Grand Prix d’Angoulême 2010, Hervé Barulea, qui signe Baru (1), est né le 29 juillet 1947, à Villerupt (un bled de la Meurthe-et-Moselle, en Lorraine). Ado dans les années 1960, il découvre le rock`n`roll par l’intermédiaire de juke-box laissés dans les cafés après le départ de militaires américains des bases du coin, quand la France est sortie de l’OTAN. Comme l’auteur de « L’Autoroute du soleil » le déclare pour présenter ce nouveau diptyque : « Le rock`n`roll, ça reste encore et toujours ma réserve d’énergie ! » Dans ce premier volume de 140 pages tendres et drôles, et un brin nostalgiques, Baru s’intéresse à cette « musique du diable » — qui est loin d’être une musique de vieux réservée aux baby-boomers — et à ses icônes qui ont fait vibrer sa jeunesse, et toute sa vie… à travers des anecdotes vécues ou des récits fictifs, évoquant notamment les Rolling Stones, mais aussi les Yardbirds, les Who, Vince Taylor…
Lire la suite...Drôle d’été en Louisiane…
On nomme bayou le grand marais situé au sud de la Louisiane. En anglais américain, on dit plutôt swamp, d’où le titre de cet album dont l’action se situe précisément et totalement dans cet immense labyrinthe aquatique qui cache bien des dangers et bien des secrets : ce que va découvrir la famille Duville, en s’installant pour l’été à Sunny Point…
Venant de Philadelphie, une mère, sa fille, Shelley, et leur gouvernante s’installent donc à Sunny Point pour fuir un mari alcoolique et dépensier, ainsi que des problèmes d’argent. Shelley ne tarde pas à rencontrer des enfants de son âge (10 /12 ans), Red et son copain noir Otis, et à découvrir avec eux la région… Mais, également, les frontières qui s’établissent entre enfants de race différente !
On est à la fin des années trente et la ségrégation raciale est à l’œuvre, plus que jamais. Les exactions envers les Noirs sont monnaie courante et la disparition de l’un des leurs rarement élucidée, car les shérifs sont évidemment du côté des tortionnaires, quand ils ne font pas eux-mêmes partie du Ku Klux Klan. Autant dire qu’il n’est pas bon se retrouver dans leurs pattes quand ils se retrouvent pour monter leurs mauvais coups.
« Swamp », c’est tout autant cette histoire de ces gamins aussi insouciants que curieux que celle d’une mère blanche, plutôt accueillante (contrairement à sa terrible gouvernante), tolérante et responsable d’une fillette aussi joueuse que fragile. Il faut dire que la mère est une artiste, pianiste et chanteuse, consciente des inégalités sociales et raciales et qui adore voir ces enfants tisser des liens d’amitié, plutôt que tout autre chose.
La galerie de personnages qui compose ce récit est savamment troussée : rien de manichéen, bien au contraire ; mais le fait est que les Blancs au pouvoir dans ces bourgades reculées y sont de véritables crapules. En conséquence, les enfants tentent d’oublier le monde injuste et inhumain qui les entoure : un monde qui entend leur prouver qu’ils ont tort, un monde dont le contexte est décrit en quelques pages via des notions comme « Grande Dépression », prohibition, ségrégation, etc.
Le graphisme tout en simplicité, rehaussé de teintes joliment aquarellées, produit un récit attachant, même si les thèmes développés sont déjà bien connus. 
On ne peut s’empêcher, par exemple, en lisant cet album de songer au dernier volet de « Purple Heart » (« Jambalaya blues ») de Warnauts et Raives, paru au Lombard en janvier dernier. Ce dernier tome de la série évoquait lui aussi une disparition sur fond de bayous louisianais. Flanagan, enquêteur privé, y partait avec un ancien camarade de régiment à la recherche d’une nièce disparue (précision importante : Winston et sa nièce, Amber, sont noires). Sur place, il s’avère que la police ne fait évidemment aucun zèle pour retrouver la jeune femme, d’autant que l’adjoint au sheriff est affilié au Ku Klux Klan…
Didier QUELLA-GUYOTÂ ; http://bdzoom.com/author/DidierQG/
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« Swamp : un été dans le bayou » par Johann G. Louis
Éditions Dargaud (19 €) – EAN : 9782205207996
Parution 28 avril 2023













Euh… Johann G. Louis, c’est le pseudonyme de Joann Sfar ?
Parce que là on dirait son dessin non?