CORTO MALTESE GEO.HORS SERIE

Vient de paraître un splendide numéro de Géo sur le monde extraordinaire de Corto Maltese. Abondamment documenté. intervention des principaux spécialistes de cette bande dessinée qui nous donne de plus amples détails sur la vie aventureuse de ce capitaine sans navire

En  novembre 1969, dans Phenix, il donnait lors du Salon international de Lucca  son tout premier interview  En novembre1970 .Il nous parlait pour la première fois de Corto. Retour sur le passé.

HUGO PRATT, interview


C. M. : Hugo Pratt, quand êtes-vous né ?


H. P. : Je suis né le 15 juillet 1928 à Venise.( en fait à Rimini)


C. M. : Avez-vous vécu très longtemps en Argentine ?


H. P. : Pratiquement une vingtaine d’années.


C. M. : Comment êtes-vous venu à la bande dessinée ?


H. P. : J’ai commencé à dessiner en 1946 avec l’Asso di Picche qui était publié à Venise. Après 1947, l’édition a été rachetée par un éditeur de Buenos Aires qui m’a signé un contrat. Je suis parti en 1950 en Amérique du Sud continuer ses aventures. J’ai publié dans Sagar et Mister X. En 1952, j’ai commencé Sergent Kirk.


C. M. : Quelles sont les principales bandes dessinées que vous avez publiées ?


H. P. : Sergent Kirk, après Anna delle Jungla et dernièrement Una ballato del mare salato.


P. C. : Etes-vous venu au noir et blanc par raison commerciale ou tout simplement parce que les effets noir et blanc vous intéressaient ?


H. P. : Eh bien… (Pratt réfléchit).


P. C. : Est-ce l’influence des bandes dessinées amérIcaines, Caniff par exemple ?


H. P. : Oui, Caniff a été pour moi celui qui m’a incité à dessiner. C’est dans l’Aventuroso, en 1937, que j’ai vu pour la première fois, le Général Klang ( Terry and the Pirates), et c’est là que j’ai eu un choc… C’est comme ça… et c’est comme ça que j’ai fait du noir et blanc.


C. M. : Combien de planches avez-vous dessinées à peu près ?


H. P. : J’ai perdu le compte… six mille, peut-être plus ? Certainement, à la réflexion… J’ai perdu des planches comme la Légion Etrangère… Oui, je crois avoir beaucoup dessiné !


C, M. : Lorsque vous commencez votre planche, par quoi débutez-vous ? Faites-vous un crayon ?


H. P. : Oui, je fais une esquisse approximative, et après je redessine au pinceau.


C. M. : Etes-vous pour un dessin dépouillé ?


H. P. : Sur les premières planches apportées à l’éditeur, il y avait beaucoup de détails et puis, sans m’en rendre compte, j’ai schématisé de plus en plus vers un dessin libre.


C. M. : N’arrivez-vous pas, par ce procédé, à une certaine facilité ?


H. P. : Peut-être I Moi, je fais deux planches en une journée, je suis très rapide !


C. M. : Les scénarios sont –ils de vous ?


H. P. : Oui, tout est de moi.


C, M. : La lettre des bulles est dessinée aussi par vous ?


 H. P. : Non…


C. M, : Pourquoi ?


H. P. : Parce que je perds du temps et puis, à vrai dire, je ne suis pas très doué.


P. C. : Vous qui avez vécu en Argentine, avez-vous été influencé par les méthodes employées par les dessinateurs argentins que vous avez connus ? Quelles sont ces méthodes ?


H. P. : Les dessinateurs argentins sont plus libres que nous, ils travaillent dans la décontraction la plus compléte. Les grands dessinateurs que j’ai connus ? Salinas ! Mais lui c’est différent, il est obligé de satisfaire les demandes de la K.FS. Mais je pense à Del Castillo ! C’est un formidable dessinateur, mais son frère, que j’ai bien connu, lui est bien supérieur Perez del Castillo.., Il a un dessin très sec, des choses romantiques, Très important comme style,.. Il y a Moliterni, qui s’appelle comme vous: il dessine beaucoup, il a une très grande production.


C. M. : Ces dessinateurs semblent avoir conquis public italien ?


H. P. : Oui.. Grâce à la revue d’Ivaldi, . Sergent Kirk ., nous arrivons à publier les meilleures productions… j’espère que nous arriverons un jour à toucher un public européen.


P. C. : Dans la production publiée en Argentine, nous avons remarqué que certains vous imitaient. Avez-vous laissé une sorte d’école ?


