œuvres appartenant patrimoine mondial, a été jugé digne d’intéresser et de toucher les jeunes lecteurs.

Lorenzo Mattoti explique dans la postface de cet album comment, après avoir abandonné ses études d’architecture pour faire de la bande dessinée, il a découvert le roman de Mark Twain et en a fait une adaptation pour un éditeur italien. C’était en 1977, c’était l’un de ces premiers travaux publié en noir et blanc. « Je commençai alors à le lire et je l’aimai immédiatement, ca j’y retrouvai cet esprit d’évasion et de liberté, cette recherche d’une façon de vivre qui échappe aux conventions sociales. »
Cette réédition (et première édition en langue française), dans un format à l’italienne, lui a donné l’occasion de travailler en couleurs avec Céline Puthier, chef décoratrice rencontrée dans « Peur (s ) du noir » (2008). « J’ai été frappé par le résultat, le dessin prenait une nouvelle profondeur, respirait grâce à la nouvelle organisation du format des pages à l’horizontale. Bref, l’histoire semblait se régénérer, garder la linéarité de la narration et le rythme de l’aventure, tout en s’enrichissant de nouvelles nuances. »

C’est donc Huckleberry Finn, le meilleur ami de Tom Sawyer, qui raconte ses aventures à travers ce road movie, ou plutôt ce « stream movie », puisque le Mississipi est, dans cette histoire, un personnage à part entière.
Huck aurait pu vivre tranquillement chez la veuve Watson qui l’a recueilli, en attendant de profiter des 6000 dollars qu’il a trouvés avec son ami Tom. Il aurait pu devenir un garçon éduqué, policé. Mais l’irruption de son ivrogne de père dans sa vie, qui entend bien récupérer la fortune d’un fils dont il ne s’est jamais inquiété, l’incite à fuir. Il préfère la liberté au confort. Avec Jim, un esclave en fuite lui aussi, il taille la route après s’être fait passer pour mort. Les deux compères entreprennent un voyage hasardeux sur le fleuve, à bord d’une embarcation de fortune, et rencontrent, au cours de leur périple fluvial, toutes sortes d’individus exotiques, sans foi ni loi, ou dotés de trop de foi …

Ce qui est intéressant dans le roman, et que l’on perçoit très bien dans l’adaptation de Mattotti, c’est le regard que le jeune Huck porte sur le monde et les humains qu’il croise : Huck le débrouillard, l’être libre qui se soucie peu des conventions sociales, est aussi un naïf, un candide, qui comprend mal que l’on s’intéresse plus aux morts qu’aux vivants, que l’on tue pour des querelles familiales remontant à plusieurs générations ou que l’on ne puisse pas vivre librement parce qu’on est noir. En cela, il est doté d’un solide bon sens et fait preuve d’une certaine sagesse. En cela, sa vision du monde reste toujours d’actualité. On aime la langue parlée, celle des gens simples, que Mark Twain a choisi de faire entendre et qui résonne fortement par la voix de Huck. Le roman d’aventures devient alors critique sociale.
Mattotti a choisi une narration linéaire, qui suit les différents épisodes du roman. Son découpage propose des planches de 4 à six vignettes. On retrouve dans ce travail de jeunesse ce qui va devenir le style de Mattotti : la rondeur du trait, les courbures fluides des corps, les postures et l’expressivité des visages. On voit déjà des vignettes épurées, des silhouettes fantomatiques, des personnages surgis des brumes et des limbes. Mattotti est fidèle à l’esprit du texte et fait aussi œuvre de re-création. Il signe là une belle variation sur la liberté.

Catherine GENTILE

« Les Aventures de Huckleberry Finn » par Antonio Tettamanti et Lorenzo Mattotti
Éditions Gallimard jeunesse (17 €)

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