« Univerne » T1″

Si l’éditeur Pierre-Jules Hetzel n’avait pas choisi de fuir Paris avec Victor Hugo et sa famille quelques jours après le coup d’état de Louis-Napoléon Bonaparte, s’il n’avait pas été tué par les sbires du nouvel empereur sur un quai de la gare du Nord, ce soir funeste du 11 décembre 1851, monsieur Jules Verne serait sans doute devenu écrivain. Il aurait donc écrit des chefs d’œuvre publiés par Hetzel, aurait emmené ses lecteurs dans des « Voyages extraordinaires » et serait considéré aujourd’hui comme l’un des fondateurs de la science-fiction.

Oui, mais voilà, Jean-David Morvan et Nesmo en ont décidé autrement. Ils ont choisi de faire mourir prématurément Pierre-Jules Hetzel, ont donc falsifié le cours de l’Histoire pour tisser une uchronie steam-punk et entraîner leurs lecteurs dans un univers foisonnant et décalé. Ils ont décidé que Jules Verne aurait un autre destin.

Dans cette nouvelle série, monsieur Verne n’est pas devenu écrivain mais le créateur d’Univerne, un monde utopique fondé en 1862 sur une île déserte et sans doute mystérieuse. Car Jules Verne a beaucoup d’idées, bouillonnantes, extravagantes, novatrices. Il invente des machines et des technologies très en avance sur son époque, et suscite convoitises et intérêt de la part des empires en place à la fin de ce 19ème siècle. Certains racontent qu’Univerne fut pillé et son fondateur tué lors d’une attaque violente …
En 1900, Juliette Hénin, une jeune femme indépendante, journaliste à « La Fronde », et militante féministe, s’apprête à vivre une journée décisive. Elle a rendez-vous à la prison de la Santé avec Honorine Fraysse de Vianne, l’épouse de Jules Verne, qui y est enfermée depuis la disparition de son époux.
Honorine a œuvré avec son mari à Univerne, pour y développer ses idées féministes, veillant dans ce monde utopiste à l’égalité des hommes et des femmes. Elle souhaite aujourd’hui que Juliette prenne le relais et raconte en détail la vie de ces femmes sur l’île utopiste. Celle-ci accepte puis se rend à l’exposition universelle qui ouvre ses portes à Paris, y rencontre un journaliste plutôt beau gosse qu’elle entraîne ensuite vers la commune libre de Montmartre, dernier îlot de résistance dans ce Paris impérial et policé. Elle sait qu’elle trouvera ceux qui vont l’aider à réaliser son projet. Mais elle ignore alors que son aventure et l’histoire ne font que commencer …

Ce premier album, « Paname », est un album d’exposition, le tout début d’une histoire qui peut être longue, tant les possibilités narratives sont nombreuses. On sent, d’emblée, toute la jubilation que le scénariste, Jean-David Morvan, et le dessinateur, Nesmo, ont eu à lancer le récit aux multiples ramifications à venir. Le scénario, qui nous installe dans l’univers de Jules Verne, est fort bien ficelé et part d’une distorsion de l’Histoire très intéressante. Le lecteur se pose bon nombre de questions, dont les réponses viendront dans les volumes suivants. Nesmo, qui s’est fait connaître et reconnaître avec sa première série, «Ronces », publiée chez Delcourt, montre une palette graphique étonnante et se régale, visiblement, à dessiner le Paris du tout début du 20ème siècle, revisité par un angle steam-punk inventif. Les vues de la capitale, où évoluent les dirigeables et autres engins volants, sont magnifiques, tout comme les nombreuses inventions qui préfigurent les objets que nous utilisons aujourd’hui. L’on sent également, dans les scènes d’action, une influence manga. Enfin, on n’est pas indifférent au personnage de Juliette, une jeune femme décidée, féministe et intelligente, qui porte ses idées en toute indépendance. Une belle héroïne de bande dessinée, dans la lignée des  » Adèle Blanc-Sec « .

Catherine GENTILE

« Univerne » T1 (« Paname ») par Jean-David Morvan et Nesmo
Éditions Soleil (13,50 €)

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