H. P. : En 1951, j’ai fait partie de l’Ecole des Arts Pana­méricains de Lipsic. Il y a des cours spéciaux de bandes dessinées et moi, j’ai participé comme professeur. C’est très sérieux. j’ai conseillé beaucoup de jeunes et je crois avoir créé une sorte de style en Argentine.


C. M. : Quand êtes-vous arrivé en Argentine ?


H. P. : En 1950 et retour en 1953, et puis je suis reparti en 1954 et je suis revenu en 1959 et je suis retourné


en 1960 et suis revenu en 1962, et puis Pour moi, il n’y a pas de retour définitif…


C. M. : Actuellement, vous êtes publié dans Sergent Kirk qui parait en Italie. Ces bandes sont des séries anciennes, mais Continuez-vous à dessiner 7


H. P. : Oui, je prépare une histoire pour l’Amérique du Sud, un peu politique, et la Ballata del Mara Sa/ato . que j’ai terminée.


P. C. : Quelle est votre formation artistique 7… Vous êtes-vous formé par vous-même  Avez-vous été l’élève d’un autre dessinateur 7


H. P. : J’ai étudié à l’Ecole des Beaux-Arts de Venise.


C. M. : Mais comment avez-vous été amené à la bande dessinée ensuite 7


H. P. : Dès ma prime jeunesse, j’ai senti le besoin de faire un dessin en mouvement. le cinéma m’a incité à reporter les actions vues Sur l’écran, sur le papier.


C. M. : Quelle est votre opinion sur la bande dessinée actuelle 7


H. P. : la production européenne reste trop dans les sentiers battus. ErIe est sans imagination. On voit que certains dessinateurs essaient de s’évader, mais ils ne


sont pas libres.


C. M. : Etes-vous pour une bande dessinée Pour adultes


ou pour jeunes 7


H. P. : Je pense que la bande dessinée doit être Pour tout le monde. C’est un art populaire.. Il n’y a pas de bande dessinée pour jeunes oU pour adultes C’est une passade snob qui vient de France !


C, M. : Que penSez-voUS de Dino Battaglia ?


H. P. : Battaglia ? C’est un grand dessinateur, peut-être limité dans un sens. Il se laisse aller car il sait qu’il dessine très bien et il fait de beaux dessins et oublie ainsi qu’il fait de la bande dessinée. Il est pJus illus­trateur.


C. M, : Mais il a dessiné une histoire merveilleuse…


H. P. : Moby Dick… C’est Son morceau de bravoure… Mais ce sont de magnifiques dessins, des illustrations mises les unes après les autres… Il lui manque ce que vous appelez la technique narrative !


C. M. : Que pensez-vous du phénomène actuel de la bande dessinée, congrès, salons, rééditions, revues spécialisées, etc. ?


H. P. : Je crois que ces mouvements ont été très utiles car ils ont apporté une possibilité au public de pouvoir lire la bande dessinée librement. Avant, ils avaient peur de ce moyen d’expression! Car, dans des pays plus adultes que nous, la bande dessinée est acceptée. Mais en Italie, on avait peur de lire les comics, bien qu’on aime les lire. Maintenant, c’est plus détendu: voyez Linus ! Ils ont fait un grand effort et ils ont réussi. D’autres ont suivi: voyez Eureka, Sergent Kirk…


C. M. : Pourquoi préférez-vous le noir et blanc à la couleur ?


H, p, : Je préfère le noir et blanc à la couleur, car faire de la couleur serait un travail très long, et puis la reproduction n’est pas fidèle,


p, C, : Avez-vous d’autres activités ? Faites-vous des couvertures de livres, des affiches ?


H, p, : Je fais de la peinture », Peut-être figurative ? La peinture peut être beaucoup de choses », Je peux dire qu’après l’explosion du Pop Art en Amérique, tout le monde parlait du Pop Atl., En vérité, tout est parti des comics.., Moi, j’ai cherché à faire autre chose, une oeuvre dans l’autre sens, Le Pop Art, c’est un cartoon agrandi; les peintres se sont emparés de cette forme populaire pour faire des tableaux de bandes dessinées En vérité, je prends une partie de l’un de mes dessins et je l’agrandis. Je ne prends pas Je dessin entier Je prends une partie d’un centimètre et je J’agrandis à deux mètres, et cela devient abstrait Mais c’est toujours une bande dessinée.


