« FreakAngels » T3 & T4 par P. Duffield et W. Ellis

Profitons de ce petit creux de l’été pour revenir sur les deux derniers albums en date de « FreakAngels » de Warren Ellis que – j’espère – vous n’avez pas loupés ce premier semestre. Si jamais c’était le cas, voici l’occasion de vous rattraper !

« FreakAngels » T.3 et T.4

À l’heure où nous savons que Dargaud reprend DC Comics dès 2012, il nous apparaît un peu moins étrange de voir Le Lombard s’être embarqué dans la publication d’un comic paru initialement chez Avatar… Ce premier semestre sont parus deux volumes de cette série qui en comptera six au total, à savoir les tomes 3 et 4. Deux volumes riches en événements et pour tout dire déterminants au sein de l’œuvre. Lorsque s’ouvre le volume 3, nos FreakAngels s’organisent toujours à Whitechapel pour accueillir de récents réfugiés tout en continuant d’inventer mille choses pour que le quotidien en devienne vraiment un. Mais deux grains de sable dramatiques semblent empêcher toute reconstruction de vie « normale ». Kait, la flic de service, vient de découvrir qu’un meurtre a eu lieu, ce qui implique que des armes aient été secrètement introduites sur leur territoire… Et Luke (Luke la brebis galeuse de la bande, Luke l’enfoiré, Luke le pervers, bref, Luke le problème) vient une nouvelle fois de déraper en usant de son pouvoir de volonté à des fins sexuelles… La fois de trop ? On dirait bien, les autres membres étant si révulsés et révoltés par ce viol qu’ils décident de juger Luke une bonne fois pour toutes – et l’on sent que pour certains, l’éliminer purement et simplement ne serait pas vraiment un problème, mais plutôt la seule solution possible. Pas de doute, nous arrivons à un moment de l’œuvre où la tension monte d’un cran… et n’est pas prête de retomber.

Avec ce quatrième volume, nous entamons la seconde moitié de « FreakAngels », et c’est le moment qu’a choisi Ellis pour enfin nous dévoiler ce qui s’est passé il y a six ans, comment le monde fut détruit. Une révélation factuelle mais dont on sent bien qu’elle recèle de nombreuses parts d’ombres psychologiques… Pour le reste, les FreakAngels essayent d’assumer une position par rapport à Luke. Pourront-ils le juger équitablement ? Peuvent-ils ne pas le tuer devant le danger qu’il représente ? Un dilemme qui s’ajoute aux tensions déjà présentes dans le groupe et qui risque bien de faire exploser la cohésion de leur nouvelle vie… Je l’ai déjà dit, « FreakAngels » n’est pas l’œuvre que je préfère d’Ellis, mais c’est tout de même un délice… qui peu à peu me grignote la cervelle et m’hypnotise. Finalement, je crois que j’adore… grâce aussi à l’esthétique incroyable du dessinateur, Paul Duffield. On pourra préférer le Ellis plus trash et rentre-dedans de « Black Summer » ou « Transmetropolitan », trouvant que le ton et l’esprit de « FreakAngels » s’apparentent à l’âge de ses héros (et s’adresserait par conséquent aux adolescents plus qu’aux adultes), mais « Wolfskin » était bien hardcore sans jamais arriver à la qualité de « FreakAngels »… Et n’oublions pas qu’il y a plusieurs Warren, chez cet homme, tous catalysés par Ellis. « FreakAngels » n’est pas une série pour ados tout comme « Peanuts » n’a jamais été une BD pour enfants. Le ton employé ici par Ellis est très agréable, très fluide, bien construit, et nous ouvre une dimension plus douce de lui, en demi-teinte, captant les failles et les sensibilités avec une véritable implication. C’est parfois violent mais il n’en fait pas des tonnes, il ne cabote pas. Il signe là une belle œuvre de science-fiction, fine et sensible, rude et étrange, appuyée par un artiste que je trouve personnellement assez fascinant. Oui, le travail de Paul Duffield me fascine. Il semble parfois pataud, maladroit, mais le plus clair du temps son trait ultra fin engendre des visions magnifiques qu’il transcende lui-même par une mises en couleurs d’une rare subtilité. C’est souvent sublime, notamment dans les architectures et les lumières, comme en témoigne la planche ci-dessous. Un artiste à suivre !

Cecil McKINLEY

« FreakAngels » T.3 et T.4 par Paul Duffield et Warren Ellis Éditions du Lombard (16,00€ chaque volume)

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