C, M. : Quels conseils donnez-vous à un jeune qui voudrait dessiner ?


H, p, : D’avoir de la chance et de trouver par dessus tout un éditeur, parce que, pour un jeune, c’est difficile. Il y a très peu d’éditeurs de bandes dessinées en Europe. S’il a des capacités, je ne puis que lui conseiller d’insister, de se faire des relations, de se faire des amis, de se faire présenter et ainsi de se faire connaître.


p, C. : Faut-il suivre une école de beaux-arts ou faut-il regarder beaucoup de bandes dessinées pour se former ?


H, P. : Oui, il faut lire les bandes dessinées, mais une formation artistique n’est pas à dédaigner et si, comme en Argentine, il y avait une école de bandes dessinées ?


C. M. : Mais il n’y a pas de cours de bandes dessinées en Europe ?


H. P. : Je sais que Lypsic, de l’Ecole Panaméricaine des Arts, qui a deux écoles à Buenos Aires et deux à Sao Paulo, est venu en Italie et doit aller à Paris pour voir s’il y a une possibilité de faire une ecole de bandes dessinées.


C. M. : Souhaitons-Iui de réussir.


Propos recueillis au magnétophone par Claude Moliterni et Pierre Couperie au 4° Salon dei Comics de Lucca .1968.


HUGO PRATT NOUS PARLE DE CORTO MALTESE


Ticonderoga – Wheeling – Sergent Kirk -Una ballata del mare salato – Anna della Jungla -Junglemen – Ernie Pike – Capitan Cormorant – Billy James – L’Ombra – Carribbeana -O’Hara… Corto Maltese… Tous ces titres prestigieux de bandes dessinées sont liés au dessinateur Hugo Pratt. Depuis plusieurs mois, Pif publie les aventures de Corto Maltese.


De passage à Venise, Claude Moliterni a interviewé le dessinateur vénitien dans sa maison de Malamocco.


Claude MOLITERNI. – Dans Una ballata del mare salato vous avez présenté toute une série de personnages. Pourquoi avez-vous extrait de cette bande dessinée plus spécialement Corto Maltese. Pour l’hebdomadaire PIF ?


Hugo PRATT. – J’ai choisi Corto Maltese parce que c’était un personnage qui avait déjà un destin précis dans La ballata del mare salato .II est apparu dans cette bande dessinée en 1967 parmi toute une série de personnages pittoresques! Il n’y a pas de personnage central… Tous ces personnages créent l’ambiance… Et le caractère de l’un de ces personnages m’a beaucoup tenté car il me laissait la possibilité d’un grand développement… Et quand cette possibilité s’est présentée en collaborant à PIF… J’ai pensé qu’un personnage comme celui-là pouvait être valable et devenir ainsi le héros d’une série.


C. M. – Corto Maltese est-il un personnage dans le style de ceux créés par Conrad, ou par Stevenson ?


H. P. – Corto Maltese est un héros à la Conrad, à la Stevenson, oui, à la Melville… mais en plus je dirais qu’il possède une ironie intérieure, peut-être un caractère comme on le rencontre chez les Vénitiens..


 C. M. – Corto Maltese est flegmatique, n’est-ce pas ?


H. P. – Oui, il est flegmatique; c’est un homme qui se contrôle… Cela vient du fait que son père est Anglais, un militaire, un marin qui a vécu à Gibraltar et à Malte… La mère est la Nina de Gibraltar… c’est une Gitane, une Andalouse de Gibraltar… Ainsi Corto a hérité de sa mère cette magie que possède les Andalous.


C. M. – Nous avons remarqué que dans toutes les histoires de Corto Maltese il y a une part très importante consacrée à la magie, à la sorcellerie…


H. P. – La partie de sorcellerie que l’on peut trouver dans Corto Maltese surgit du fait que Corto vient d’un monde qui est, lui aussi, magique, un monde afro-américain, qui se développe sur toute la côte de l’Amérique du Sud… C’est un personnage maritime qui vit sur la côte… Cette côte où l’on retrouve le culte vaudou, dans la macumba… Corto vit dans ce monde particulier que moi j’ai bien connu !


C. M. – Vous avez vécu en Amérique du Sud ?


H. P. – D’abord j’ai passé mon enfance en Afrique, dans une Afrique coloniale… En Abyssinie! mais ma jeunesse s’est passée en Amérique du Sud où j’ai été en contact avec les Brésiliens et les Argentins… Tout cela m’a laissé une empreinte profonde.


C. M. – Il y a autre chose qui m’a intrigué… Dans votre appartement, dans votre studio de travail, on trouve une bibliothèque incroyable, toute l’héraldique militaire aussi bien anglaise, allemande que française… des livres sur toute l’histoire des Etats-Unis et plus particulièrement celle de l’Ouest… Des ouvrages qui traitent de tous les sujets… ; pour nous résumer, une documentation très importante à portée de la main. Si vous êtes dessinateur, vous êtes aussi, je le crois, un scénariste de grande classe, car en marge de l’intrigue, on trouve une quantité de renseignements, d’anecdotes et de références puisés dans cette bibliothèque…


H. P. – C’est très simple de l’expliquer… C’est une nécessité pour moi d’apporter le détail vrai dans l’histoire et précis dans sa forme graphique…


Pour moi c’est important d’être sérieux dans mon travail… Je pense que tout le monde a la liberté de choisir ce qu’il veut faire dans la vie.-. L’employé de banque s’il ne peut devenir banquier restera employé… Moi j’ai choisi de rester libre. Lorsque j’ai choisi le monde de la bande dessinée, j’ai décidé de travailler sérieusement… Pour moi c’est une nécessité, un besoin… Il y a quelques années, ces préoccupations n’existaient pas. Les dessinateurs dessinaient des mondes de fantaisie, sans se préoccuper de la documentation… Mais pour moi, dès le début, ce fut un besoin… Mais je ne suis pas un cas… D’autres bien plus célèbres ont apporté un soin dans la réalisation de leur bande dessinée : Foster, Caniff, Jacobs… Ce qui n’empêche pas d’autres dessinateurs de dessiner dans la fantaisie la plus complète et d’obtenir un résultat plus que valable… Pour moi, j’insiste, c’est un besoin de recherche.


C. M. – Exemple, lorsque vous dessinez un fusil, ce fusil est représenté par un coup de pinceau qui semble facile à certains et qui en définitive est très précis. Bien qu’extrêmement dépouillé car vous avez dessiné un modèle anglais de 1910, par exemple…


H. P. – C’est vrai… je suis un maniaque… J’adore la précision, le détail. Lorsque je représente un soldat d’une colonie anglaise, eh bien je recherche comment est habillé ce soldat, je vais jusqu’à exécuter les boutons, et ainsi tout devient plus vrai lorsqu’on lit l’histoire, et puis je crois que les jeunes maintenant aiment bien le détail… Car si on leur raconte du vent, eh bien ils ne marchent pas… J’ai eu des exemples en Argentine…


C. M. – Corto Maltese, est-ce Hugo Pratt ?


 H. P. – J’aimerais bien… Dans le personnage de Corto Maltese il y a des éléments où moi je me retrouve bien… J’aurais bien aimé être Corto Maltese…


C. M. – Je crois que si un jour je vais en Amérique du Sud, que je débarque dans l’un de ces petits ports de la côte brésilienne, que j’aille m’accouder au zinc d’un bar de la ville basse, que je demande au barman s’il connaît Corto Maltese, eh bien, je suis cetain qu’il me répondra avec un large sourire : »- Corto, il fume un cigarillo sous la véranda.., » Est-ce vrai ? c’est un être de légende ?


H. P. – Une légende que l’on peut trouver sur la côte… On la retrouve dans tous les ports.,. J’ai créé ce personnage sur des faits réels, sur des histoires que j’ai entendues.


 C. M. – Ce qui est extraordinaire, c’est que, en quelques épisodes, vous avez réussi à en faire un héros aussi connu que le Fantôme du Bengale, Mandrake ou Flash Gordon… J’ai rencontré beaucoup de jeunes qui m’ont parlé avec enthousiasme de Corto… et qui m’ont demandé si ses aventures étaient véridiques !


H. P. - Corto Maltese a existé… Il existe aujourd’hui…


C. M. - Vous l’avez rencontré ?


H. P. - Je l’ai retrouvé…


C. M. - A quelle époque vit Corto ?


H. P. - J’ai choisi une époque précise historique. On peut dire que c’est la fin d’une époque romantique…


C. M. - Vous êtes un nostalgique de cet tl époque ?


H. P. - Je suis un nostalgique… Cette époque me permet de développer, et de présenter des personnages pittoresques dans: un cadre particulier. Ainsi nous arrivons ; définir Corto comme un personnage créé par Conrad… En le faisant parler un langage actuel, d’aujourd’hui, et en le faisant évolue dans cette période historique, j’en fais un précurseur. Je le fais évoluer et réagir comme un homme émancipé, en homme d’aujourd’hui, mais il reste un personnage romantique qui ne voit que l’univers où il vit… je crois que les lecteurs peuvent retrouver en Corto ce qu’ils recherchent en eux-mêmes.


C. M. – Dans chaque épisode interviennent des personnages extrêmement pittoresques et…


H. P. – Oui… je devais faire au début une très grande histoire, mais comme vous le savez, PIF présente à ses lecteurs des récits complets de vingt pages et alors il m’a fallu faire des scenarii plus construits tout en jouant sur le caractère particulier d’un des personnages. Cela devient parfois caricatural…


C. M. – Corto Maltese est un commandant sans bateau ?


H. P. – C’est un homme moderne. Octavio Paza, un poète mexicain, a dit que le fait d’avoir quelque chose qui vous appartient est un fait négatif et on se prive ainsi de ses possibilités de liberté et Corto Maltese s’il avait eu un bateau (il a eu un bateau mais il s’est perdu corps et biens dans le Pacifique), se serait trouvé dans des situations bien embarrassantes, il aurait été lié à ce bateau. Ainsi il est libre, et on peut le trouver alors sur un yacht de milliardaire, un voilier ou un cargo…


C. M. – Pensez-vous que Corto Maltese ira caboter sur d’autres mers ?


H. P. – Premièrement et vous le savez bien, Corto Maltese a vécu dans le Sud Pacifique et c’est là qu’il a eu un bateau la  Très Sainte Marie »…Il  l’a fracassé sur les écueils d’un atoll et c’est là qu’il a rencontré le moine et Rapoustine… Il connaît à fond les mers du Sud.


C. M. – Corto Maltese et la politique ?


H. P. – Corto Maltese est un anticolonialiste, un homme qui n’a pas de barrières géographiques et qui n’a pas de problèmes raciaux…Il a des sceurs noires, des cousins indiens…La famil’e de Corto ne connaît pas ces problèmes… Elle a eu des rapports avec toutes les autres races… Corto trouve de la famille partout où il va…


C. M. – Et si Corto Maltese arrive en 1970 ?


Il se retrouvera sans travail..


H. P. – Corto Maltese est étrange… C’est une sorte de Dorian Gray, car il restera toujours comme il est.. C’est un homme qui se construirait l’aventure comme il l’aime…


C. M. – Mais si Corto arrive dans un de ces ports modernes. Ne passerait-il pas pour un excentrique ? Par exemple au Maroc ?


H. P. – S’il arrive au Maroc… Il rencontrerait des gens comme lui, il ne verrait pas les touristes, ni les buildings en ciment armé… Il ne verrait que son univers…


C. M. – Ainsi Corto a un univers à sa mesure ?


H. P. – Oui… Corto laisse venir à lui tous ceux qui veulent venir vers lui… Celui qui peut voir cet univers, trouvera Corto Maltese et bien d’autres héros oubliés peut-être… Mais celui qui ne peut pas voir cet univers ne verra jamais Corto Maltese.


C. M. – C’est une légende…


H. P. – Une légende… Pourquoi une légende?


C. M. – Une légende ne peut être lue que par celui qui croit aux mondes mystérieux… H. P. – Je crois que Corto Maltese a beaucoup de chance de vivre dans ce monde ainsi peut voir cet univers trouvera Corto Maltese est né en pouvant faire ce choix… Je ne sais pas si c’est une légende… mais si vous allez à Vigna del Mare, au Chili, à la pension Sol de Oro, ou à la Tortue, ou à la pension Ducal… là on pourra vous indiquer où le rencontrer…


C. M. – Est-ce alors un vieil homme qui raconte ses aventures aux enfants ?


H. P. – Corto ne sera jamais vieux… Il est un peu comme Cagliostro.


C. M. – Y aura-t-il une fin ? une suite ?


H. P. – Oui… mais peut-être reprendrai-je une variante… Elle s’appellera « Carribbeana» et puis je ne sais pas, car Corto Maltese a eu des démêlés avec Lawrence d’Arabie… Les aventures de Corto ne seront jamais finies… On le retrouve toujours dans une situation historique… On le retrouvera toujours…


Septembre 1970 Enregistrement réalisé à Malamocco (Venise).


PHENIX n°11 et PHENIX n°14


Pratt par C.Moliterni.Collection.Les auteurs par la bande- SEGHERS 1987

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